Communiqué du Comité monétaire et financier international du Conseil des gouverneurs du Fonds monétaire international

le 17 septembre 2006

1. Le Comité monétaire et financier international a tenu sa quatorzième réunion à Singapour le 17 septembre 2006 sous la présidence de M. Gordon Brown, Chancelier de l'échiquier du Royaume-Uni. Le Comité exprime sa gratitude aux autorités de Singapour pour leur excellente organisation.

Réforme des quotes-parts et de la représentation au FMI

2. Après l'appel lancé lors de notre dernière réunion en vue de préserver et de renforcer l'efficacité et la crédibilité du FMI, le Comité souligne l'importance de la réforme des quotes-parts et de la représentation au FMI. Le Conseil d'administration a soumis un programme global de réforme sur deux ans des quotes-parts et de la représentation, sous forme d'un projet de résolution présenté au Conseil des gouverneurs. Sous réserve de l'adoption de cette résolution, l'Assemblée annuelle de septembre 2006 lancerait une série intégrée de réformes à achever au plus tard d'ici l'Assemblée annuelle de 2008. Une fois mis en œuvre, cet ensemble de réformes, qui commencera par une augmentation initiale des quotes-parts de la Chine, de la Corée, du Mexique et de la Turquie, contribuerait largement à réaligner les quotes-parts sur les positions relatives des pays membres dans l'économie mondiale et, ce qui est tout aussi important, à renforcer la participation et la représentation des pays à faible revenu au FMI, comme cela est énoncé dans la résolution. Le Comité engage le Conseil d'administration à examiner de façon constructive et dans les meilleurs délais tous les éléments des réformes, de façon à recueillir le plus large soutien possible; il souligne l'importance d'exécuter le programme en temps voulu et appelle le Directeur général à lui remettre un rapport d'étape lors de sa prochaine réunion.

Économie et marchés financiers mondiaux - Perspectives, risques et ripostes

3. Le Comité note avec satisfaction l'expansion vigoureuse et généralisée que connaît actuellement l'économie mondiale. La croissance devrait garder tout son dynamisme en 2007. Il existe cependant des risques de dégradation de la situation, qui tiennent à la possibilité d'une poursuite de l'accumulation de tensions inflationnistes, d'un ralentissement de la consommation dans un certain nombre de pays, de la persistance de cours élevés et instables de l'énergie et d'une montée du protectionnisme. Le Comité convient que le FMI devrait, dans la période à venir, s'appliquer à aider ses pays membres à promouvoir des mesures visant à réduire les déséquilibres mondiaux tout en soutenant la croissance dans le monde, à faire face aux retombées des cours élevés du pétrole, en particulier dans les pays les plus vulnérables, à gérer le passage probable à une situation caractérisée par des conditions de liquidité moins généreuses, et à assurer la viabilité des finances publiques et la stabilité financière à moyen terme. Le Comité souligne qu'il est essentiel de relancer la dynamique de la libéralisation multilatérale du commerce afin de soutenir et de renforcer les fondements de la croissance mondiale.

4. Dans les pays avancés, la politique monétaire devra continuer à ancrer solidement les anticipations inflationnistes et à équilibrer les risques pesant respectivement sur la stabilité des prix et sur la croissance. La conjoncture économique aujourd'hui favorable offre une occasion d'opérer un rééquilibrage budgétaire ambitieux, appuyé par des mesures crédibles qui assainiraient les systèmes de sécurité sociale et de santé en prévision du vieillissement démographique. Les perspectives de croissance devraient être dopées par les réformes structurelles qui sont nécessaires dans de nombreux pays pour améliorer le climat des affaires et assouplir les marchés de produits, accroître la capacité d'adaptation de la main-d'œuvre à la mondialisation et stimuler la productivité.

5. Dans les pays émergents et les autres pays en développement, l'amélioration des paramètres économiques fondamentaux a permis à la croissance de bien résister aux cours élevés du pétrole et au durcissement des conditions financières sur les marchés mondiaux. La croissance, en particulier dans les pays émergents d'Asie, a tiré parti de réformes de marché, de l'ouverture au commerce et de la concurrence. Dans les pays qui restent vulnérables, il est nécessaire de redoubler d'efforts pour renforcer les bilans du secteur public, ancrer les anticipations inflationnistes, améliorer le fonctionnement des secteurs financiers et assurer la viabilité des positions extérieures.

6. La croissance dans les pays à faible revenu en général, y compris en Afrique subsaharienne, reste vigoureuse. Le Comité souligne l'importance d'un partenariat solide entre les pays pauvres et les donateurs pour étayer les efforts engagés en vue d'accélérer la croissance afin de favoriser la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Les pays doivent persévérer dans l'application de politiques macroéconomiques saines, le renforcement des institutions et les réformes essentielles pour la croissance. La communauté internationale doit aussi appuyer les efforts déployés par ces pays pour réduire la pauvreté en accroissant son aide et en rendant celle-ci plus efficace, en accordant les allégements de dette convenus et en ouvrant résolument ses marchés.

7. Le Comité appelle à continuer sans relâche d'appliquer la stratégie convenue pour favoriser une correction ordonnée des déséquilibres mondiaux. Il s'agit d'accroître l'épargne nationale aux États-Unis, notamment en rééquilibrant le budget; de progresser encore dans les réformes propices à la croissance en Europe et de poursuivre les réformes structurelles, y compris le rééquilibrage budgétaire, au Japon; de stimuler la demande intérieure dans les pays émergents d'Asie et d'assouplir les taux de change dans plusieurs pays affichant des excédents, et d'accroître les dépenses en tenant compte des capacités d'absorption et de la stabilité macroéconomique dans les pays producteurs de pétrole. Le Comité se félicite de la consultation multilatérale organisée par le FMI, qui offre l'occasion d'appuyer la stratégie convenue.

8. Le Comité reste préoccupé par le niveau élevé et la volatilité des cours sur les marchés mondiaux de l'énergie. Il prend note avec satisfaction des mesures prises pour faire face à l'insuffisance des capacités de production pétrolière et appelle toutes les parties concernées à continuer de chercher à améliorer le rapport entre l'offre et la demande à moyen terme sur les marchés pétroliers. Il s'agira d'accroître l'investissement pour mettre en place des capacités adéquates de production et de raffinage, d'encourager les consommateurs à économiser l'énergie, d'améliorer la qualité et la transparence des données pétrolières et de renforcer le dialogue entre les producteurs et les consommateurs. Le Comité appelle aussi le FMI à continuer d'aider, par ses conseils et son soutien, les pays - en particulier les pays à faible revenu - à faire face aux cours élevés du pétrole.

9. Après avoir rencontré les dirigeants d'entreprises, nous affirmons une nouvelle fois notre détermination commune à renforcer l'assise d'un système économique et financier désormais mondialisé qui soit capable de promouvoir la croissance et la réduction de la pauvreté ainsi que d'offrir des chances égales à tous. Le Comité a aussi reçu de M. Pascal Lamy, Directeur général de l'OMC, un rapport sur l'état d'avancement des négociations commerciales multilatérales du cycle de Doha. Le Comité exprime sa profonde déception face à la suspension de ces négociations. Il invite instamment tous les membres de l'OMC à ne pas revenir sur leur attachement aux règles sur lesquelles repose le système commercial multilatéral, à résister à ceux qui prônent le protectionnisme et à préserver les acquis. Le Comité demande aux principales nations commerçantes de jouer un rôle directeur en œuvrant sans tarder à la reprise à brève échéance des négociations, en vue de parvenir d'ici à la fin de l'année à un résultat ambitieux, étant entendu que le but ultime est un accord global sur l'agriculture, les produits industriels et les services, auquel tous les pays devront apporter leur contribution.

10. Le Comité mesure l'importance d'atteindre les OMD. À cet égard, il souligne aussi qu'il importe de mettre en œuvre une aide au commerce qui soit résolument ancrée dans les stratégies de développement nationales, indépendamment de l'avancement des négociations du cycle de Doha. Nous prenons acte avec satisfaction des rapports remis par les équipes spéciales sur le cadre intégré et sur l'aide pour le commerce et les engagements de financement du cadre intégré renforcé par les donateurs.

Mise en œuvre de la stratégie à moyen terme du FMI

11. Le Comité se félicite que, après l'accord trouvé lors de sa dernière réunion, des progrès aient été accomplis dans le sens de la réforme du cadre de la surveillance exercée par le FMI. Il accueille avec satisfaction les mesures prises pour mettre davantage l'accent sur les questions relatives aux marchés financiers et de capitaux dans les travaux du FMI. Le Comité se félicite aussi de l'approche des consultations multilatérales, qui vise à favoriser la discussion et la coopération sur des questions économiques et financières d'intérêt commun. Il prendra connaissance avec intérêt des conclusions de la première consultation sur les déséquilibres mondiaux, ainsi que des propositions du Directeur général en vue d'autres consultations possibles et de travaux sur des questions d'ordre multilatéral. Le Comité se réjouit de la procédure de réexamen engagée pour mettre à jour la décision de 1977 sur la surveillance des politiques de change afin de dégager une conception commune et un consensus en ce qui concerne les responsabilités au titre de l'article IV ainsi que les fondements et objectifs de la surveillance, en considérant les politiques monétaires, budgétaires, financières et de change. Le Comité prend note des travaux réalisés à ce jour par le Conseil sur un mandat en matière de surveillance qui énoncerait les objectifs, les priorités et les responsabilités pour le moyen terme, et il attend avec intérêt que ces travaux se poursuivent dans le cadre du programme plus vaste visant à rendre la surveillance plus d'efficace. Le Comité examinera les progrès accomplis sur ce mandat lors des réunions de printemps.

12. Le Comité est favorable à ce que les politiques du FMI soient renforcées afin qu'il puisse mieux venir en aide aux pays membres émergents. Il accueille avec satisfaction les discussions récentes du Conseil d'administration sur un nouvel instrument de liquidité qui, destiné aux pays actifs sur les marchés internationaux de capitaux, soutiendrait les bonnes politiques de ces pays et leur assurerait un financement substantiel en cas de besoin, tout en préservant les ressources du FMI. Le Comité demande au Conseil d'administration de poursuivre sa réflexion sur les caractéristiques nécessaires d'un nouvel instrument, tout en tenant dûment compte de l'interaction avec les mécanismes actuels du FMI, et invite le Directeur général à présenter une proposition concrète au moment de la prochaine réunion. Le Comité attend aussi avec intérêt le réexamen prochain de la politique de prêt du FMI à l'égard des pays en situation d'arriérés.

13. Le Comité considère que le FMI devrait s'attacher en priorité à accroître son efficacité dans les pays à faible revenu en s'intéressant avant tout à la viabilité de la croissance et aux domaines cruciaux sur le plan macroéconomique dont dépend la réalisation des OMD. Il salue la mise en œuvre de l'IADM par le FMI, la Banque mondiale et la Banque africaine de développement, l'allégement de dette offert à deux autres pays (le Cameroun et le Malawi) dans le cadre de l'initiative PPTE et la décision de préserver les droits acquis des PPTE admis à bénéficier de cette facilité lorsque sa clause de caducité automatique prendra effet à la fin de 2006. Le Comité souligne qu'il importe d'aider les pays à tirer parti de l'augmentation de l'aide et de l'allégement de dette, et à éviter de se surendetter de nouveau. Il insiste sur le fait que le cadre de viabilité de la dette élaboré conjointement par le FMI et la Banque mondiale est l'instrument que les emprunteurs et les créanciers doivent utiliser en priorité pour évaluer diverses stratégies de financement, détecter l'apparition de signes de faiblesse liés à l'endettement et mettre au point des pratiques de prêt cohérentes, et il invite instamment tous les créanciers et emprunteurs à l'utiliser pour prendre leurs décisions en matière de prêt et d'emprunt. Le Comité engage tous les créanciers à se concerter avec le FMI et la Banque mondiale pour observer le mot d'ordre du crédit responsable. Il attend avec intérêt que ce cadre soit affiné davantage et que des directives pratiques soient élaborées à l'intention des emprunteurs et des créanciers.

14. Lors de sa prochaine réunion, le Comité examinera le résultat des travaux qui seront réalisés d'ici là sur les moyens de renforcer la collaboration et de clarifier le partage des tâches et des responsabilités entre le FMI et la Banque mondiale, en prenant en compte les travaux du Comité externe d'examen de la collaboration Banque mondiale-FMI.

15. Le Comité attend avec intérêt que soient formulées des propositions tendant à assurer au FMI des sources de revenu plus prévisibles et plus stables, dans le contexte de la position budgétaire globale de FMI. Il attend avec intérêt les recommandations du Comité de personnalités éminentes instauré par le Directeur général.

Autres questions

16. Le Comité appelle à une coopération plus étroite entre le FMI et le Groupe d'action financière sur le blanchiment de capitaux pour promouvoir une meilleure application des normes internationales de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, et il encourage la publication de rapports d'évaluation complets sur les pays.

17. Le Comité recommande aux membres d'approuver le Quatrième amendement aux Statuts.

18. Le Comité prend note avec satisfaction de l'évaluation externe du Bureau indépendant d'évaluation (BIE). Le BIE continue d'apporter une contribution précieuse à la culture d'apprentissage du FMI et à faciliter la supervision et la gouvernance.

19. Le Comité exprime sa profonde gratitude à Anne Krueger pour sa contribution exceptionnelle à une vision commune d'une économie mondialisée offrant des chances égales à tous, et pour avoir servi le FMI et ses pays membres avec un dévouement sans faille et une autorité intellectuelle déterminante. Il accueille chaleureusement M. John Lipsky, qui lui a succédé en qualité de Premier Directeur général adjoint. Le Comité exprime aussi ses remerciements à M. Raghuram Rajan pour son travail en tant que Conseiller économique.

20. La prochaine réunion du CMFI se tiendra à Washington, le 14 avril 2007.

COMITÉ MONÉTAIRE ET FINANCIER INTERNATIONAL

LISTE DES PERSONNES PRÉSENTES

17 septembre 2006

Président

Gordon Brown

Directeur général

Rodrigo de Rato

I. Membres ou suppléants

Hamad Al-Sayari, Gouverneur, Agence monétaire de l'Arabie saoudite)

(Suppléant de Ibrahim A. Al-Assaf, Ministre des finances, Arabie saoudite)

Christian Noyer, Gouverneur, Banque de France

(Suppléant de Thierry Breton, Ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, France)

Mervyn King, Gouverneur, Banque d'Angleterre, Royaume-Uni

(Suppléant de Gordon Brown, Chancelier de l'échiquier, Royaume-Uni)

Palaniappan Chidambaram, Ministre des finances, Inde

James Michael Flaherty, Ministre des finances, Canada

Eero Heinäluoma, Ministre des finances, Finlande

Mohamed K. Khirbash, Ministre d'État, Ministre des finances et de l'industrie, Émirats arabes unis

Alexei Kudrin, Ministre des finances, Fédération de Russie

Okyu Kwon, Vice-Premier Ministre et Ministre des finances et de l'économie, Corée

Mohammed Laksaci, Gouverneur, Banque d'Algérie

Guido Mantega, Ministre des finances, Brésil

Hans-Rudolf Merz, Ministre des finances, Suisse

Felisa Miceli, Ministre de l'économie et de la production, Argentine

Tommaso Padoa-Schioppa, Ministre de l'économie et des finances, Italie

Henry M. Paulson, Jr., Secrétaire au Trésor, États-Unis

Guy Quaden, Gouverneur, Banque nationale de Belgique

(Suppléant de Didier Reynders, Ministre des finances, Belgique)

Pedro Solbes, Deuxième Vice-Président et Ministre de l'économie et des finances, Espagne

Peer Steinbrück, Ministre des finances, Allemagne

Toshihiko Fukui, Gouverneur, Banque du Japon

(Suppléant de Sadakazu Tanigaki, Ministre des finances, Japon)

Paul Toungui, Ministre d'État, Ministre des finances, de l'économie, du budget et de la privatisation, Gabon

Nenadi E. Usman, Ministre des finances, Nigeria

Nor Mohamed Yakcop, Ministre des finances II, Malaisie

Gerrit Zalm, Ministre des finances, Pays-Bas

Zhou Xiaochuan, Gouverneur, Banque du peuple de Chine

Observateurs

Mohammad Alipour-Jeddi, Chef, Département de l'analyse du marché pétrolier,

Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP)

Joaquín Almunia, Commissaire, Affaires économiques et monétaires,

Commission européenne (CE)

Dirk Bruinsma, Secrétaire général adjoint, Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED)

Duncan S. Campbell, Directeur, Département de l'intégration des politiques, Organisation internationale du travail (OIT)

Alberto Carrasquilla, Président, Comité conjoint du développement

Mario Draghi, Président, Forum de stabilité financière (FSF)

Angel Gurría, Secrétaire général, Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)

Jomo Kwame Sundaram, Sous-Secrétaire général chargé du développement économique, Département des affaires économiques et sociales, Nations Unies

Malcolm D. Knight, Directeur général, Banque des règlements internationaux (BRI)

Pascal Lamy, Directeur général, Organisation mondiale du commerce (OMC)

Jean-Claude Trichet, Président, Banque centrale européenne (BCE)

Paul Wolfowitz, Président, Banque mondiale



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