Ressources naturelles, finances et développement : les défis d’hier et d’aujourd’hui

Dominique Strauss-Kahn
Directeur général du Fonds monétaire international
Allocution d’ouverture du séminaire de haut niveau de l’Institut du FMI et de la Banque d’Algérie
Alger – Le 4 novembre 2010

Texte préparé pour l'intervention

C'est pour moi un grand plaisir de vous souhaiter la bienvenue à ce séminaire, que le FMI est fier de coparrainer avec la Banque d'Algérie. Je tiens à remercier le Gouverneur Laksaci de ses aimables paroles ainsi que de son soutien et de celui de ses collaborateurs, sans qui cette manifestation n'aurait pu avoir lieu. C’est aussi pour moi un honneur de partager la scène avec le Premier ministre Ouyahia, et j'écouterai avec le plus grand intérêt son analyse des défis auxquels sont confrontés aujourd'hui les pays riches en ressources naturelles.

Nous nous retrouvons aujourd'hui alors que l'économie mondiale se redresse tout en restant fragile. La reprise est encore modérée aux États-Unis et elle manque de dynamisme en Europe. Elle est beaucoup plus vigoureuse dans les autres régions du monde, notamment en Asie, en Amérique latine et au Moyen-Orient. Et même en Afrique, de nombreux pays ont retrouvé le chemin de la croissance bien plus vite que lors des récessions précédentes. Le mérite en revient aux bonnes politiques que de nombreux pays africains ont mises en œuvre pendant les années qui ont précédé la crise.

Quelles politiques faut-il suivre pour affermir la reprise de l'économie mondiale? La réponse varie suivant le pays. Dans ceux où la reprise reste faible, les politiques macro-économiques doivent continuer autant que possible de soutenir l'activité. Dans les autres, une reprise plus vigoureuse signifie qu'un soutien des pouvoirs publics n'est peut-être plus nécessaire. Mais tous les pays doivent s'entendre pour mener des politiques propres à affermir la reprise globale et à promouvoir une croissance vigoureuse, stable et équilibrée de l'économie mondiale pour le moyen terme.

Dans le monde entier, la création d'emplois est l'une des principales tâches qui s'imposent aux autorités. C'est vrai dans les économies qui sont au cœur de la crise — où le chômage atteint des niveaux record — et dans celles où le problème du chômage sévit déjà depuis de nombreuses années. Le chômage n'est pas seulement un grand problème économique, c'est aussi un grand problème social — dont le coût humain est énorme pour tous ceux qui perdent leur emploi et pour leur famille.

Ce séminaire de haut niveau offre une bonne occasion d’examiner les défis particuliers auxquels sont confrontés aujourd'hui les pays riches en ressources naturelles. Les pays représentés ici sont très divers et apportent des expériences variées, ce qui devrait enrichir le débat et nous permettre d’en tirer des enseignements pour affronter les défis à venir. Je me bornerai à évoquer quelques-unes des questions qui pourraient être examinées lors de ce séminaire.

L'économie mondiale traverse de profondes mutations qui ont des conséquences considérables pour la demande de ressources naturelles. Au cours des années à venir, les pays émergents vont contribuer de plus en plus à la croissance de l’économie mondiale. Beaucoup de pays vont prendre des mesures pour s'adapter aux changements climatiques. Et les industries extractives vont bénéficier de nouveaux progrès technologiques. De tels changements vont naturellement avoir des répercussions sur la demande de ressources naturelles.

Depuis toujours, les pays exportateurs de matières premières ont la difficile tâche de gérer l’effet de la volatilité des prix de ces produits sur la stabilité macroéconomique et financière. Bien que les prix des matières premières se soient quelque peu stabilisés depuis la Grande récession, il faut s'attendre à un retour de la volatilité — c'est d'ailleurs déjà le cas sur les marchés des produits agricoles. Il est donc d'autant plus important d'appliquer les bonnes politiques macroéconomiques pour faire face à cette situation. Il va de soi que les outils financiers, notamment les stratégies de couverture, ont aussi un rôle important à jouer à cet égard.

Un autre défi est celui du renforcement de la compétitivité. Vous connaissez tous le «syndrome hollandais», phénomène par lequel des exportations massives de matières premières entraînent une appréciation du taux de change réel, ce qui ralentit la croissance de la productivité dans les autres secteurs de l'économie. La compétitivité s'en trouve amoindrie, ce qui freine la diversification de l'économie et rend le pays trop tributaire du secteur des ressources naturelles.

Mais peut-être le défi le plus fondamental est-il celui de veiller à ce que la richesse tirée des ressources naturelles soit utilisée à bon escient et partagée de façon équitable entre toutes les couches de la société. Vos pays ont la chance de posséder des richesses naturelles extraordinaires. Et pourtant, dans beaucoup d'entre eux, le chômage est élevé, surtout parmi les jeunes, et des millions de personnes continuent de vivre dans la pauvreté. Il semblerait normal que les richesses naturelles de vos pays servent à remédier aux contraintes qui pèsent sur la croissance et de développement et à créer des emplois convenables pour rehausser les niveaux de vie.

Il est clair que des investissements beaucoup plus importants dans le capital matériel, humain et institutionnel s’imposent pour accroître la productivité et améliorer la compétitivité. Cela devrait s’accompagner de réformes structurelles pour faire sauter les contraintes qui entravent l’entrepreneuriat et pour améliorer le climat des affaires.

Mais les dépenses doivent s'effectuer à un rythme mesuré. Cela permettra de préserver la stabilité macroéconomique, c'est-à-dire notamment de maintenir le taux de change réel à un juste niveau. Cela permettra aussi aux générations futures de bénéficier des recettes tirées aujourd'hui des ressources naturelles non renouvelables.

Des institutions solides seront indispensables pour garantir que les politiques bien conçues aient toute l'efficacité voulue. Des institutions budgétaires solides aideront à éviter des dépenses excessives en période de prospérité, et à laisser suffisamment de ressources pour les périodes moins fastes. Des institutions financières bien établies aident à gérer l’impact des afflux soudains de capitaux sur l'ensemble de l'économie. Une bonne gestion des réserves de change est un complément indispensable à cet égard.

Malheureusement, beaucoup de pays riches en ressources naturelles sont dépourvus d'institutions solides. De ce fait, les résultats économiques d'un grand nombre d'entre eux sont très décevants. Pire encore : la manne des ressources naturelles est trop souvent devenue une malédiction en engendrant des conflits.

La gestion responsable des richesses naturelles repose avant tout sur un ferme attachement à la bonne gouvernance. La bonne gouvernance aide à ce que les recettes provenant des matières premières profitent à toute la société. C'est la raison pour laquelle il est si important que les institutions soient rigoureusement tenues de rendre des comptes. L’expérience de pays tels que le Botswana, le Chili et l'Indonésie montre le rôle important que des institutions solides, indépendantes et responsables peuvent jouer dans les pays riches en ressources naturelles. J'ai aussi la ferme conviction qu'une société civile dynamique est indispensable pour atteindre — et maintenir — un niveau élevé de responsabilisation.

La transparence est une première étape importante de la responsabilisation — et c'est une question à laquelle le FMI aide à donner toute son importance. Pour soutenir les efforts que les pays membres déploient dans ce domaine, nous avons élaboré le Guide sur la transparence des recettes des ressources naturelles ainsi que le Code de bonnes pratiques en matière de transparence des finances publiques. Nous fournissons aussi une formation et une assistance technique aux pays membres en mettant à profit nôtre expérience étendue de ces questions dans le monde entier. Par exemple, nous avons organisé un cours qui se tiendra ce mois-ci en Afrique du Sud sur les questions macrofinancières auxquelles sont confrontés les pays riches en ressources naturelles.

Pour terminer, je voudrais affirmer l'engagement du FMI à travailler avec vous, pays membres de notre organisation, pour affronter les défis de la nouvelle économie mondiale. J'espère que, grâce à des manifestations comme celle-ci — et aux relations bilatérales étroites que nous entretenons avec les pays membres — nous pourrons contribuer à une reprise vigoureuse et stable de l'économie mondiale, dans l'intérêt de toutes les nations du monde.

Je vous remercie de votre attention.



DÉPARTEMENT DE LA COMMUNICATION DU FMI

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