La déclaration de fin de mission résume les constats préliminaires effectués par les représentants du FMI à l'issue de certaines missions (visites officielles, dans la plupart des cas dans les pays membres). Ces missions s'inscrivent dans le cadre des consultations périodiques (en général annuelles)au titre de l'Article IV des Statuts du FMI, ou sont organisées lorsqu'un pays demande à utiliser les ressources du FMI (à lui emprunter des fonds), ou encore dans le contexte des discussions sur les programmes suivis par le services du FMI, ou d'autres exercices de suivi de la situation économique.



Déclaration finale de la mission de consultation au titre de l'article iv pour l'année 2006

le 26 juillet 2006

1. Une mission des services du FMI a séjourné à l'Union des Comores du 12 au 26 juillet 2006 pour des discussions au titre des consultations sur l'Article IV pour l'année 2006. La mission remercie les autorités pour leur accueil chaleureux et pour leur excellente collaboration. Les discussions ont porté sur la stratégie de réforme à moyen terme visant à augmenter la croissance économique et à améliorer la prestation des services publics. La mission a également discuté d'un ensemble de mesures à court terme pour faire face à la détérioration nette des finances publiques au cours du premier semestre de 2006.

A. Rétrospective économique 2001- 2005

2. La croissance économique est restée morose, caractérisée par une base restreinte. Les Comores n'ont pas connu la sensible relance économique enregistrée dans la grande partie de l'Afrique subsaharienne depuis le milieu des années 90, la croissance de son PIB réel représentant juste la moitié de la moyenne régionale pour la période 2001 - 2005. Le PIB réel par tête d'habitant a progressivement décliné ces deux dernières décennies. Cette mauvaise performance en termes de croissance est le reflet de certains désavantages inhérents au pays, notamment la taille réduite du marché local, le coût très élevé du transport et les facteurs environnementaux tels que la déforestation et les éruptions volcaniques. L'activité économique est largement restreinte à l'agriculture de subsistance, à la production de trois cultures d'exportation, au commerce lié aux importations et aux services publics. La pêche et le tourisme sont bien en deçà des potentialités alors que l'industrie manufacturière est pratiquement inexistante.

3. La grande dépendance sur une base d'exportation réduite et sur l'aide extérieure a rendu les Comores particulièrement vulnérables aux chocs extérieurs. Les transferts des émigrés ont financé les importations de produits de consommation et fourni un tampon contre les chocs des termes de l'échange. L'instabilité politique et les fréquentes tensions entre les îles ont ébranlé les capacités institutionnelles et conduit à une réduction sensible de l'assistance des bailleurs, ce qui a provoqué une accumulation rapide de la dette extérieure bien au-delà du seuil PPTE, ainsi que des arriérés dus aux créanciers extérieurs.

4. L'appartenance à la zone franc a été la principale source de stabilité de l'économie. Le taux de change permanent et la sauvegarde des accords ont permis de maintenir les réserves internationales à un niveau confortable et l'inflation à un chiffre, et d'appliquer une politique budgétaire disciplinée en limitant les crédits accordés par la Banque centrale au gouvernement. En même temps, la politique budgétaire a été considérablement contrainte par la forte masse salariale et le manque d'accès aux financements, d'où une enveloppe limitée pour les dépenses sociales et les investissements publics dont le besoin est aigu et une accumulation chronique des arriérés de salaires dans le secteur public.

B. Evolutions économiques récentes

5. En 2005, la stabilité macroéconomique a été maintenue dans un contexte de forte détérioration des termes de l'échange causée par l'effondrement des prix de la vanille et la hausse des cours internationaux du pétrole. La croissance du PIB réel a repris grâce aux services liés au commerce et au tourisme. L'inflation a été contenue malgré la hausse des coûts de transport pour les biens de consommation importés et du prix de détail du carburant. L'accroissement des transferts a en partie compensé la forte détérioration de la balance commerciale extérieure. La performance budgétaire s'est améliorée en 2005, avec une hausse de l'excédent intérieur primaire et une baisse nette des arriérés de salaires des fonctionnaires pour la première fois depuis des années.

6. Le premier semestre 2006 a été marqué par un ralentissement économique et une détérioration nette des finances publiques. Les recettes budgétaires ont chuté de 13 pourcent par rapport à la même période en 2005, en grande partie à cause de l'affaiblissement de l'administration des douanes et de l'interférence dans la gestion des entreprises publiques de l'Union pendant la période conduisant aux élections présidentielles et à la passation du pouvoir. De plus, le mécanisme de partage des recettes entre les gouvernements de l'Union et des îles a été sérieusement perturbé. Les arriérés de salaires et les emprunts auprès de la Banque centrale ont considérablement augmenté, tandis que le solde intérieur primaire est devenu négatif. Le relâchement fiscal, combiné à la détérioration significative de la santé financière des entreprises publiques, a contribué à l'augmentation du déficit commercial et une perte dans les réserves internationales nettes.
C. Perspectives et politiques à court terme

7. Les perspectives économiques pour 2006 sont assombries par des faiblesses économiques considérables et des vulnérabilités sur le plan extérieur. La croissance économique devrait chuter bien en dessous de celle de 2005, reflétant la crise continue du secteur de la vanille et la forte baisse du tourisme haut de gamme. L'inflation se maintiendra probablement à un niveau modeste, malgré la hausse continue des coûts de transport des importations et l'augmentation récente des prix intérieurs du carburant. Le déficit commercial devrait être plus élevé qu'en 2005, en raison des difficultés continues du secteur de la vanille et de la forte croissance des importations due au relâchement fiscal et à la hausse des transferts des émigrés.

8. Le gouvernement mis en place en mai 2006 par le nouveau Président de l'Union a souligné la gravité de la situation budgétaire qu'il a héritée. Il a convenu avec la mission que la principale mesure était de faire augmenter les recettes à la suite de l'énorme déficit du premier semestre 2006, en insistant sur le renforcement de l'administration chargée des recettes et à rétablir la coopération entre les îles en matière budgétaire. En fin juin, les quatre ministres des finances des gouvernements de l'Union et des îles sont parvenus à un accord pour améliorer le mécanisme de partage des recettes en s'assurant que toutes les recettes passent par un compte unique et que les salaires sont versés régulièrement à tous les niveaux du secteur public. Cet accord renforce également la transparence et la coordination entre les îles dans l'administration des recettes.

9. La mission a discuté avec les autorités une série de mesures supplémentaires à court terme axée sur l'augmentation des recettes budgétaires tout en limitant les dépenses, le renforcement du contrôle budgétaire et l'amélioration de la santé financière des entreprises publiques. De l'avis général, la restauration des recettes fiscales sera essentielle pour atteindre les objectifs prioritaires des autorités visant à réduire considérablement les arriérés de salaires, néanmoins un appui budgétaire extérieur sera aussi nécessaire. La mission a souligné l'importance d'une étroite collaboration entre les gouvernements de l'Union et des îles pour atteindre les objectifs budgétaires révisés des autorités pour l'exercice. Elle a également mis l'accent sur l'importance de politiques de crédit prudentes au niveau de la Banque centrale, pour éviter une érosion des réserves internationales.
D. Principaux défis économiques à moyen terme

10. Le nouveau gouvernement a approuvé le Document de stratégie de réduction de la pauvreté intérimaire (DSRP-I) pour les Comores. Le DSRP-I présente une vision claire pour le développement, qui allie une croissance économique basée sur le secteur privé accrue et une meilleure prestation des services publics. La mission a discuté avec les autorités d'une stratégie de réforme économique à moyen terme fondée sur le DSRP-I.

11. Le nouveau gouvernement a centré sa stratégie de réforme sur la nécessité d'améliorer la gouvernance et assurer une meilleure transparence au sein des entreprises publiques. Il a déjà pris des mesures pour renforcer la gestion et la supervision des entreprises publiques et des organismes chargées des recettes. La mission a souligné l'importance de renforcer la coopération entre les îles et de renforcer la transparence des opérations fiscales au sein de la complexe structure décentralisée des finances publiques des Comores, bon nombre de fonctions existant à la fois dans l'Union et au sein des îles.

12. L'amélioration des finances publiques sera essentielle pour atteindre les objectifs du DSRP-I. Les autorités ont pour objectif de renforcer l'administration des recettes et de réformer la fonction publique pour mettre un niveau plus élevé d'investissement public et de dépenses sociales. Elles ont souligné l'importance d'augmenter l'assistance extérieure, conformément aux annonces faites lors de la table ronde des bailleurs tenue à Maurice en décembre 2005, de financer les besoins urgents en dépenses sociales, en investissement public et en assistance technique. En outre, un allègement global de la dette dans le cadre de l'initiative PPTE et de l'IMAD sera requis pour ramener la dette à un niveau viable.

13. La réforme des entreprises publiques sera essentielle pour l'augmentation des finances publiques et de la croissance économique. La situation précaire des sociétés d'énergie et d'eau en particulier a déjà eu une incidence sur la trésorerie d'autres entreprises d'Etat et réduit les recettes budgétaires. La mission a également souligné la nécessité de réformer les monopoles de l'Etat sur les télécommunications et les hydrocarbures, et elle a encouragé les autorités à faire avancer les discussions avec la Banque mondiale/SFI sur la préparation de la stratégie de réforme do secteur, y compris une possible privatisation.

14. L'investissement étranger direct sera essentiel pour augmenter la croissance et réduire les importants déséquilibres externes. Les autorités ont souligné les efforts récents visant à attirer des investisseurs dans les secteurs touristiques et bancaires. Elles ont discuté avec la mission des réformes du code des investissements et de la simplification de la législation fiscale et douanière, pour créer un environnement plus propice aux investissements.

15. Afin d'appuyer le développement du secteur privé local et diversifier l'économie, il sera nécessaire de promouvoir la disponibilité du crédit bancaire en encourageant une plus grande concurrence et les services dans le secteur financier local. La Banque centrale est en train d'adapter la supervision bancaire et la gestion des liquidités à la perspective de l'arrivée de nouvelles banques.

16. Les autorités ont noté que leur stratégie de réforme économique pourrait faire augmenter la croissance du PIB réel à moyen terme à une moyenne de 4 pour cent l'an, tout en améliorant considérablement l'infrastructure et les services sociaux du pays. La mission partage l'avis que les réformes et objectifs proposés peuvent éventuellement stimuler la croissance économique, améliorer les conditions de vie et réduire la pauvreté.


Table 1. Comores: Principaux Indicateurs Economiques et Financiers, 2003-06

  2003 2004 2005   2006
      Proj.

           
  (Variation en pourcentage annuelle, sauf si précisé autrement)

Revenu national et prix

         

PIB réel

2.5 -0.2 4.2   1.2

PIB réel par habitant

0.3 -2.3 2.1   -0.8

PIB nominal (en millions de francs comoriens)

141,437 143,596 153,112   158,114

PIB nominal (en millions de dollars US)

323.2 362.9 368.9   386.2

PIB nominal par habitant (en dollars US)

561.4 617.4 614.8   630.3

Déflateur PIB

5.1 1.8 2.3   2.0

Indice des prix à la consommation (moyenne annuelle)

3.8 4.5 3.6   3.8
           

Monnaie et crédit

         

Avoirs extérieurs nets

-4.8 -1.6 0.9   -12.2

Crédit intérieur

-3.4 -3.6 9.0   23.0

Monnaie au sens large

-1.1 -6.3 3.1   -1.1

Vélocité (PIB/moyenne monnaie au sens large)

4.4 4.9 5.1   5.3
           
  (En pourcentage du PIB, sauf si précisé autrement)

Investissement et épargne

         

Investissement intérieur brut

11.4 10.4 9.3   11.9

Public

5.4 4.4 4.5   5.6

Privé

6.0 6.0 4.8   6.3

Epargne nationale brute

7.6 5.3 4.7   7.3

Publique

1.9 2.7 4.6   4.4

Privée

5.7 2.6 0.2   2.9
           

Budget du gouvernement

         

Revenu intérieur

15.8 15.6 15.7   14.2

Total dons

2.2 2.8 4.3   6.4

Total dépenses

22.0 20.1 19.9   21.8

Dépenses courantes

16.1 15.7 15.4   16.2

Dépenses en capital et prêt net

5.4 4.4 4.5   5.6

Variation des arriérés

         

Intêrets extérieurs

0.7 0.5 0.4   0.4

Intérieurs

0.9 0.8 -0.5   0.0

Solde primaire

0.5 -0.5 1.1   0.0

Solde global

         

Base ordonnancement, compris dons

-4.0 -1.7 0.1   -1.2

Base caisse, compris dons

-2.4 -0.3 -0.5   -1.0
           

Secteur Extérieur

         

Exportations de biens et services

15.8 12.7 12.5   10.5

Importations de biens et services

31.8 32.6 34.7   35.1

Solde courant extérieur

         

Y compris transferts officiels

-2.7 -4.1 -4.6   -4.6

Excl. transferts officiels et transfers privés

-16.5 -20.5 -22.9   -25.3
Dette extérieure existante (fin de période)          

En millions de dollars US

294.4 285.2 265.6   241.1

dont: arriérés de paiements

85.1 85.2 92.7   ...
En pourcentage des exportations 515.0 636.2 573.2   589.5
En pourcentage du PIB 81.1 80.5 71.5   61.9

Service dette extérieure (y compris le Fonds)

         

En pourcentage des exportations de biens et services nonfacteurs

14.0 17.6 16.8   18.6

En pourcentage de recettes totales

14.0 14.3 13.3   13.8

Réserves internationales brutes

         

En millions de dollars US, fin d'année

97.2 92.7 87.1   77.5

Equivalent en mois d'importations, c.i.f.

11.3 9.4 8.2   6.8

Taux de change effectif réel (2000=100)

116.8 120.5 122.2   ...

Termes d'échange (variation en pourcentage)

74.3 -34.4 -44.5   -8.3

Taux de change dollar E.U. (moyenne annuelle)

437.6 395.7 415.0   ...
           

Sources: Autorités comoriennes; et estimations et projections des services du FMI.


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