La reprise va se poursuivre en Europe mais des risques subsistent, estime le FMI

Communiqué de presse n° 10/391
Le 20 octobre 2010

L'Europe continue de se remettre de la pire récession qu’elle ait connue depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale : après une contraction de 4,6 % en 2009, le PIB devrait augmenter de 2,3 % en 2010 puis de 2,2 % en 2011, a déclaré aujourd'hui le Fonds monétaire international (FMI).

Dans la dernière édition du rapport sur les Perspectives économiques régionales consacré à l'Europe, le FMI note que la reprise a été favorisée par le redémarrage de l'activité économique mondiale, la croissance des exportations ayant été particulièrement forte dans les pays qui exportent des biens d'équipement. Cependant, la reprise reste molle et les projections laissent entrevoir des taux de croissance économique faibles par rapport au passé.

Dans les pays avancés d'Europe, où l'intervention des pouvoirs publics a permis de contenir les problèmes de dette souveraine au début de 2010, la croissance devrait, d'après les projections, atteindre 1,7 % en 2010 et 1,6 % en 2011. Cependant, bien que ces pays aient récemment fait preuve d'une certaine vigueur, le regain d'activité devrait y rester faible par rapport aux reprises passées et aux pays avancés des autres régions. Ces écarts de croissance tiennent en partie à la persistance des effets de la crise et à l'accélération de l'ajustement budgétaire en 2011. Mais ils s'expliquent aussi par les rigidités bien connues des marchés du travail, des produits et des services, qui limiteront le potentiel de croissance de la zone euro.

Le rapport note aussi que des risques importants subsistent et appellent les décideurs à mettre en œuvre les bonnes politiques. Le rééquilibrage budgétaire, bien qu'inévitable, devrait être opéré de manière à en réduire autant que possible les effets négatifs sur la croissance et l'emploi; si le ralentissement de la croissance menace d’être sensiblement plus prononcé que prévu, les pays qui disposent d'une marge de manœuvre budgétaire devraient différer une partie des mesures de rééquilibrage programmées. La politique monétaire doit trouver un équilibre délicat entre, d'une part, la nécessité de normaliser les politiques et, d'autre part, celle d'atténuer la volatilité du marché de la dette souveraine et de préserver la liquidité bancaire; enfin, le contrôle dont on fait récemment l'objet les banques européennes devrait être suivi sans tarder de mesures visant à éliminer les faiblesses qui subsistent dans leur bilan tout en continuant de préserver leur capacité de prêt.

«Le décideurs doivent concentrer leur attention sur le renforcement des bilans des banques, a déclaré Ajai Chopra, Directeur par intérim du Département Europe du FMI. Les établissements financiers vulnérables devraient être restructurés, recapitalisés ou faire l'objet de procédures de règlement au plus vite. Les résultats des tests de résistance effectués récemment à l'échelle de l'Union européenne donnent une idée des banques qui devraient peut-être être fusionnés ou recapitalisées. Une meilleure supervision de la part des pouvoirs publics conjuguée à une coopération transnationale accrue peut aider à redonner confiance aux marchés. Un certain nombre d'initiatives allant dans ce sens ont déjà été entreprises. Il faut les mener à leur terme, clarifier la situation réglementaire et appliquer ce qui a été décidé.»

Le FMI a aussi salué les projets d’amélioration de la gouvernance de l'Union européenne et de la zone euro, et il a invité instamment les pays membres à en accélérer la mise en œuvre.

Bien que la crise ait profondément ébranlé les pays émergents d’Europe1, ils ont dans l’ensemble évité des crises bancaires et monétaires, grâce à la vigueur des mesures prises par les pouvoirs publics, aux montages financiers de grande envergure mis en place rapidement par les institutions internationales et au soutien continu des banques occidentales. D'après les prévisions du rapport, les pays émergents d’Europe connaîtront une croissance de 3,9 % en 2010 et de 3,8 % en 2011, les perspectives de ces pays dépendant avant tout de ce qui se passera dans les pays avancés d'Europe, où de nouveaux bouleversements pourraient peser sur les échanges commerciaux et freiner les flux de capitaux vers la région ainsi que la croissance du crédit intérieur.

Des plans de rééquilibrage budgétaire crédibles pourraient aider à éviter que la dette souveraine ne devienne source de préoccupation, ce qui est particulièrement important pour les pays où les banques sont fortement exposées à ce type de dette. Maintenant que la demande de crédit se redresse, les pouvoirs publics devraient alléger les contraintes qui pèsent sur l'offre en réduisant l'incertitude qui entoure la politique macroéconomique. Au-delà du court terme, la région devra trouver de nouveaux moteurs de croissance en misant davantage sur le secteur des biens échangeables, car le modèle de croissance des années de prospérité, qui reposait sur les entrées de capitaux, la croissance rapide du crédit et le dynamisme de la demande intérieure, s'est révélé intenable.

«Le cycle expansion-récession offre des enseignements importants pour la prévention des crises, a déclaré M. Chopra. Les pays émergents d’Europe ont connu des expériences très diverses. Certains d'entre eux, comme les pays baltes, ont vu leur production diminuer de plus de 10 %, tandis que d'autres, par exemple la Pologne, ont complètement échappé à la récession. La raison principale en est que c’est dans les pays où l'expansion du crédit a été le plus prononcée pendant les années de prospérité que le ralentissement de l’activité a été le plus marqué pendant la récession. Les cycles expansion-contraction du crédit pouvant être très coûteux, il importe d'éviter une augmentation excessive du crédit pendant la prochaine période d'expansion. Les autorités de contrôle locales devront déployer des mesures prudentielles vigoureuses, en étroite collaboration avec les autorités dont relèvent les banques-mères d’Europe occidentale, tandis que les recettes budgétaires abondantes des années de prospérité devraient être économisées pour constituer des marges de sécurité en prévision de périodes moins prospères au lieu de servir à financer une augmentation des dépenses.»


Pays européens : croissance du PIB réel et inflation (IPC), 2007–11
(Pourcentage)
 
  Croissance du PIB réel Inflation moyenne (IPC)

 

2007 2008 2009 2010 2011

 

2007 2008 2009 2010 2011
 

Europe1

4.0 1.4 -4.6 2.3 2.2

 

3.6 5.7 2.7 2.9 2.8

Pays avancés d'Europe1

3.0 0.5 -4.0 1.7 1.6

 

2.1 3.4 0.7 1.8 1.7

Pays émergents d'Europe1

7.0 4.1 -6.0 3.9 3.8

 

7.8 12.0 8.5 6.1 6.1

Union européenne1

3.2 0.8 -4.1 1.7 1.7

 

2.4 3.7 0.9 1.9 1.8

 Zone euro

2.9 0.5 -4.1 1.7 1.5

 

2.1 3.3 0.3 1.6 1.5

  Allemagne

2.7 1.0 -4.7 3.3 2.0

 

2.3 2.8 0.2 1.3 1.4

  Autriche

3.7 2.2 -3.9 1.6 1.6

 

2.2 3.2 0.4 1.5 1.7

  Belgique

2.8 0.8 -2.7 1.6 1.7

 

1.8 4.5 0.0 2.0 1.9

  Chypre

5.1 3.6 -1.7 0.4 1.8

 

2.2 4.4 0.2 2.2 2.3

  Espagne

3.6 0.9 -3.7 -0.3 0.7

 

2.8 4.1 -0.2 1.5 1.1

  Finlande

5.3 0.9 -8.0 2.4 2.0

 

1.6 3.9 1.6 1.4 1.8

  France

2.3 0.1 -2.5 1.6 1.6

 

1.6 3.2 0.1 1.6 1.6

  Grèce

4.5 2.0 -2.0 -4.0 -2.6

 

3.0 4.2 1.4 4.6 2.2

  Irlande

5.6 -3.5 -7.6 -0.3 2.3

 

2.9 3.1 -1.7 -1.6 -0.5

  Italie

1.5 -1.3 -5.0 1.0 1.0

 

2.0 3.5 0.8 1.6 1.7

  Luxembourg

6.5 0.0 -4.1 3.0 3.1

 

2.3 3.4 0.4 2.3 1.9

  Malte

3.7 2.6 -2.1 1.7 1.7

 

0.7 4.7 1.8 1.9 2.1

  Pays-Bas

3.9 1.9 -3.9 1.8 1.7

 

1.6 2.2 1.0 1.3 1.1

  Portugal

2.4 0.0 -2.6 1.1 0.0

 

2.4 2.7 -0.9 0.9 1.2

  République slovaque

10.6 6.2 -4.7 4.1 4.3

 

1.9 3.9 0.9 0.7 1.9

  Slovénie

6.8 3.5 -7.8 0.8 2.4

 

3.6 5.7 0.9 1.5 2.3

 Autres pays avancés de l'UE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Danemark

1.7 -0.9 -4.7 2.0 2.3

 

1.7 3.4 1.3 2.0 2.0

  République tchèque

6.1 2.5 -4.1 2.0 2.2

 

2.9 6.3 1.0 1.6 2.0

  Royaume-Uni

2.7 -0.1 -4.9 1.7 2.0

 

2.3 3.6 2.1 3.1 2.5

  Suède

3.3 -0.4 -5.1 4.4 2.6

 

1.7 3.3 2.0 1.8 1.9

 Pays émergents de l'UE1

6.0 4.4 -3.0 1.6 2.9

 

4.6 6.5 3.9 3.2 3.1

  Bulgarie

6.2 6.0 -5.0 0.0 2.0

 

7.6 12.0 2.5 2.2 2.9

  Estonie

6.9 -5.1 -13.9 1.8 3.5

 

6.6 10.4 -0.1 2.5 2.0

  Hongrie

1.0 0.6 -6.3 0.6 2.0

 

7.9 6.1 4.2 4.7 3.3

  Lettonie

10.0 -4.2 -18.0 -1.0 3.3

 

10.1 15.3 3.3 -1.4 0.9

  Lituanie

9.8 2.8 -14.8 1.3 3.1

 

5.8 11.1 4.2 1.0 1.3

  Pologne

6.8 5.0 1.7 3.4 3.7

 

2.5 4.2 3.5 2.4 2.7

  Roumanie

6.3 7.3 -7.1 -1.9 1.5

 

4.8 7.8 5.6 5.9 5.2

Pays avancés hors UE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Islande

6.0 1.0 -6.8 -3.0 3.0

 

5.0 12.4 12.0 5.9 3.5

  Israël

5.3 4.2 0.8 4.2 3.8

 

0.5 4.6 3.3 2.3 2.8

  Norvège

2.7 0.8 -1.4 0.6 1.8

 

0.7 3.8 2.2 2.5 1.4

  Suisse

3.6 1.9 -1.9 2.9 1.7

 

0.7 2.4 -0.5 0.7 0.5

Autres pays émergents

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Albanie

5.9 7.7 3.3 2.6 3.2

 

2.9 3.4 2.2 3.4 2.9

  Bélarus

8.6 10.2 0.2 7.2 6.2

 

8.4 14.8 13.0 7.3 10.8

  Bosnie-Herzégovine

6.1 5.7 -3.1 0.5 3.0

 

1.5 7.4 -0.4 2.4 2.5

  Croatie

5.5 2.4 -5.8 -1.5 1.6

 

2.9 6.1 2.4 1.9 2.8

  Kosovo

4.0 5.4 4.0 4.6 5.9

 

4.4 9.4 -2.4 1.7 3.2

  Macédoine

6.1 5.0 -0.8 1.2 3.0

 

2.3 8.3 -0.8 1.9 3.0

  Moldova

3.0 7.8 -6.5 3.2 3.5

 

12.4 12.7 0.0 7.4 6.0

  Monténégro

10.7 6.9 -5.7 -1.8 4.5

 

4.2 8.5 3.4 0.6 1.0

  Russie

8.5 5.2 -7.9 4.0 4.3

 

9.0 14.1 11.7 6.6 7.4

  Serbie

6.9 5.5 -3.0 1.5 3.0

 

6.5 12.4 8.1 4.6 4.4

  Turquie

4.7 0.7 -4.7 7.8 3.6

 

8.8 10.4 6.3 8.7 5.7

  Ukraine

7.9 2.1 -15.1 3.7 4.5

 

12.8 25.2 15.9 9.8 10.8
 

Source : FMI, base de données des Perspectives de l'économie mondiale.

1 Moyenne pondérée par le PIB calculé à parité de pouvoir d'achat (PPA).


1 Les pays émergents d’Europe sont l’Albanie, le Bélarus, la Bosnie-Herzégovine, la Bulgarie, la Croatie, l’Estonie, la Hongrie, le Kosovo, la Lettonie, la Lituanie, Macédoine (ex-République yougoslave de), la Moldova, le Monténégro, la Pologne, la Roumanie, la Russie, la Serbie, la Turquie et l’Ukraine.



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