Haïti — Notes pour la réunion des bailleurs de fonds à Brasilia

Déclaration de Przemek Gajdeczka
Conseiller, Département Hémisphère occidental
Fonds monétaire international
23 mai 2006

Je vous remercie de me donner l'occasion de prendre la parole à cette importante réunion.

Évolution récente de la situation

1. Comme la plupart d'entre vous le savez, une équipe du FMI s'est rendue au début de ce mois à Haïti pour évaluer la situation économique et s'entendre avec les autorités sur un cadre macroéconomique pour avril-septembre 2006. Nous avons constaté que la situation économique globale est dans l'ensemble stable, et nous saluons les efforts engagés par les autorités pour restaurer la stabilité macroéconomique, en dépit de nombreux obstacles. Pour l'ensemble de l'année, le PIB réel devrait s'accroître de 2,5 % comme prévu, mais le niveau d'inflation attendu pour fin septembre est de 15 %, alors que l'objectif initialement fixé dans le cadre de l'aide d'urgence post-conflit (AUPC) est de 10 %. Pour ce qui est du secteur extérieur, les réserves internationales nettes ont sensiblement augmenté et la gourde s'est affermie.

2. Ces résultats tiennent dans une grande mesure à ceux du programme du gouvernement soutenu dans le cadre de l'AUPC. Le programme a suivi dans l'ensemble la voie tracée, même si certains objectifs n'ont pas été atteints. Bien que le financement du budget par la banque centrale soit légèrement supérieur à l'objectif (0,1 % du PIB) à fin mars, par suite de certains dépassements de dépenses, l'utilisation des comptes courants a été réduite comme prévu et les informations sur le budget de l'administration centrale ont été publiées. En ce qui concerne la politique monétaire, le plafond fixé aux avoirs intérieurs nets de la BRH n'a pas été observé, principalement du fait des achats de devises effectués pour reconstituer les réserves internationales, dont le niveau était très faible. En conséquence, les réserves internationales nettes ont dépassé de loin le plancher retenu dans le programme (de 24 millions de dollars) et les limites fixées à la dette et aux arriérés ont été respectées.

Le cadre macroéconomique jusqu'à fin septembre

3. Nous nous sommes entretenus avec le gouvernement de transition sortant ainsi qu'avec les représentants du Président Préval, qui, tout en souscrivant au cadre de politique économique, ont évoqué la possibilité que d'autres corrections soient apportées une fois qu'ils auront fait le point de la situation. Le cadre agréé pour la période allant jusqu'à fin septembre a été conçu pour servir de base à notre suivi de l'exécution des politiques jusqu'à la mise en place d'un programme appuyé par la FRPC. Les autorités se sont engagées à exécuter la loi de finances rectificative suivant les termes convenus avec les services du FMI au début de mai.

4. Les représentants du gouvernement entrant ont affirmé que celui-ci était résolu à assurer la discipline budgétaire tout en procédant à une nouvelle hiérarchisation des dépenses, et à éviter de recourir à la Banque centrale pour le financement du budget. Comme convenu avec les services du FMI, le budget pour avril-septembre 2006 vise un niveau de recettes et de dépenses plus élevé. En particulier :

  • Les recettes augmenteront, en grande partie du fait des recettes fiscales liées à un renchérissement du pétrole supérieur aux prévisions.

  • Les dépenses de l'administration centrale financées sur ressources intérieures s'accroîtront de 0,3 % du PIB, en raison d'une augmentation des transferts et subventions au secteur de l'électricité destinée à compenser l'effet du renchérissement du pétrole, tandis que les investissements financés à l'aide de ressources intérieures seront réduits d'environ un tiers. Près de la moitié des investissements restants serviront à financer des projets hautement prioritaires exigeant des décaissements rapides qui sont actuellement préparés en consultation avec les bailleurs de fonds (programme d'apaisement social). Nous souscrivons à la priorité accordée par l'équipe de transition de M. Préval à ces projets, qui aideront à préserver les acquis récents dans le domaine de la sécurité.

  • Sans nouveaux emprunts à la banque centrale, il subsistera un déficit budgétaire d'environ 18 millions de dollars EU, compte tenu des décaissements à venir de la BID (15 millions de dollars) et d'un décaissement de la CE de 10 millions d'euros. Les autorités envisagent de prendre des mesures compensatoires si elles n'obtiennent pas d'autres ressources extérieures pour combler ce déficit.

5. Sur le front structurel, les autorités se sont engagées à exécuter plusieurs mesures avant la fin de septembre 2006, en particulier à : i) vérifier les informations concernant les arriérés de paiements intérieurs et préparer un plan pour leur règlement; ii) étendre l'informatisation des données à tous les bureaux de douane; iii) appliquer le numéro d'identification fiscale unique aux fichiers des contribuables; iv) mettre en place un mécanisme de suivi des transferts de l'État au secteur de l'électricité; et v) finaliser et publier les audits des opérations de l'administration centrale et de la BRH. En outre, elles se sont engagées à continuer de limiter strictement l'utilisation des comptes courants ministériels.

Le budget pour 2006/07

6. Le gouvernement entrant doit accélérer la préparation du budget pour 2006/07 pour assurer une bonne coordination des opérations avec celles des bailleurs de fonds et l'approbation du budget par le Parlement avant fin septembre 2006. Il espère stimuler la croissance économique en créant des conditions favorables à l'investissement privé. Les services du FMI ont recommandé aux autorités de prendre comme point de départ de leurs travaux les projections suivantes : une croissance du PIB réel de 4 %, un taux d'inflation de 8% et des réserves internationales atteignant au moins l'équivalent de sept semaines d'importations à fin septembre 2007. Cependant, il subsiste un déficit de financement estimé à environ 80 millions de dollars.

Les étapes suivantes

7. Les autorités ont souscrit à un programme de travail menant à un accord FRPC et au point de décision de l'initiative PPTE, dont les résultats seront soumis à l'examen du Conseil d'administration à l'automne 2006. Il s'agit-là d'un programme très ambitieux qui exigera des efforts exceptionnels de la part des autorités et des bailleurs de fonds.

  • L'équipe du FMI fixe à juin et août les entretiens sur le programme appuyé par un accord triennal au titre de la FRPC. Nous prévoyons que deux réunions du Conseil d'administration seront consacrées à ce programme de travail : i) une en août-septembre sur un document PPTE préliminaire; et ii) l'autre en octobre sur un accord FRPC et les conditions à remplir par le pays pour arriver au point de décision de l'initiative PPTE.

  • Entre-temps, outre qu'il assurera l'exécution du programme convenu jusqu'à fin septembre 2006, le nouveau gouvernement devra achever la stratégie de réduction de la pauvreté intérimaire et y souscrire, convenir des conditions à remplir pour atteindre le point d'achèvement de l'initiative PPTE et établir un plan visant à améliorer le suivi des dépenses anti-pauvreté.

Ce plan suppose en outre que la réunion d'engagement a lieu à temps pour qu'il soit tenu compte de ses résultats dans le budget de l'État pour 2006/07. Tout particulièrement, il est nécessaire de combler le déficit budgétaire avant qu'un programme FRPC puisse être soumis à l'approbation du Conseil d'administration car ce programme doit être financé dans sa totalité.



DÉPARTEMENT DE LA COMMUNICATION DU FMI

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