La croissance gagne en vigueur au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, mais la faiblesse du crédit continue de peser sur la reprise
Communiqué de presse n° 10/210Le 25 mai 2010
Les perspectives économiques des pays du Moyen-Orient et dAfrique du Nord se sont améliorées grâce au rebond des flux de capitaux et à la montée des cours du brut. Cependant, les tensions constatées dans les secteurs financier et bancaire et la morosité du crédit pèsent sur la reprise. Cest ce qui ressort de la dernière édition des Perspectives économiques régionales pour le Moyen-Orient, lAfrique du Nord, lAfghanistan et le Pakistan (MOANAP), présentée aujourdhui par le Fonds monétaire international (FMI) au Dubai International Financial Center.
« Les perspectives de la région sont celles dune nette embellie par rapport à 2009. En 2010 la croissance gagne en puissance, portée par un rebond des entrées de capitaux et un redressement de la consommation interne», a déclaré M. Masood Ahmed, Directeur du Département Moyen-Orient et Asie centrale du FMI. «Ces perspectives encourageantes sont cependant assombries par des tensions dans le système bancaire et par la langueur du crédit dans lensemble de la région», a-t-il ajouté.
Les pays exportateurs de pétrole se remettent de la crise
Les pays exportateurs de pétrole de la région MOANAP Algérie, Arabie Saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Iran, Iraq, Koweït, Libye, Oman, Qatar, Soudan et Yémen ont été frappés de plein fouet en 2009. Lexcédent combiné de leur solde des transactions courantes a chuté de 362 milliards de dollars EU en 2008 à 53 milliards de dollars EU en 2009. Leur PIB pétrolier sest contracté de 4,7 % suite à leffondrement des cours du brut. Cependant, la mise en uvre de vastes mesures de relance a contribué à atténuer limpact de la crise et lactivité hors pétrole a tout de même progressé de 3,6 % en 2009.
Le rapport sur les perspectives régionales table pour lannée à venir sur une forte reprise alimentée par lintensification des entrées de capitaux et la poussée des cours du baril. Laugmentation de la production et des prix du brut devrait faire remonter lexcédent des transactions courantes à 140 milliards de dollars EU et la croissance du PIB pétrolier à 4,3 %. Lactivité hors pétrole, accompagnée par une relance budgétaire soutenue dans certains pays, devrait également afficher un taux de croissance de 4,1 %.
« Les systèmes bancaires des pays exportateurs de pétrole de la région ne sont cependant pas tirés daffaire. Le crédit au secteur privé reste atone et les pertes sur prêts improductifs nont pas encore été entièrement comptabilisées» a ajouté M. Ahmed. Après avoir connu une longue période de forte croissance jusquau milieu de 2008, le crédit dans ces pays avait accusé un repli de près 30 points de pourcentage en moyenne à fin 2009 (graphique 1). Les gouvernements devront concilier lobjectif de la reprise du crédit et la nécessité dun renforcement de la réglementation financière et dune amélioration de la supervision, notamment dans les pays où, manifestement, la prise de risques a été excessive.

À moyen terme les pouvoirs publics auront également pour tâche délicate de retirer leur soutien au secteur financier et déliminer progressivement la relance budgétaire, laquelle devrait durer jusquà la fin 2010 puis disparaître une fois la reprise bien engagée. M. Ahmed a précisé : «Il importe de maintenir les mesures de relance tant que cela sera nécessaire pour étayer la demande intérieure. Cela dit, après 2010 elles devront être progressivement inversées pour éviter un surcroît de tensions budgétaires, notamment dans les pays déjà fortement endettés».
Pays émergents : la croissance repart, mais lentement
Les pays émergents de la région Afghanistan, Djibouti, Égypte, Jordanie, Liban, Maroc, Mauritanie, Pakistan, Syrie et Tunisie se redressent après le ralentissement de lannée dernière, mais la croissance reste inférieure à ce quelle devrait être pour réduire le niveau élevé du chômage. Le caractère limité des liens financiers et commerciaux de ces pays avec lextérieur et les retombées positives de la relance budgétaire opérée par les pays exportateurs de pétrole de la région MOANAP ont contribué à amortir limpact de la récession mondiale. De ce fait, la croissance globale na accusé quun repli modeste, revenant à 3,8 % en 2009, contre 5 % en 2008.
Vu le rebond enregistré par les échanges depuis le milieu de 2009 et la reprise amorcée par linvestissement et le crédit bancaire, la croissance devrait grimper timidement à 4,1 % en 2010 puis à 4,8 % en 2011. Ces taux ne suffiront cependant pas à créer les emplois dont la région a besoin vu la rapide expansion de sa population active et son taux de chômage élevé. Ils sont du reste inférieurs à ceux quaffichent les autres pays émergents (graphique 2). La croissance du crédit qui a chuté à une moyenne pondérée de 2 % durant lannée achevée en octobre 2009, contre près de 20 % avant la crise reste également faible, comme partout ailleurs dans la région. Linflation quant à elle continue dêtre relativement élevée dans beaucoup de pays, principalement du fait de la montée des prix des produits alimentaires et énergétiques.

Le rapport signale aussi que la reprise des flux de capitaux constatée dans dautres pays émergents nest pas encore manifeste dans la plupart des pays importateurs de pétrole de la région MOANAP. La faiblesse persistante de la demande en Europe, lappréciation des taux de change et la concurrence des autres pays émergents restreignent le potentiel de croissance tirée par les exportations.
M. Ahmed a ajouté : «le principal défi pour les pays émergents du Moyen-Orient consistera à accroître leur compétitivité afin de relever leur croissance et de créer les emplois dont ils ont grandement besoin».

