Le Conseil d’administration du FMI approuve un accord de confirmation de 30 milliards d’euros en faveur de la Grèce

Communiqué de presse n° 10/187
Le 9 mai 2010

Le Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a approuvé aujourd’hui un accord de confirmation triennal d’un montant de 26,4 milliards de DTS (30 milliards d’euros) en faveur de la Grèce à l’appui du programme d’ajustement et de transformation économiques des autorités. Ce programme, qui prévoit une forte concentration des décaissements en début de période, met immédiatement 4,8 milliards de DTS (environ 5,5 milliards d’euros) de ressources du FMI à la disposition de la Grèce, dans le cadre d’un financement conjoint avec l’Union européenne, portant ainsi à 20,0 milliards d’euros le montant total du soutien financier immédiat. En 2010, le financement total du FMI s’élèvera à environ 10 milliards d’euros et sera associé à un apport d’environ 30,0 milliards d’euros engagés par l’UE.

L’accord de confirmation, qui fait partie d’un paquet financier de 110 milliards d’euros (environ 145 milliards de dollars EU) sur trois ans mis au point en coopération avec l’Union européenne, ouvre un accès exceptionnel aux ressources du FMI, pour un montant égal à plus de 3.200 % de la quote-part de la Grèce, et a été approuvé selon la procédure accélérée prévue par le mécanisme de financement d’urgence du FMI.

«Il convient de féliciter le gouvernement grec de sa détermination de prendre des mesures historiques qui donneront à cette fière nation la possibilité de surmonter ses difficultés actuelles et d’assurer un avenir meilleur au peuple grec, a déclaré le Directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn. Aujourd’hui, le FMI a montré qu’il était déterminé à faire tout ce qu’il peut pour aider la Grèce et le peuple grec. La route sera difficile, mais le gouvernement a conçu un programme crédible qui est économiquement équilibré, socialement équilibré – les groupes les plus vulnérables étant épargnés – et réalisable. Il s’agit maintenant de le mettre en œuvre. Avec nos partenaires de l’Union européenne, nous apportons un soutien sans précédent à la Grèce pour l’épauler dans cette épreuve et – à terme – contribuer à faire repartir la croissance et l’emploi, et à rehausser les niveaux de vie.»

«L’action vigoureuse engagée aujourd’hui par le FMI pour soutenir la Grèce contribuera à l’effort global que déploie actuellement la communauté internationale pour ramener la stabilité dans la zone euro et assurer la reprise de l’économie mondiale», a déclaré le Directeur général.

 

Le gouvernement grec a élaboré un train de mesures ambitieuses pour mettre un terme à la crise économique que traverse le pays. Il s’agit d’un programme pluriannuel qui repose sur deux piliers, à savoir le déploiement immédiat d’efforts considérables pour corriger les graves déséquilibres budgétaires de la Grèce et des mesures visant à rendre l’économie plus compétitive, ce qui permettra à terme de relancer la croissance et l’emploi. Le programme des autorités a été conçu dans un esprit d’équité de manière à ce que la charge en soit répartie entre toutes les couches de la société et à ce que les groupes les plus vulnérables soient épargnés. L’aide financière exceptionnelle de la communauté internationale soutiendra les efforts des autorités en mettant à leur disposition suffisamment de ressources pour leur laisser le temps de démontrer la validité de leurs politiques et, ainsi, redonner confiance aux marchés, promouvoir la croissance et réduire les déséquilibres budgétaires de la Grèce.

Après que le Conseil d’administration eut arrêté sa décision au sujet de la Grèce, M. John Lipsky, Premier Directeur général adjoint et Président par intérim, a fait la déclaration suivante :

«Ces derniers mois, l’économie grecque a été ébranlée par la défiance des marchés à son égard. Ces pressions traduisent les préoccupations engendrées par la situation intenable des finances publiques et la faible compétitivité de l’économie. Les premières mesures qui ont été prises pour tenter de remédier à ces problèmes n’ont pas réussi à rétablir la confiance des marchés, ce qui a eu des retombées négatives sur le secteur bancaire.

«Les autorités ont élaboré un programme courageux qui prévoit la mise en œuvre immédiate de mesures vigoureuses pour restaurer la crédibilité de leurs politiques et regagner la confiance des marchés. Ce programme poursuit un triple objectif : i) rétablir la viabilité des finances publiques, ii) rehausser la compétitivité extérieure et iii) préserver la stabilité du secteur financier. Pour laisser à la Grèce le temps de mettre en œuvre ces réformes et d’établir la crédibilité des efforts déployés, ainsi que pour alléger le poids des ajustements que devra consentir le peuple grec, la communauté internationale a mis au point un paquet d’aide financière sans précédent. Les mesures ambitieuses que les autorités grecques se sont fermement engagées à appliquer dans le cadre du programme, notamment compte tenu du risque important de contagion d’autres pays, méritent d’être appuyées par un niveau d’accès exceptionnel aux ressources du FMI.

«La stratégie d’ajustement est centrée sur le rééquilibrage des finances publiques de manière à ramener le déficit nettement en dessous de 3 % du PIB d’ici à 2014 et à rétablir la viabilité de la dette. Les autorités ont conçu un vaste arsenal de mesures budgétaires équivalant à 11 % du PIB pour atteindre cet objectif. Ces mesures ont été largement concentrées en début de période et intégralement identifiées. Elles reposent à juste titre sur une répartition équitable de la charge de l’ajustement entre toutes les couches de la société en épargnant les groupes les plus vulnérables et en alourdissant la fiscalité pour les groupes relativement plus aisés. Des mesures sont aussi prévues pour rationaliser le secteur public.

«À court terme, la production va inévitablement se contracter pendant que l’ajustement de l’économie s’opère, mais les réformes structurelles devraient contribuer à rétablir la compétitivité extérieure et, les marchés regagnant confiance, mettre l’économie sur la voie de la reprise. Il sera essentiel de mettre en œuvre de façon résolue les réformes visant à accroître la flexibilité du marché du travail, à améliorer la concurrence intérieure et à rationaliser la fonction publique.

«La décision prise récemment par la Banque centrale européenne d’étendre l’admissibilité des obligations grecques aux opérations de prise en pension de titres de créance négociables émis ou garantis par l’État grec devrait contribuer à améliorer la liquidité bancaire. En outre, la création d’un Fonds de stabilité financière permettra de faire en sorte que les banques restent suffisamment capitalisées pendant le ralentissement, ce qui préservera la stabilité financière. La surveillance bancaire et les cadres juridiques seront aussi renforcés.

«Le programme des autorités grecques répond avec l’ambition voulue aux circonstances et aux contraintes qui existent actuellement, mais des risques considérables demeurent. Le défi consistera à appliquer le programme rigoureusement tout en faisant en sorte que les réformes bénéficient du consensus nécessaire parmi la population.

«La communication de données inexactes sur le budget et la dette publique de la Grèce en 2008, qui a entraîné le non-respect des obligations visées à l’article VIII, section 5, des Statuts du FMI, est regrettable. Les autorités ont déjà pris des dispositions pour remédier aux déficiences des données et elles sont déterminées à prendre d’autres mesures correctrices en consultation avec le FMI, leurs partenaires de l’UE et Eurostat. Aucune autre mesure n’est requise de la part du FMI au titre des procédures en vigueur en cas de non-respect d’obligations. A l’avenir, le pays devra se conformer rigoureusement aux obligations de déclaration envers le FMI.»]

ANNEXE

Évolution récente de l’économie grecque

La Grèce présentait de profondes faiblesses au moment où elle a abordé la récession mondiale. Alors que la croissance ralentissait et que l’appétit pour le risque diminuait à l’échelle mondiale, la forte dépendance du pays à l’égard des emprunts extérieurs a exacerbé les craintes concernant les déséquilibres budgétaires et extérieurs qui existaient de longue date. La révision notable des données relatives au déficit budgétaire de 2008 et de 2009 qui a été annoncée par le nouveau gouvernement a ébranlé les marchés, parce que les déficits étaient deux fois plus élevés que les prévisions et qu’était ainsi révélée la communication de données officielles inexactes. La dette publique a été révisée à la hausse proportionnellement et est ainsi passée de moins de 100 % du PIB à 115 % du PIB fin 2009. Par ailleurs, en dépit de la récession en 2009, le déficit des transactions courantes atteignait 11 % du PIB, ce qui était le signe d’un gonflement considérable de la demande intérieure et de problèmes de compétitivité extérieure.

Les efforts déployés initialement par le nouveau gouvernement face à ces facteurs de vulnérabilité en janvier 2010 n’ont pas été convaincants. La Grèce était déjà soumise à la procédure de déficit excessif du Pacte de stabilité et de croissance de l’Union européenne et les autorités ont convenu de ramener le déficit budgétaire en deçà de 3 % du PIB à l’horizon 2012. Cependant, les objectifs fixés dans le budget de 2010 n’étaient pas suffisamment étayés par des mesures, et les hypothèses macroéconomiques sur lesquelles reposait le programme de correction du déficit semblaient trop optimistes, ce qui a causé de nouveaux remous sur les marchés.

Après de vastes consultations avec la Commission européenne, les autorités grecques ont annoncé de nouvelles mesures budgétaires en février et en mars 2010, mais ces mesures n’ont pas réussi non plus à rétablir pleinement la confiance des marchés. Enfin, les marchés ont été perturbés aussi par ce qu’ils ont perçu comme étant des assurances de financement insuffisamment claires de la part des autres pays de la zone euro. En conséquence, l’état d’esprit des marchés s’est encore dégradé, les craintes concernant la viabilité des finances publiques du pays se sont intensifiées et la crise de confiance s’est aggravée. L’accès au financement extérieur s’est tari et les marges des titres publics se sont sensiblement élargies, l’économie étant alors sous la menace d’un cercle vicieux de risques de plus en plus apparents.

Résumé du programme

Les trois grands axes du programme des autorités sont les suivants :

1) Rétablir la confiance et la viabilité des finances publiques : Le programme prévoit un effort initial exceptionnellement vigoureux, avec des mesures intégralement identifiées jusqu’en 2013. Il s’agit de ramener la confiance, de retrouver l’accès aux marchés et d’orienter le ratio dette/PIB clairement à la baisse à compter de 2013. Les mesures prévues visent aussi à protéger les populations les plus vulnérables du pays.

2) Rehausser la compétitivité : Le programme inclut des baisses des salaires et des prestations en termes nominaux, ainsi que des réformes structurelles qui permettront de réduire les coûts et d’améliorer la compétitivité, ce qui devrait aider la Grèce à passer à un modèle de croissance davantage axé sur l’investissement et les exportations. Le programme prévoit aussi d’accroître la transparence et de réduire le rôle de l’État dans l’économie.

3) Préserver la stabilité du secteur financier : Tandis que le système bancaire traverse une période de déflation, qui devrait peser sur la rentabilité et les bilans des banques, la mise en place d’un Fonds de stabilité financière renforcera le filet de sécurité qui permet de faire face aux problèmes de solvabilité. Pour atténuer les pressions sur la liquidité qui résultent du déclassement de la dette souveraine, les mécanismes publics de soutien à la liquidité bancaire qui existent déjà seront élargis.

Prévisions de croissance et d’inflation

Il est prévu que le PIB réel se contractera fortement en 2010-11, avant de se redresser; le chômage devrait culminer à près de 15 % en 2012. L’ajustement budgétaire concentré au début de la période 2010-11 pèsera sur la demande intérieure à court terme, mais, à compter de 2012, le rétablissement de la confiance des marchés, le retour sur les marchés du crédit et de vastes réformes structurelles devraient entraîner un rebond de la croissance.

L’inflation devrait rester en deçà de la moyenne pour la zone euro. L’ajustement des prix qui s’impose devrait venir d’un resserrement de la demande intérieure, par le biais de l’ajustement budgétaire et de la modération des salaires et des pensions publics, ainsi que d’autres coûts économiques. Du fait de leurs effets d’entraînement, les salaires du secteur privé devraient aussi se modérer. Cela contribuera à rétablir la compétitivité des prix.

Complément d’informations

La Grèce est devenue membre du FMI le 27 décembre 1945 et sa quote-part dans l’institution est de 823,0 millions de DTS.

Pour d’autres informations de référence sur le FMI et la Grèce, voir http://www.imf.org/external/country/GRC/index.htm

Grèce : principaux indicateurs économiques
 
  2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015
 
    Projections
   
   
  (Variation en pourcentage, sauf indication contraire)

Économie intérieure

             

PIB réel

-2,0 -4,0 -2,6 1,1 2,1 2,1 2,7

Écart de production (% de la production potentielle)

4,0 -1,1 -4,6 -4,7 -4,0 -3,7 -3,1

Demande intérieure totale

-2,4 -7,1 -5,2 0,1 1,7 1,8 2,1

Consommation privée

-1,8 -4,0 -3,7 0,8 2,8 2,5 2,5

Consommation publique

9,6 -10,6 -5,1 -3,6 -6,6 -3,2 -0,1

Formation brute de capital fixe

-13,9 -11,4 -11,8 0,8 4,8 3,5 2,3

Variation des stocks (contribution)

0,0 -1,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0

Solde extérieur (contribution)

0,7 3,8 3,6 1,0 0,4 0,5 0,3

Exportations de biens et services

-18,1 4,5 5,4 5,9 6,0 5,9 6,0

Importations de biens et services

-14,1 -9,7 -6,1 1,6 3,8 4,6 3,7

Taux de chômage (pourcentage)

9,4 11,8 14,6 14,8 14,3 14,1 13,4

Prix à la consommation, moyenne de la période

1,3 1,9 -0,4 1,2 0,7 0,9 1,0

Déflateur du PIB

1,4 1,2 -0,5 1,0 0,7 1,0 1,1
               
  (Pourcentage du PIB)

Balance des paiements

             

Solde des transactions courantes

-11,2 -8,4 -7,1 -5,6 -4,0 -2,8 -1,9

Balance commerciale

-7,7 -3,5 -0,2 0,6 1,3 1,9 2,4

Total des transferts

0,5 0,4 0,5 0,5 0,4 0,4 0,3

Recettes revenu net

-4,1 -5,2 -7,5 -6,7 -5,7 -5,1 -4,7

Position extérieure globale nette

-86 -95 -104 -106 -106 -105 -102
               

Finances publiques (ensemble des administrations publiques

             

Total des recettes 1/

36,9 40,0 39,0 38,5 38,2 37,2 36,3

Total des dépenses 1/

50,4 50,5 53,2 53,9 54,0 52,3 50,6

Mesures (cumulées) 2/

2,5 6,7 9,0 11,0 12,6 12,2

Solde global

-13,6 -8,1 -7,6 -6,5 -4,8 -2,6 -2,0

Solde primaire

-8,6 -2,4 -0,9 1,0 3,1 5,9 6,0

Dette brute

115 133 145 149 149 146 140
               

Taux d’intérêt et crédit

             

Taux d’intérêt débiteur à long terme 3/

5,7 5,6 ... ... ... ... ...

Croissance du crédit privé 4/

4,2 ... ... ... ... ... ...
               

Taux de change

             

Taux de change effectif nominal 3/

0,7 0,6 ... ... ... ... ...

Taux de change effectif réel (sur la base de l’IPC) 3/

1,8 1,6 ... ... ... ... ...
               

Pour mémoire :

             

PIB nominal (milliards d’euros)

237 231 224 228 235 242 251

PIB nominal (variation en pourcentage)

-0,7 -2,8 -3,1 2,1 2,8 3,1 3,8
 

Sources : Service national des statistiques, Ministère de l’économie et des finances, Banque de Grèce et estimations des services du FMI.

1/ Hors mesures non identifiées.

                         

2/ Mesures intégralement identifiées jusqu’en 2013.

                         

3/ En janvier 2010.

                         

4/ Crédit aux ménages et aux entreprises.



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