Le FMI entrevoit pour le Moyen-Orient des perspectives différenciées, les pays importateurs de pétrole restant exposés à des tensions économiques

Communiqué de presse no11/378
26 octobre 2011

Les perspectives économiques des pays de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord sont très différenciées : la croissance des pays exportateurs de pétrole sera en légère accélération en 2011 du fait de la hausse des cours, tandis que les pays importateurs subiront un ralentissement marqué. Tel est le constat formulé par le FMI dans sa dernière évaluation de la région. Les Perspectives économiques régionales pour le Moyen-Orient et l’Asie centrale, rendues publiques aujourd’hui, donnent la croissance de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, qui couvre également l’Afghanistan et le Pakistan, en progression de 3,9 % en 2011, contre 4,4 % en 2010.

Les pays exportateurs de pétrole de la région (Libye non comprise) — Algérie, Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Iran, Iraq, Koweït, Oman, Qatar, Soudan et Yémen — connaîtront, d’après les prévisions, une progression de 4,9 % en 2011, grâce à la hausse des cours et de la production. Mais le taux de croissance des pays importateurs de pétrole — Afghanistan, Djibouti, Égypte, Jordanie, Liban, Maroc, Mauritanie, Pakistan, Syrie et Tunisie — s’établira juste au dessous de 2 % (voir tableau).

«Depuis le début de cette année, la dégradation de la conjoncture économique internationale et la montée des tensions sociales internes ont causé un ralentissement de l’activité économique dans beaucoup des pays importateurs de pétrole de la région. Nous ne devons cependant pas oublier que la transformation historique à l’œuvre porte en germe l’espoir d’une amélioration des niveaux de vie et d’un avenir plus prospère pour les populations de la région», a déclaré M. Masood Ahmed, Directeur du Département Moyen-Orient et Asie centrale du FMI, à la conférence de présentation du rapport, aujourd’hui à Dubaï.

La hausse des cours profite aux pays exportateurs de pétrole

L’activité économique s’est clairement améliorée dans les pays exportateurs de pétrole de la région, à la faveur de la hausse continue des cours énergétiques. Le rapport indique que cette expansion est tirée par l’essor de l’activité dans les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), où la croissance se chiffrera, d’après les projections, à 7 % en 2011. Plusieurs pays, dont en particulier l’Arabie saoudite, ont accru temporairement leur production de pétrole en réaction à la hausse des cours et aux déficits de production en Libye. «La décision d’accroître la production pétrolière à la suite des bouleversements en Libye a contribué de manière cruciale à la stabilité du marché mondial de l’énergie et au renforcement de l’activité», a noté M. Ahmed.

L’augmentation des recettes pétrolières a élargi la marge de manœuvre pour les dépenses publiques dans les pays du CCG. Plusieurs pays ont annoncé au début de l’année des plans de dépenses couvrant un large éventail de mesures, dont subventions, hausses salariales et dépenses d’investissement. D’après les niveaux de prix et de production actuellement prévus, le surcroît de recettes devrait largement compenser les niveaux élevés de dépenses publiques. En 2011, le solde courant global des pays exportateurs de pétrole devrait passer de 202 à 334 milliards de dollars (non compris la Libye), et celui des pays du CCG de 163 à 279 milliards de dollars.

Mais la vulnérabilité des finances publiques a aussi sensiblement augmenté, car les cours d’équilibre du pétrole n’ont cessé de monter et se rapprochent maintenant des cours observés (graphique 1). «Les pays exportateurs de pétrole ont, c’est compréhensible, accru leurs dépenses budgétaires pour répondre aux besoins sociaux. À terme, le creusement des déficits budgétaires hors-pétrole rend de nombreux pays plus vulnérables aux fluctuations des cours du brut, à l’heure où les risques s’accentuent pour l’économie mondiale», a ajouté M. Ahmed.

Augmentation des depenses publiques

Pour ce qui est du secteur financier, le rapport laisse entrevoir la poursuite d’une reprise graduelle. Les banques du CCG en particulier, qui ont fait preuve d’une remarquable résilience durant la crise, ont désormais des ratios de fonds propres supérieurs à 15 % et des taux de créances improductives inférieurs à 10 %. L’expansion du crédit privé continue cependant d’être marquée par la prudence.

Pour l’avenir, le FMI table sur une modération du rythme de croissance des pays exportateurs de pétrole de la région aux environs de 4 % en 2012 et signale que ces pays sont aussi confrontés à des risques baissiers. Le plus immédiat serait l’impact d’un net ralentissement de l’activité en Europe et aux États-Unis. La demande mondiale de pétrole pourrait subir une contraction marquée, pouvant elle-même entraîner une baisse durable des cours. Les autres risques sont liés à la persistance des troubles dans la région et à un tassement de l’activité de certains grands partenaires commerciaux, dont l’Inde et la Chine.

La satisfaction des besoins sociaux et le retour de la confiance, impératifs prioritaires pour les pays importateurs de pétrole

Pour ce qui est des pays importateurs de pétrole, les transformations politiques et économiques à l’œuvre dans plusieurs d’entre eux progressent lentement et devraient se poursuivre pendant une bonne partie de 2012. Outre la dégradation des perspectives économiques en Europe et à l’échelle mondiale, la région subit l’effet d’une baisse prononcée des investissements et du tourisme. De ce fait, il faut s’attendre pour 2012 à une reprise plus faible que prévue, les projections de croissance se situant juste au-dessus de 3 %, d’après le rapport du FMI.

«Il ne fait aucun doute que l’année qui vient sera difficile pour de nombreux pays, compte tenu de l’incertitude politique persistante, de la dégradation des perspectives économiques mondiales et de la hausse des coûts de financement, autant de facteurs qui font obstacle à une reprise rapide. Les mesures visant à rétablir la confiance et à promouvoir une croissance plus solidaire aideront les pays à relancer l’activité et à répondre en définitive aux besoins de la population», a déclaré M. Ahmed.

Face à la montée des troubles sociaux, au ralentissement économique et à la hausse des cours des matières premières, les gouvernements de la région ont considérablement accru les subventions et transferts. Le coût de ces dépenses sociales reste élevé, dépassant 10 % du PIB en Égypte et 5 % du PIB dans la plupart des autres pays. De ce fait, on observe un creusement des déficits budgétaires des pays importateurs de pétrole d’environ 1,5 % du PIB en 2010–11 (graphique 2).

Les deficits se creusent

À court terme, ces programmes de dépenses sont appropriés pour amortir l’impact du ralentissement de l’activité économique. Mais dans un souci d’efficacité et d’équité, il vaudrait mieux que les gouvernements remplacent progressivement les subventions universelles par des dispositifs de protection sociale ciblés sur les segments les plus démunis de la population, indique le rapport du FMI. Les ressources pourraient dès lors servir à réaliser des investissements cruciaux dans les infrastructures et l’éducation et à accompagner des réformes bien nécessaires.

Il ne sera pas facile de satisfaire les demandes croissantes de la population, signale le rapport, d’autant que la plupart des pays ont déjà épuisé leurs volants de ressources budgétaires et de réserves de change pour faire face à la dégradation de la situation économique à la suite du Printemps arabe, et qu’ils ont moins de marge pour affronter les chocs futurs. Les partenaires régionaux et la communauté internationale plus généralement peuvent faciliter cette transition en apportant des financements et en ouvrant plus largement leurs marchés aux exportations de ces pays.

Les conflits ont eu un coût humain colossal, en plus de leur énorme coût économique, en Libye, en Syrie et au Yémen. La priorité immédiate pour ces pays est d’éviter que la crise humanitaire perdure et, au sortir des conflits, de mettre en place des plans de reconstruction et de réformes.

Principaux indicateurs économiques
Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et and Pakistan (MOANAP)
 
  Moyenne           Projections
  2000–05 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Croissance du PIB réel

               

(Variation annuelle en pourcentage)

               
                 

MOANAP1

5.2 6.0 6.7 4.5 2.6 4.4 3.9 3.7

  Exportateurs de pétrole1

5.6 5.9 6.8 4.0 1.8 4.4 4.9 3.9

    dont : CCG

5.5 6.5 5.0 6.4 0.3 5.4 7.2 4.0

  Importateurs de pétrole

4.4 6.2 6.5 5.5 4.2 4.3 1.9 3.1

    dont : importateurs de pétrole MOAN

4.1 6.4 6.1 6.4 4.9 4.5 1.4 2.6
                 

Solde budgétaire des administrations publiques

 

 

 

 

 

 

(En pourcentage du PIB)

               
                 

MOANAP1

2.4 7.6 6.1 6.7 -2.9 -0.2 0.4 0.1

  Exportateurs de pétrole1

6.0 13.9 11.9 13.0 -1.6 2.9 4.6 3.6

    dont : CCG

9.2 22.2 17.5 24.7 -0.4 6.1 9.7 8.3

  Importateurs de pétrole

-5.3 -4.8 -5.2 -5.4 -5.2 -6.0 -7.6 -6.7
                 

Solde des transactions courantes

 

 

 

 

 

 

 

 

(En pourcentage du PIB)

               
                 

MOANAP1

7.8 16.2 12.8 13.4 1.8 7.0 10.4 8.2

  Exportateurs de pétrole1

11.2 21.9 17.6 18.7 4.1 10.6 15.0 12.4

    dont : CCG

13.4 25.4 19.7 22.5 7.1 15.0 20.6 16.9

  Importateurs de pétrole

-0.4 -1.3 -2.2 -4.4 -4.4 -3.3 -3.3 -3.8
 

Sources : autorités nationales; et estimations et projections des services du FMI.

1 Les données de 2011 et 2012 excluent la Libye.

MOANAP : 1) Exportateurs de pétrole : Algérie, Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Iran, Iraq, Koweït, Libye,

Oman, Qatar, Soudan et Yémen; 2) Importateurs de pétrole : Afghanistan, Djibouti, Égypte, Jordanie, Liban,

Maroc, Mauritanie, Pakistan, Syrie et Tunisie.

Pays importateurs de pétrole MOAN : pays importateurs de pétrole MOANAP à l'exclusion de l'Afghanistan et du Pakistan.



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