Le Conseil d’administration du FMI conclut les consultations de 2013 au titre de l’article IV avec le Tchad
Communiqué de presse No. 14/136Le 27 mars 2014
Le 21 février 2014, le Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a conclu les consultations au titre de l’article IV1 avec le Tchad.
Sur le plan macroéconomique, les résultats sont restés stables en 2013, avec une certaine décélération de la croissance économique et de l'inflation. Selon les projections, le PIB réel a augmenté de 3,6 % en 2013, contre 8,9 % en 2012. Ce ralentissement s’explique par un repli du PIB pétrolier de 3,9 % en 2013 en raison d'une diminution plus prononcée que prévu de la production de pétrole dans les gisements arrivés à maturité et par des retards dans les nouvelles productions. La croissance du PIB non pétrolier serait passée de 11,6 % en 2012 à 5 % en 2013, sous l'effet principalement du retour à la normale de la production agricole après la récolte exceptionnelle de 2012. L'inflation a fortement baissé en 2013, principalement en raison de la chute sensible des prix alimentaires à la suite de l'abondante récolte de 2012. Le taux moyen annuel d'inflation se serait ainsi établi aux alentours de 0,4 %, contre 7,7 % en 2012.
Le déficit courant a été en moyenne de 8 % du PIB entre 2009 et 2012, et d'après les projections il aurait continué de se creuser pour s'établir à 8,8 % du PIB en 2013, en raison de la baisse des exportations de pétrole. La balance des paiements globale aurait été déficitaire en 2013, pour la première fois depuis 2009, faisant tomber le ratio de couverture par les réserves internationales à 1,7 mois d'importations de biens et de services (contre 2,4 mois en 2012).
La politique budgétaire a été progressivement durcie ces dernières années, axée sur la réduction du déficit primaire hors pétrole (DPHP). Celui-ci a diminué de 1 % du PIB non pétrolier entre 2011 et 2012, et le budget 2013 se fondait sur une autre réduction de ce déficit de 1 % du PIB non pétrolier, pour passer à 18,2 % du PIB non pétrolier. Cependant, l’exécution du budget en 2013 a subi les effets d’un manque à percevoir imprévu de recettes pétrolières et des tensions en matière de dépenses liées aux opérations destinées à préserver la sécurité au plan régional, d'où un déficit budgétaire global d'environ 6 % du PIB non pétrolier (contre un excédent de 1,7 % en 2012). Ce déficit a été en partie financé par un emprunt non concessionnel gagé sur les ventes de pétrole futures.
Les perspectives économiques à moyen terme sont déterminées par les fluctuations prévues de la production de pétrole et des recettes budgétaires qui en découlent. Le PIB réel devrait progresser d’environ 9 % par an en 2014-15 grâce à la mise en exploitation complète de nouveaux gisements pétroliers. Le PIB pétrolier devrait culminer en 2016 puis diminuer régulièrement par la suite, à moins que de nouveaux gisements de pétrole ne soient découverts. Le PIB non pétrolier devrait s'accroître d'environ 5 % par an à moyen terme, avec pour principaux moteurs l'agriculture, le commerce et les transports. Les principaux risques pesant sur ces perspectives tiennent principalement à la volatilité des recettes budgétaires provenant du pétrole et à la situation difficile sur le plan de la sécurité régionale.
Évaluation par le Conseil d’administration2
Les administrateurs s’associent à l’évaluation faite par les services du FMI dans ses grandes lignes. Ils saluent les résultats macroéconomiques relativement solides enregistrés par le Tchad sur fond d’une considérable insécurité au plan régional. Ces résultats se caractérisent par une solide croissance du PIB non pétrolier et un niveau d’inflation relativement modéré. Les administrateurs félicitent en outre les autorités pour leur contribution notable aux efforts sécuritaires régionaux. Notant qu’une décennie de croissance économique rapide n’avait pas permis de réduire sensiblement les taux de pauvreté, les administrateurs préconisent des mesures résolues pour parvenir à une croissance diversifiée et inclusive et à une amélioration des indicateurs socioéconomiques.
Les administrateurs signalent qu’en dépit des perspectives positives à moyen terme, le Tchad doit relever les défis issus de la volatilité et du repli tendanciel des recettes pétrolières. Ils saluent certes l’amélioration de l’orientation budgétaire de ces dernières années, notamment dans le cadre du programme de référence, mais conseillent de constituer des marges budgétaires à moyen terme en renforçant la mobilisation des recettes intérieures, la gestion des finances publiques, l’efficience du secteur public et la hiérarchisation des dépenses. Les administrateurs saluent le récent engagement des autorités à limiter le recours aux procédures extrabudgétaires de dépenses d’urgence, et recommandent un travail poussé de hiérarchisation des investissements publics qui tienne compte de la capacité d’absorption. Il sera essentiel d’engager des efforts pour réduire sensiblement le déficit de mobilisation de recettes fiscales intérieures hors pétrole, en s’appuyant sur les progrès enregistrés et en donnant suite aux recommandations de l’assistance technique du FMI en matière de politique fiscale et d’administration des recettes.
Les administrateurs préconisent une plus grande cohérence dans la stratégie de gestion de la dette et une politique d’emprunt extérieur prudente, compte tenu du risque élevé de surendettement que connaît le Tchad. Ils reconnaissent la détermination des autorités à veiller à la viabilité de la dette, comme en témoigne l’annulation de la convention-cadre conclue avec Eximbank China. Tout en reconnaissant les circonstances exceptionnelles qui ont conduit en 2013 aux avances sur ventes de pétrole à des conditions non concessionnelles, ils mettent en garde contre le recours à ce type d’avances à l’avenir et soulignent que des mesures correctives doivent être prises pour combler l’écart de financement qui en découle en 2014. Les administrateurs attendent avec intérêt la préparation en temps opportun de la nouvelle loi sur la gestion de la dette, et recommandent que soient centralisées l’approbation des emprunts et leur gestion opérationnelle. Ils appuient la détermination des autorités à parvenir au point d’achèvement de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) renforcée. Ils se réjouissent de la poursuite des étroites relations de travail avec le FMI durant la période à venir, y compris dans le cadre de discussions en vue d’un accord sur un éventuel programme appuyé par la FEC.
Les administrateurs soulignent l’importance cruciale des réformes structurelles pour contribuer à renforcer la compétitivité extérieure et promouvoir une croissance diversifiée et inclusive. Ils préconisent la suppression des principaux goulets d’étranglement de l’offre et l’adoption de mesures propres à améliorer le climat des affaires. Les administrateurs félicitent les autorités pour les initiatives engagées dans le cadre du Plan national de développement pour relever la productivité agricole et promouvoir l’investissement dans l’infrastructure. Ils recommandent en outre aux autorités de mettre en œuvre des réformes propices au développement du secteur financier et à l’inclusion financière.
