Le FMI appelle à agir d'urgence tandis que la troisième vague de la crise mondiale atteint les pays les plus pauvres

Communiqué de presse n° 09/53 (F)
le 3 mars 2009

La crise financière mondiale frappe durement les pays pauvres, y compris en Afrique subsaharienne, a déclaré aujourd'hui le Directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn. Il a appelé la communauté internationale à agir d'urgence et avec générosité pour éviter que la crise n'ait des effets qui risqueraient d'être dévastateurs pour les pays les plus vulnérables.

« Après avoir frappé d'abord les pays avancés puis les pays émergents, la crise financière mondiale touche aujourd'hui, dans une troisième vague, les pays les plus pauvres et les plus vulnérables du monde, » a déclaré M. Strauss-Kahn lors de la présentation d'une nouvelle étude du FMI intitulée L'impact de la crise financière sur les pays à faible revenu (disponible en anglais seulement). « Cela remet en question les progrès considérables accomplis par de nombreux pays à faible revenu au cours de la décennie écoulée, qui ont rehaussé leur croissance économique, fait reculer la pauvreté et sont parvenus à une plus grande stabilité politique. J'exhorte les bailleurs de fonds à se montrer à la hauteur de l'enjeu en apportant les financements nécessaires pour préserver cet acquis obtenu au prix de tant d'efforts et empêcher une crise humanitaire. »

Selon l'étude du FMI, plus de 20 pays sont particulièrement vulnérables aux effets de la crise qui sévit actuellement. Au moins 25 milliards de dollars EU de financements concessionnels urgents seront nécessaires cette année pour répondre aux besoins de la plupart des pays touchés, mais cette somme pourrait être bien plus élevée compte tenu des risques considérables de voir les perspectives de l'économie mondiale se dégrader encore plus que prévu et de la possibilité que de nouveaux pays soient touchés tandis que la crise s'aggrave.

« Les bailleurs de fonds bilatéraux doivent veiller à ce que les flux d'aide soient revus à la hausse et non à la baisse, a déclaré M. Strauss-Kahn. Au moment où les pays avancés dépensent des centaines de milliards de dollars pour les mesures de relance budgétaire et la restructuration du secteur financier, nous devons trouver les moyens de venir en aide aux pays à faible revenu ».

M. Strauss-Kahn a averti qu'une baisse de la croissance pourrait avoir des conséquences graves pour la pauvreté et, peut-être, pour la stabilité politique, en ajoutant que les dépenses ciblées sur les programmes de protection sociale devraient être augmentées pour protéger les pauvres. En même temps, il sera indispensable de protéger les dépenses consacrées à la santé, à l'éducation et aux infrastructures vitales.

M. Strauss-Kahn a souligné qu'il entendait doubler les capacités de prêts concessionnels du FMI. Il a ajouté que le FMI réfléchissait aux moyens d'introduire une plus grande souplesse dans l'octroi de prêts aux pays à faible revenu de manière à tenir compte de leur diversité grandissante et de leur plus grande vulnérabilité à la volatilité mondiale. « Le FMI s'emploie à mettre en place une riposte extraordinaire à ce qui est une crise extraordinaire pour les pays les plus pauvres de la planète, » a-t-il déclaré.

Principales observations

• Les perspectives économiques des pays à faible revenu se sont détériorées sensiblement. Selon les dernières prévisions du FMI, la croissance dans ces pays s'établira juste au-dessus de 4 % en 2009, soit plus de 2 points de pourcentage au-dessous du taux prévu il y a un an, et ce chiffre risque fortement d'être revu à la baisse. Cela signifie que, dans bien des pays les plus pauvres du monde, le revenu par habitant stagnera cette année, dans le meilleur des cas, et diminuera même peut-être.

• Selon cette étude, la crise mondiale pèse lourdement sur les exportations des pays à faible revenu, ainsi que sur les entrées d'investissement direct étranger et les envois de fonds des travailleurs à l'étranger, qui étaient devenus des sources de financement importantes ces dernières années. En conséquence, beaucoup de pays vont enregistrer une forte baisse de leurs recettes budgétaires et les réserves de change de quelques pays pourraient aussi être mises sous pression.

• L'analyse du FMI recense 22 pays à faible revenu qui font face aux problèmes de financement les plus sérieux. Pour maintenir leurs réserves de change à un niveau prudent (soit 3 à 4 mois d'importations), un surcroît de financement concessionnel de 25 milliards de dollars au moins est nécessaire en 2009. Cela représente environ 80 % de l'aide accordée annuellement à tous les pays à faible revenu ces dernières années. Si la croissance mondiale et les conditions de financement continuent de se détériorer, le nombre de pays vulnérables pourrait presque doubler, alors que les besoins de financement supplémentaires pourraient s'élever à près de 140 milliards de dollars.

Réaction du FMI

Financement. Le FMI a accru sensiblement son aide financière aux pays à faible revenu. Face à la montée des prix des produits alimentaires et des carburants l'an dernier, le nombre des nouveaux accords de financement en faveur de ces pays est passé de 5 en 2007 à 23 en 2008, et les ressources disponibles au titre des 12 accords existants ont été relevées. Les prêts concessionnels du FMI ont doublé, pour avoisiner 1½ milliard de dollars en 2008, et 4 milliards de dollars supplémentaires ont été prêtés à des conditions non concessionnelles à des pays à faible revenu. Le FMI est prêt à aider les pays membres à faible revenu à faire face aux retombées de la crise en leur octroyant des financements concessionnels supplémentaires cette année.

Assistance technique et conseils. Le FMI met au point une riposte appropriée à la crise en collaboration avec les pays à faible revenu, et renforce l'assistance technique qu'il offre aux pays en développement pour y améliorer l'élaboration de la politique économique. Il vise aussi à accroître le rôle et la participation des pays en développement au débat en cours dans les forums multilatéraux.

Collaboration. En collaboration avec le gouvernement tanzanien, le FMI organise à Dar es Salaam une grande conférence internationale les 10 et 11 mars. Cette conférence réunira 300 participants — du secteur public, du secteur privé et de la société civile, d'Afrique et du monde entier — qui tireront les enseignements de leurs succès respectifs, et examineront quel est le meilleur moyen de résoudre les problèmes rencontrés par la région.



DÉPARTEMENT DE LA COMMUNICATION DU FMI

Relations publiques    Relations avec les médias
Courriel : publicaffairs@imf.org Courriel : media@imf.org
Télécopie : 202-623-6220 Télécopie : 202-623-7100