Déclaration de M. Dominique Strauss-Kahn, Directeur général du FMI, lors de la Conférence internationale des donateurs pour un nouvel avenir en Haïti

Communiqué de presse n° 10/129 (F)
Le 31 mars 2010

M. Dominique Strauss-Kahn, Directeur général du Fonds monétaire international (FMI), a fait aujourd'hui la déclaration ci-après à New York, lors de la Conférence internationale des donateurs concernant Haïti :

«Je voudrais tout d'abord remercier les Nations Unies et le Secrétaire général d'avoir convoqué cette réunion ainsi que le Président Préval et le Secrétaire d'État Hillary Clinton d'avoir organisé cette séance d'annonces de contributions. Beaucoup a déjà été dit ; aussi limiterai-je mes remarques à trois points.

Tout d'abord, je crois que tout le monde sera d'accord pour dire que cette conférence est une occasion unique de tenter de reconstruire l'économie haïtienne. Il faudra pour cela de l'ambition, de la transparence et une définition claire des responsabilités; de ce triple point de vue, la création proposée d’un Fonds fiduciaire est la bonne façon de procéder. Je tiens à souligner une chose qui a déjà été dite ici, à savoir que, pour que tout cela fonctionne, il faut que les autorités haïtiennes soient aux commandes. L'expérience du FMI nous apprend que, pour qu’un programme de cette nature donne des résultats, il faut que le pays se l’approprie réellement. Voilà la première remarque je voulais faire. Les prévisions que nous avons sont plutôt encourageantes puisqu'elles font état d'une croissance moyenne de 8 % au cours des cinq prochaines années, ce qui fera monter le PIB par habitant à 1.000 dollars, contre 600 dollars juste avant le tremblement de terre. Il est réellement possible d'améliorer la situation, mais cela dépend des autorités haïtiennes elles-mêmes et des contributions que vous voudrez bien apporter.

Ma deuxième remarque est qu’il est normal de parler du moyen terme; la reconstruction s'inscrit naturellement dans le moyen terme. Mais il n'y aura pas de moyen terme si nous sommes incapables de gérer le court terme. Et le court terme est essentiellement une question d’aide budgétaire. Cette année, l’aide budgétaire est absolument essentielle. D'après les prévisions du FMI, l'écart de financement est d'environ 350 millions de dollars. Je sais que beaucoup d'entre vous ont déjà promis une aide budgétaire et je tiens à vous en remercier, mais il y encore beaucoup à faire. Et il sera absolument impossible de réaliser tout ce dont nous avons parlé ce matin si les autorités haïtiennes doivent financer leur budget par voie monétaire. Cela se traduirait par une inflation élevée et réduirait à néant les prévisions d'aujourd'hui. Il est donc absolument indispensable de combler le déficit budgétaire.

Dans ce contexte, il sera important aussi de prendre soin, avec la banque centrale, de surveiller le fait que toutes ces contributions représentent des entrées de capitaux massives pour un pays comme Haïti. Ces entrées de capitaux pourraient entraîner une pression à la hausse sur la monnaie, et il faut en tenir compte. Mais bien entendu, cela peut se surveiller. Le problème principal est de combler le déficit budgétaire que nous constatons aujourd'hui.

Un autre point tout aussi important est le rôle du secteur privé et la reprise du crédit au secteur privé. Le FMI coopère aujourd'hui très étroitement avec les autorités haïtiennes pour mettre en place un fonds de garantie partielle du crédit, qui aidera le secteur privé à se remettre au travail.

Mon troisième et dernier point a trait, bien entendu, à l'allégement de la dette, qui était absolument nécessaire. L'encours de la dette envers le FMI s'élève à 271 millions de dollars, dont les 114 millions de dollars que nous avons décaissés immédiatement après le tremblement de terre. Je suis fier que le FMI ait été la première institution à apporter son aide dans les jours qui ont suivi la catastrophe. Cette aide budgétaire était absolument nécessaire. D'autres institutions font leur devoir. Nous sommes maintenant dans une situation où Haïti ne doit effectuer aucun paiement au FMI avant 2012, et où les taux d'intérêt sont de zéro. Nous sommes aussi prêts à soumettre au plus vite à l'approbation du Conseil d'administration du FMI une proposition d'allégement de la dette pour l'encours total de celle-ci.

En conclusion, Monsieur le Président, Monsieur le Premier Ministre, le FMI sera à vos côtés en cette période difficile. Nous pensons vraiment que le pays peut avoir un brillant avenir; cela dépend de la croissance, mais pas seulement de la croissance. Nous sommes absolument prêts à vous aider et nous avons besoin de votre mobilisation sans faille. Je sais qu’Haïti et le FMI sont partenaires. Je vous remercie de votre attention. »



DÉPARTEMENT DE LA COMMUNICATION DU FMI

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