Le Conseil d’administration du FMI approuve un accord triennal de 118,1 millions de $ EU en faveur de la Mauritanie au titre de la facilité élargie de crédit

Communiqué de presse n° 10/89
Le 15 mars 2010

Le Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a approuvé aujourd’hui un accord triennal portant sur un montant total de 77,28 millions de DTS (environ 118,1 millions de dollars EU) en faveur de la République islamique de Mauritanie au titre de la facilité élargie de crédit (FEC)1. Cette approbation permettra à la Mauritanie de bénéficier immédiatement d’un décaissement initial équivalant à 11,04 millions de DTS (environ16,9 millions de $ EU), le reliquat étant disponible par tranches sous réserve de revues semestrielles.

L’accord portant sur la période 2010-2013, dont le montant équivaut à 120 % de la quote-part de la Mauritanie au FMI (64,4 millions de DTS) appuiera le programme économique des autorités mauritaniennes. La Mauritanie a été durement éprouvée par la crise pétrolière et alimentaire en 2007-08, puis par la crise financière et la récession mondiale en 2008-2009. Les conséquences de ces chocs externes ont été exacerbées par une crise politique interne qui a entraîné une diminution des flux d’aide, ainsi que par la forte chute inattendue de la production de pétrole.

À l’issue des délibérations du Conseil d'administration, M. Murilo Portugal, Directeur général adjoint et président du Conseil d'administration par intérim a fait la déclaration suivante :

« La situation économique s’est nettement dégradée en 2008-09 à la suite de chocs tant internes qu’externes. Le PIB réel a baissé et la situation des finances publiques s’est affaiblie. Tandis que l’inflation est restée maîtrisée, le déficit extérieur courant est élevé (12,7 % du PIB), et les réserves internationales couvre seulement environ deux mois d’importations.

Le programme économique préparé par la Mauritanie pour 2010-12 vise à répondre à ces défis au moyen de mesures propres à appuyer une croissance soutenue et la lutte contre la pauvreté. Le redressement des finances publiques ménagera unenplus grande marge de manœuvre budgétaire pour les dépenses sociales et d’infrastructures, tout en réduisant les vulnérabilités liées à une lourde dette publique. Ces mesures, conjuguées à un cadrage prudent de la politique monétaire, permettront de maintenir l’inflation à un bas niveau et de reconstituer les réserves internationales. Le développement de l’intermédiation financière et l’amélioration du climat des affaires auront pour effet de promouvoir une croissance largement partagée et tirée par le secteur privé.

Le budget de 2010 table sur un déficit de 3,8 % du PIB hors pétrole, contre 5,3 % en 2009, moyennant une combinaison de mesures portant sur les dépenses et les recettes. Il prévoit une augmentation appropriée des dépenses sociales et d’infrastructures tout en contenant les dépenses courantes.

Les autorités ont décidé d’assouplir le régime de change afin de rehausser l’efficacité à la politique monétaire et de faciliter l’ajustement aux chocs exogènes, tout en conservant les rares réserves internationales. La hausse des prix des produits pétroliers et alimentaires pourrait faire peser quelques risques sur les perspectives d’inflation, mais le programme monétaire des autorités pour 2010 vise à être suffisamment ferme pour maintenir le taux d’inflation proche de 5 %.

La stratégie de réforme du secteur bancaire des autorités comprend plusieurs axes et permettra de renforcer le secteur financier et de développer l’intermédiation bancaire. Il sera aussi important de prendre des mesures énergiques pour rendre le climat des affaires plus attrayant afin de promouvoir une croissance largement partagée et tirée par le secteur privé.

Le soutien de la communauté internationale sera essentiel pour aider la Mauritanie à satisfaire ses besoins de financement à court et moyen terme et à renforcer la viabilité de ses comptes extérieurs. »

Évolution économique récente

La crise économique mondiale et la chute du financement extérieur à la duite du coup militaire d’août 2008 ont beaucoup affaibli l’économie mauritanienne, principalement du fait de la baisse d’activité dans le secteur minier, la pêche et les BTP. Le taux de croissance du PIB réel hors pétrole est estimé à -0,9 % en 2009, contre 4,1 % en 2008. La production pétrolière a continué à baisser, d’où une contraction du PIB global de l’ordre de 1 %.

La situation des finances publiques s’est aussi dégradée. Le déficit budgétaire de base hors pétrole est passé à 7,7 % du PIB hors pétrole en 2008, contre 2,2 % en 2007. D’après les données préliminaires, il semble que les efforts d’ajustement n’ont pas été proportionnels à la baisse des recettes, de sorte que le déficit budgétaire de base hors pétrole, bien qu’en diminution, restera élevé en 2009, atteignant 5,3 % du PIB hors pétrole. Ne disposant que de ressources limitées, les autorités ont utilisé la récente allocation de DTS pour combler le déficit des finances publiques.

La baisse des prix des produits alimentaires et des carburants et la normalisation des relations avec les bailleurs de fonds ont en partie amorti l’impact du ralentissement de l’activité économique mondiale sur la position extérieure. Le déficit extérieur courant reste élevé à 12,7 % (estimations) en 2009, mais il a baissé par rapport à 2008 (15,7 %). La reprise des flux d’aide après les élections de juillet 2009 et le décaissement du financement compensatoire au titre de la convention de pêche avec l’Union européenne (UE) ont permis de maintenir le niveau des réserves internationale brutes à la fin de décembre 2009 à l’équivalent de 2,2 mois d’importations.

L’inflation est restée à un taux bas à un chiffre. Elle a rapidement chuté à 0,9 %, en glissement annuel, en septembre 2009, du fait de la baisse des prix des produits pétroliers et alimentaires sur le marché international et d’une politique monétaire assez prudente. Cependant, sous l’effet de la nouvelle hausse des cours mondiaux des produits pétroliers et alimentaires, l’inflation est remontée à 5 %, en glissement annuel, à la fin de décembre 2009. Au vu du ralentissement de l’activité économique et des perspectives favorables sur le plan de l’inflation, la BCM a abaissé son taux directeur de 12 à 9 % en novembre 2009, mais les taux d’intérêt réels sont restés positifs. Le taux de change effectif a connu une dépréciation de 3 % en valeur nominale et de 2 % en valeur réelle.

Récapitulatif du programme

Le programme économique des autorités pour la période 2010-12 vise à maintenir un rythme de croissance élevé et à faire reculer la pauvreté tout en préservant la stabilité macroéconomique. Pour atteindre ces objectifs, les grands axes du programme sont les suivants :

• Redresser les finances publiques en vue de réduire la dette publique tout en ménageant davantage de marge de manœuvre budgétaire pour les dépenses sociales et d’infrastructures

• Améliorer encore le cadrage de la politique monétaire afin de contenir l’inflation à un bas niveau et à porter les réserves de change internationales à l’équivalent d’environ 3 mois d’importations

• Développer l’intermédiation financière et améliorer le climat des affaires pour promouvoir une croissance largement partagée et tirée par le secteur privé

• Renforcer les dispositifs de protection et de sécurité sociales.


Mauritanie : Indicateurs économiques et financiers, 2008–11

 
  Estimations   Projections

 

2008   2009   2010 2011
 

Revenu national et prix

           

PIB à prix constant

3.7   -1.1   4.6 5.2

PIB hors pétrole à prix constant

4.1   -0.9   5.2 5.3

Production pétrolière (milliers de barils/jour)

12.1   10.7   7.5 7.5

Déflateur du PIB

12.4   -6.2   8.0 2.7

Déflateur du PIB hors pétrole

13.0   -4.1   8.7 2.7

Indice des prix à la consommation (moyenne de la période)

7.3   2.2   4.8 4.8

Indice des prix à la consommation (fin de période)

3.9   5.0   4.6 5.1

Secteur extérieur

           

Exportations de biens, f.à.b. (variation de valeur en %)

27.5   -23.4   21.9 4.8

Dont : hors pétrole

37.5   -20.8   28.8 4.7

Importations de biens, f.à.b. (variation de valeur en %)

21.7   -26.3   16.4 12.1

Solde extérieur courant (en % du PIB)

-15.7   -12.7   -11.9 -16.5

Réserves officielles

           

Réserves officielles brutes1

           

En millions de $ EU (fin de période)

194.9   237.9   247.6 288.6

En mois d’importations de l’année suivante, hors industries extractives

2.2   2.2   2.5 2.7

Monnaie

           

Monnaie et quasi-monnaie (variation en %)

13.7   15.2   13.0 --

Crédit au secteur privé (variation en %)

23.6   3.9   11.4 --

Investissement et épargne

           

Investissement brut (% du PIB)

27.8   25.2   31.1 32.7

Épargne brute (% du PIB)

12.0   12.4   19.2 16.2

Opérations consolidées de l’État (% du PIB hors pétrole)

           

Recettes et dons

25.9   26.7   27.8 25.8

Recettes et dons hors pétrole

23.7   24.8   26.6 24.7

Recettes hors pétrole

22.9   24.0   23.5 23.4

Recettes pétrolières

2.2   1.8   1.2 1.1

Dépenses et prêts nets

32.8   32.0   32.8 30.2

Solde global, dons compris

-7.0   -5.4   -5.0 -4.3

Solde de base hors pétrole; définition du programme2

-7.7   -5.3   -3.8 -1.6

Dette extérieure

           

Dette extérieure totale (% du PIB)

88.5   103.1   71.5 74.8

Dont : dette extérieure PGE (% du PIB)

80.7   92.9   58.8 55.3

Pour mémoire :

           

Taux de change ouguiya/$ EU (fin de période)

261.5   262.0   -- --

PIB nominal (en milliards d’UM)

855   794   896 968

PIB nominal hors pétrole (en milliards d’UM)

798   759   868 938

PIB nominal (en millions de $ EU )

3,540   3,029   3,421 3,695

Prix du pétrole ($ EU/baril)

85.6   54.3   66.5 71.8

Population (millions)

3.1   3.2   3.3 3.4

PIB par habitant (en $ EU)

85.6   54.3   66.5 71.8
 

Sources : données communiquées par les autorités mauritaniennes et estimations et projections des services du FMI.
1 Hors compte pétrolier.
2 Recettes publiques non pétrolières (hors dons), moins dépenses publiques (hors dépenses d’investissement financées sur ressources extérieures et intérêts de la dette extérieure).

 

1 La facilité élargie de crédit (FEC), qui a remplacé la facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC) comme principal outil dont dispose le FMI pour apporter un soutien financier à moyen terme aux pays à faible revenu, est caractérisée par des plafonds d’accès plus élevés, des conditions de financement plus concessionnelles, une plus grande souplesse dans la conception des programmes qu’elle appuie, et une conditionnalité à la fois plus simple et mieux ciblée. Le taux d’intérêt des financements accordés au titre de la FEC est de 0 %, avec un différé d’amortissement de cinq ans et demi et une échéance maximale de dix ans. Le FMI revoit tous les deux ans les taux d’intérêt de toutes les facilités concessionnelles.



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