Des perspectives s’ouvrent à long terme pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord malgré des difficultés immédiates sur fond de troubles

Communiqué de presse n° 11/147
Le 27 avril 2011

Les changements en cours au Moyen-Orient et en Afrique du Nord offrent à la région l’occasion de jeter les bases d’un modèle de croissance à la fois plus dynamique et socialement solidaire, mais dans l’immédiat les pays doivent affronter de multiples tensions engendrées par la hausse des cours des matières premières et les bouleversements de l’activité économique. Telle est la conclusion générale de l’édition d’avril 2011 du rapport du FMI sur les Perspectives économiques régionales consacré au Moyen-Orient, à l’Afrique du Nord, à l’Afghanistan et au Pakistan (MOANAP), rendu public aujourd’hui.

«À long terme, les mouvements de contestation pourraient stimuler les économies de la région en favorisant l’adoption d’un modèle de croissance plus solidaire, en améliorant la gouvernance et en offrant à la population jeune et croissante des débouchés plus nombreux dans des conditions plus équitables. Cela dit, pour l’heure, les pays connaissent de grandes difficultés; il est urgent de s’attaquer au chômage et d’améliorer les dispositifs de protection sociale», a déclaré Masood Ahmed, Directeur du Département Moyen-Orient et Asie centrale du FMI, lors de la conférence à Dubaï au cours de la laquelle a été présenté le rapport. «La difficulté immédiate pour les pays importateurs de pétrole du Moyen-Orient est de préserver la cohésion sociale et la stabilité macroéconomique face à des tensions multiples», a-t-il ajouté.

Des perspectives à court terme contrastées

D’après les projections du rapport, la croissance globale de la région MOANAP sera de 3,9 %. Ce chiffre moyen masque cependant des écarts. La croissance devrait ainsi s’établir à 4,9 % dans les pays exportateurs de pétrole — Algérie, Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Iran, Iraq, Koweït, Oman, Qatar, Soudan et Yémen (les projections ne prennent pas en compte la Lybie) —, sous l’effet surtout de l’augmentation des cours et de la production de pétrole; dans les pays importateurs de pétrole — Afghanistan, Djibouti, Égypte, Jordanie, Liban, Maroc, Mauritanie, Pakistan, Syrie et Tunisie —, elle ne devrait atteindre que 2,3 %. Le scénario actuel est déterminé essentiellement par deux facteurs principaux : les troubles qui agitent la région, avec l’incertitude qui s’ensuit, et la flambée des cours mondiaux de l’énergie et de l’alimentation.

Une aubaine pour les pays exportateurs de pétrole…

Grâce à l’augmentation des cours et de la production de pétrole, le solde global des transactions courantes des pays exportateurs de pétrole devrait plus que doubler pour se chiffrer à 380 milliards de dollars en 2011 (Libye non comprise) (voir graphique 1). Globalement, ces économies devraient se développer, leur PIB réel collectif progressant, d’après les projections, de 4,9 % en 2011. Si la croissance du PIB hors pétrole devrait rester stable à 3,5 % pour l’ensemble de ce groupe de pays, la hausse des dépenses dans les pays du CCG fera monter la croissance du PIB hors pétrole à 5,3 % en 2011, contre 4,2 % en 2010. Malgré l’augmentation des dépenses, les positions budgétaires vont s’améliorer, car le surcroît de dépenses publiques sera plus que compensé par la progression des recettes pétrolières. En dépit de ces perspectives globalement positives, les pays exportateurs de pétrole de la région continuent de se heurter à des redoutables problèmes structurels, tels que la nécessité de diversifier davantage leurs économies, de créer des emplois pour leur population, de poursuivre le développement du secteur financier pour soutenir la croissance économique et d’améliorer la gestion des ressources publiques.

…mais les pays importateurs de pétrole sont mis à rude épreuve

Les pays importateurs de pétrole vont traverser une année difficile sur le plan économique car ils devront gérer des tensions tant internes qu’externes. La détérioration des termes de l’échange provoquée par le renchérissement des produits alimentaires et énergétiques devrait alourdir leur facture d’importation de quelque 15 milliards de dollars, soit en moyenne près de 3 % du PIB. Ceci se traduira, par une poussée de l’inflation ou par une détérioration du solde budgétaire, selon l’ampleur des subventions.

Pour beaucoup de pays importateurs de pétrole, les troubles politiques devraient nuire au tourisme et à l’investissement. Si l’on y ajoute la hausse des coûts de financement et les demandes pressantes d’augmentation des dépenses dans l’ensemble de la région, les soldes budgétaires devraient subir des pressions plus fortes. Les risques qui pèsent sur la stabilité macroéconomique et financière — s’ils ne sont pas corrigés rapidement — pourraient compromettre l’adoption d’un nouveau modèle de croissance solidaire et freiner la création d’emplois. Aussi les gouvernements disposant d’une faible marge de manœuvre budgétaire devront-ils envisager de compenser partiellement le surcroît de dépenses prioritaires par des coupes dans d’autres domaines.

«À court terme des dépenses additionnelles sont compréhensibles et nécessaires pour assurer la cohésion sociale, mais elles accentueront les tensions sur les finances publiques. Beaucoup de pays auront besoin d’une aide extérieure pour gérer la transition», a noté M. Ahmed. À moyen terme, les politiques destinées à atténuer les tensions sociales ne sauraient être indéfiniment financées par des déficits, et il faudra donc adopter des mesures pour accroître les recettes, remplacer les subventions généralisées par une protection sociale bien ciblée profitant aux pauvres de façon plus effective, et réduire les déperditions dans les dépenses publiques.

Une création d’emplois insuffisante

Dans l’ensemble de la région, l’équilibre à faible croissance de ces dernières années n’a pas permis de créer suffisamment d’emplois pour une population active grandissante. En outre, le rapport note un sentiment généralisé que le climat des affaires profite indûment à une minorité de privilégiés. Il reste beaucoup à faire pour doper la création d’emplois et mieux préparer les jeunes au marché du travail; dans certains pays ils souffrent d’un taux de chômage nettement supérieur à 20 % (voir graphique 2).

EMPLOYMENT.png

«À court terme, les gouvernements devront accélérer les investissements d’infrastructure à forte intensité de main-d’œuvre, fournir des incitations fiscales aux petites et moyennes entreprises et mettre en place des programmes de formation bien adaptés. Toutefois, ces mesures ne sauraient se substituer à une vaste stratégie de l’emploi capable de redéployer les structures d’éducation pour doter les diplômés des aptitudes recherchées par les employeurs; d’améliorer le climat des affaires; et de mettre fin aux rigidités du marché du travail qui exercent un effet dissuasif sur l’embauche», a déclaré M. Ahmed.

Des objectifs communs

Le rapport précise que chaque pays devra tracer sa propre démarche pour promouvoir le développement, mais tous devront viser certains objectifs communs : un environnement macroéconomique stable générateur de confiance et d’investissement; des emplois en nombre suffisant dans le secteur privé pour absorber les chômeurs actuels et une population active en forte croissance; des débouchés économiques permettant à la population de réaliser son potentiel; une protection sociale pour les couches les plus vulnérables; et des institutions solides et transparentes garantes de la responsabilisation et de la bonne gouvernance.

Enfin, le rapport signale les nombreux atouts dont dispose la région : une population jeune et dynamique, d’énormes ressources naturelles, un vaste marché régional, une position géographique privilégiée et un accès aux principaux marchés. «Les mois à venir seront certes délicats et les revers seront inévitables, mais il existe désormais une dynamique de changement qu’il faut mettre à profit», a déclaré M. Ahmed en guise de conclusion.


Principaux indicateurs économiques
 
Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan (MOANAP)
 
  Moyenne           Proj.
  2000–05 2006 2007 2008 2009 2010 2011

Croissance du PIB réel

             
 

(Variation annuelle en pourcentage))

             
               

MOANAP1

5,2 5,9 6,1 4,7 2,1 3,9 3,9

Exportateurs de pétrole1

5,6 5,7 6,2 4,7 0,7 3,5 4,9

dont : CCG

5,5 5,9 5,8 7,2 0,2 5,0 7,8

Importateurs de pétrole

4,4 6,3 6,1 4,8 4,7 4,7 2,3
 

Solde budgétaire des administrations publiques

 

 

 

 

 

 

(Pourcentage du PIB)

             

MOANAP 1

2,3 7,1 5,2 6,7 -3,6 -0,2 2,4

Exportateurs de pétrole1

5,8 13,2 10,3 12,9 -2,7 3,0 7,5

dont : CCG

9,3 22,4 17,5 24,7 -0,8 7,2 12,6

Importateurs de pétrole

-5,3 -4,7 -4,8 -5,4 -5,2 -6,0 -6,8
 

Solde des transactions courantes

 

 

 

 

 

 

 

(Pourcentage du PIB)

             
               

MOANAP 1

7,9 16,2 13,0 13,3 1,7 5,9 11,7

Exportateurs de pétrole1

11,2 21,9 17,9 18,8 4,2 9,2 16,9

dont : CCG

13,4 25,4 19,6 22,5 7,6 12,5 21,7

Importateurs de pétrole

-0,4 -1,6 -2,5 -4,6 -4,6 -3,3 -4,1
               

 

             
 

Sources : autorités nationales et estimations et projections des services du FMI.

1Les données de 2011 excluent la Libye.



DÉPARTEMENT DE LA COMMUNICATION DU FMI

Relations publiques    Relations avec les médias
Courriel : publicaffairs@imf.org Courriel : media@imf.org
Télécopie : 202-623-6220 Télécopie : 202-623-7100