La déclaration de fin de mission résume les constats préliminaires effectués par les représentants du FMI à l’issue de certaines missions (visites officielles, dans la plupart des cas dans les pays membres). Ces missions s’inscrivent dans le cadre des consultations périodiques (en général annuelles)au titre de l’Article IV des Statuts du FMI, ou sont organisées lorsqu’un pays demande à utiliser les ressources du FMI (à lui emprunter des fonds), ou encore dans le contexte des discussions sur les programmes suivis par le services du FMI, ou d’autres exercices de suivi de la situation économique.

Tunisie—Conclusions préliminaires de la mission de consultation dans le cadre de l'article IV

Le 9 juin 2008

I. Introduction

1. La mission qui a visité Tunis du 27 mai au 9 juin 2008 tient à remercier vivement les autorités pour leur excellente collaboration et la haute qualité des discussions, leur accueil chaleureux habituel et leur disponibilité entière.

2. La bonne gestion de l'économie et les politiques sociales continuent de porter leurs fruits, notamment à travers une accélération de la croissance et une amélioration des indicateurs sociaux. Le taux de croissance annuel du PIB réel durant la dernière décennie a été en moyenne de 5 % et le PIB réel par habitant s'est accru de 45 % entre 1997 et 2007.

3. A court terme, le défi principal est de limiter l'impact de la flambée des cours mondiaux des produits alimentaires et pétroliers et des perturbations financières mondiales sur l'inflation et la croissance. Le ralentissement de la croissance de l'Union européenne (UE), dû en partie aux turbulences financières actuelles pourrait affecter la Tunisie.

4. A moyen terme, l'objectif de la Tunisie est de réduire davantage le taux de chômage, surtout durant une période où le pays traverse une profonde transition démographique. Le chômage a certes diminué durant ces dernières années, mais il reste relativement élevé — 14,1 % en 2007 — d'autant plus que le pays enregistre une augmentation considérable du nombre de diplômés universitaires.

5. Pour atteindre ces objectifs, il est nécessaire que la Tunisie continue à renforcer sa résilience aux chocs extérieurs en consolidant sa position macroéconomique et en poursuivant les réformes structurelles, y compris dans le secteur financier.

II. Évolution de la Situation économique et financière récente

6. Jusqu'à présent, la Tunisie a relativement bien résisté aux chocs extérieurs :

  • La croissance du PIB réel s'est accélérée, passant de 5,5 % en 2006 à 6,3 % en 2007 du fait de la bonne tenue de l'agriculture, de l'énergie, des industries manufacturières et du secteur des services. Du côté de la demande, cette performance reflète le dynamisme des exportations et de l'investissement. La croissance de l'activité économique s'est ralentie au premier trimestre 2008 mais elle reste relativement forte à 5,8 %, au dessus de la moyenne réalisée durant les dix dernières années. Le ralentissement découle essentiellement d'une part, de la baisse de la production des hydrocarbures à cause de difficultés techniques transitoires et d'autre part, de la conjoncture économique en Europe.
  • L'inflation, après avoir baissé à 3,1 % en 2007 contre 4,5 % en 2006, s'est à nouveau accélérée résultant largement des nouvelles flambées des cours mondiaux des produits alimentaires et pétroliers. En effet, l'inflation en glissement annuel a atteint 5,3 % en mai 2008. L'inflation s'explique aussi par des pressions sur la demande intérieure découlant particulièrement des investissement direct étrangers (IDE). Le taux de change effectif nominal s'est déprécié de 2,8 % en 2007, sur la base de l'indice calculé par le FMI, contribuant aussi à l'accélération de l'inflation.

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  • La Banque Centrale de Tunisie (BCT) a répondu aux pressions inflationnistes par une politique monétaire plus restrictive à partir du deuxième semestre de 2007. Elle a ainsi épongé la liquidité par le biais d'adjudications de dépôts et d'opérations d'open market. Elle a d'autre part relevé le taux de réserves obligatoires de 3,5 à 5 % à la fin de novembre 2007 et à 7,5 % à la fin d'avril 2008.
  • Le déficit du compte courant a augmenté du fait d'une détérioration des termes de l'échange, mais il est financé amplement par les IDE. Le déficit du compte courant est passé de 2 % du PIB en 2006 à 2,6 % du PIB en 2007. Cette détérioration s'est poursuivie au premier trimestre 2008 en raison de la flambée des cours pétroliers et des matières premières et de l'augmentation des importations de biens d'équipement, bien qu'une partie de cette détérioration s'explique par une baisse conjoncturelle due à des facteurs techniques de la production de gaz qui devrait être rattrapée au cours du second semestre. Avec la forte hausse des IDE, les réserves internationales ont atteint plus de 8½ milliards de dollars ÉU, soit l'équivalent de 4,5 mois d'importations, un montant supérieur aux engagements à court terme. La Tunisie a consolidé sa position extérieure grâce à des remboursements anticipés financés par les ressources de privatisation, réduisant ainsi sa dette extérieure totale, y compris la dette à court terme, de 58,3 % du PIB en 2006 à 54,9 % en 2007.

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  • Le déficit budgétaire a été maintenu dans les limites de la cible de 3 % du PIB fixée pour 2007, en dépit de l'augmentation importante des subventions pour les produits alimentaires. Les subventions ont atteint 2,5 % du PIB en 2007. Les recettes ont été supérieures aux prévisions notamment du fait des bénéfices importants des compagnies pétrolières suite à la montée des cours du brut et de la production nationale, et d'un niveau plus élevé des droits de douane — découlant d'une hausse des importations en relation avec le dynamisme de l'activité. Ces recettes additionnelles ont compensé l'augmentation des dépenses principalement imputables à la hausse des subventions liées aux produits alimentaires. La poursuite de la consolidation des finances publiques et l'utilisation d'une partie des recettes de privatisations ont contribué à réduire davantage le ratio dette publique/PIB, lequel se situait à 50,9 %. La bonne performance des recettes fiscales s'est poursuivie durant les quatre premiers mois de 2008 enregistrant une augmentation nominale de 19,3 % par rapport à la même période de 2007. Ceci devrait compenser les subventions additionnelles engendrées par la hausse continue des cours mondiaux des produits alimentaires et pétroliers.

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III. Situation mondiale, perspectives et politique économique

A. Perspectives

7. Les politiques macroéconomiques prudentes et les réformes structurelles engagées notamment dans le secteur bancaire ont contribué à renforcer davantage la capacité de l'économie tunisienne à résister aux chocs extérieurs. Ainsi, jusqu'à présent les turbulences financières mondiales n'ont eu qu'un effet limité sur l'économie tunisienne (Encadré 1).

8. La conjoncture internationale difficile devrait quelque peu ralentir l'activité économique, mais les perspectives restent encourageantes. La croissance est projetée à 5,5 % en 2008. Le déficit budgétaire pourrait être maintenu dans les limites de 3 % du PIB prévus par la loi de finances. Le déficit du solde des transactions courantes devrait se situer dans une fourchette de 3 à 3,5 % du PIB à cause du renchérissement des produits alimentaires. L'inflation pourrait se situer aux alentours de 5 %.

9. A court terme, les incertitudes sur ces perspectives sont essentiellement liées à la conjoncture internationale. D'une part, l'activité économique pourrait connaître un ralentissement plus prononcé si la croissance dans l'UE marquait davantage le pas. D'autre part, le renchérissement des produits énergétiques et alimentaires et la liquidité croissante issue des entrées plus importantes de capitaux — notamment d'IDE nécessite la poursuite de la vigilance au niveau de la politique monétaire.

10. Les perspectives à moyen terme restent favorables. L'économie tunisienne a enregistré une accélération notable des IDE dans la plupart des secteurs. Par ailleurs, les méga-projets dans le secteur de l'immobilier pourraient accroître considérablement les IDE. Deux parmi ces projets, originaires des pays du Golfe, ont déjà commencé et pourraient attirer 20 milliards de dollars E.U. en investissement au cours des quinze à vingt prochaines années. Vu l'envergure de ces projets, il est important de les incorporer dans le cadre macroéconomique à moyen terme pour pouvoir mieux gérer leur impact macroéconomique et

Encadré 1. Impact de la crise financière mondiale en Tunisie

Jusqu'à présent, les turbulences financières mondiales n'ont eu qu'un effet limité sur la Tunisie. La crise qui s'est déclenchée sur le marché des prêts hypothécaires subprime aux États-Unis ne touchera vraisemblablement la Tunisie que par le biais des échanges commerciaux, car la situation macroéconomique du pays est relativement solide et l'utilisation des produits dérivés sophistiqués par les institutions financières tunisiennes demeure limitée. L'augmentation de l'écart (« spreads ») de taux des titres souverains a été globalement conforme à celle observée dans les autres pays émergents, encore que cet écart reste nettement inférieur à la moyenne constatée dans les pays émergents de la région et d'ailleurs.

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La situation macroéconomique et financière de la Tunisie s'est considérablement renforcée durant la décennie écoulée, mais des vulnérabilités subsistent :

Vulnérabilités du secteur public. Grâce à la consolidation des finances publiques et au produit des privatisations, la dette publique est en constante diminution. Elle reste cependant relativement élevée par rapport à celle des autres pays émergents. Cela étant, la part exposée aux risques de taux de change et de refinancement s'est considérablement réduite durant ces dernières années grâce à une gestion efficiente de la dette. Les prêts garantis par le gouvernement sont estimés à environ 11 % du PIB à fin 2007.

Vulnérabilités du secteur extérieur. La dette extérieure a diminué mais elle reste relativement élevée, puisqu'elle se situait à environ 55 % du PIB à la fin 2007. Plusieurs facteurs sont de nature à contenir les risques : a) près de 80 % du stock de la dette extérieure est à long terme, dont 70 % envers des créanciers multilatéraux et bilatéraux, d'où des risques limités de refinancement; b) près de 75 % de la dette a été contractée à taux d'intérêt fixes, d'où un risque limité de taux d'intérêt; et c) le stock des réserves couvre de loin tous les engagements à court terme (échéance résiduelle) en 2007.

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Vulnérabilités du secteur financier. Les risques de secteur financier restent limités, dans l'environnement actuel de compte de capital relativement fermé. Mais le système bancaire devrait continuer à se renforcer pour faire face à l'accroissement éventuel des risques au fur et à mesure que la Tunisie s'intègre davantage à l'économie mondiale. Les créances classées ont certes été sensiblement réduites durant ces dernières années, grâce au renforcement des dispositifs de réglementation et de supervision et à la bonne croissance économique, mais elles demeurent encore élevées. Il s'ensuit une faible rentabilité, et le niveau de fonds propres, s'il dépasse le minimum réglementaire, est inférieur à la moyenne des autres pays émergents.

financier. En particulier, il importe de veiller à ce que leur agencement ne provoque pas de surchauffe dans certains secteurs — le secteur de la construction notamment — et que les risques potentiels pour le budget de l'État (sous forme de passifs éventuels ou « contingent liabilities ») et risque de crédit pour les banques soient étroitement contrôlés.

B. Politiques macroéconomiques

11. La mission soutient la détermination des autorités à poursuivre une politique macroéconomique permettant de réduire l'inflation et maintenir une forte croissance pour réduire davantage le chômage, tout en préservant les équilibres macroéconomiques. Dans ce cadre, la mission souligne la nécessité d'une coordination étroite entre les politiques budgétaire, monétaire et de change.

Politique budgétaire

12. La mission appuie la décision des autorités de maintenir le déficit budgétaire dans la limite de 3 % du PIB tel que prévu dans la loi de finances 2008. En dépit de l'augmentation importante des prix intérieurs des produits pétroliers (hausse de 96,3 % depuis 2003), la flambée des cours mondiaux des hydrocarbures et des biens alimentaires engendre une hausse significative des subventions. Toutefois, celles-ci seraient compensées par une augmentation à la fois des recettes fiscales et non fiscales liées à trois facteurs principaux: a) une hausse de la production pétrolière, qui, par ailleurs, pourrait se maintenir au niveau actuel jusqu'en 2011, b) l'activité économique soutenue et l'augmentation des importations, c) et une amélioration de l'efficacité de l'administration fiscale.

13. Les autorités ont également réitéré leur intention de poursuivre la consolidation des finances publiques afin de réduire encore plus la dette publique et renforcer davantage la résilience de l'économie aux chocs extérieurs. Les réserves pétrolières pourraient s'avérer insuffisantes pour maintenir le niveau des subventions directes et indirectes (estimées actuellement par les autorités à 7,1 % du PIB) sur une longue période surtout eu égard aux pressions démographiques croissantes. Dès lors, il apparaît important de maitriser le déficit hors pétrole (environ 4 % du PIB en 2007) notamment par l'élimination graduelle des subventions pétrolières comme prévu dans le XIème plan. Concernant les subventions des biens alimentaires, les autorités ont pris des mesures pour un meilleur contrôle des dépenses et pour accroître la production agricole. La mission encourage les autorités à poursuivre leur réflexion sur la restructuration stratégique à moyen terme de la Caisse Générale de Compensation. Dans ce cadre, il pourrait s'avérer avantageux de remplacer les subventions par un dispositif de protection mieux ciblé à moyen terme, qui préserve le pouvoir d'achat de la population à faible revenu et la viabilité du budget tout en renforçant la résilience du pays aux chocs. De plus, cela permettrait de dégager la marge de man_uvre budgétaire nécessaire pour financer d'autres dépenses sociales et d'infrastructures, accroître l'efficience des dépenses et renforcer l'équité. Pour réussir, la réforme doit continuer de s'appuyer sur une bonne stratégie de communication.

14. Les autorités sont déterminées à poursuivre les réformes renforçant l'efficacité de l'administration fiscale et douanière. A cet égard la mission note avec satisfaction la promulgation du nouveau code de la douane, la création d'une unité des grandes entreprises et la modernisation du système d'information de l'administration fiscale avec le développement de la télédéclaration.

Politique monétaire et du taux de change

15. La politique monétaire restrictive de la banque centrale est appropriée au vu de la surliquidité persistante et des pressions inflationnistes croissantes. La BCT a jusqu'à présent utilisé les reprises de liquidité et le relèvement du taux de réserves obligatoires pour contrer les pressions inflationnistes. Cependant, si ces dernières devaient perdurer, il serait nécessaire de relever également le taux d'intérêt directeur, instrument qui a prouvé son efficacité dans un passé récent. Étant donné les délais d'ajustement de l'économie aux changements de politique monétaire, il est important de renforcer l'effort déjà déployé par la BCT pour perfectionner ses outils de prévision afin de pouvoir mieux anticiper les pressions inflationnistes et agir à temps. Les restrictions subsistantes sur les taux d'intérêt et l'indexation presque systématique au TMM pratiquée par les banques freinent le développement du marché monétaire, restreignent la flexibilité de la politique monétaire, et transfèrent le risque du taux d'intérêt aux consommateurs et aux investisseurs qui sont moins habilités à le gérer. Dans ce contexte, l'élimination du plafonnement du taux d'intérêt sur les comptes spéciaux d'épargne est une étape dans la bonne direction ainsi que l'obligation pour les banques de fixer les taux sur les crédits immobiliers à 15 ans et plus. Enfin, la mission appuie l'effort de réflexion entamé récemment par la BCT pour examiner les différentes options de gestion de surliquidité structurelle du système financier tunisien, y compris la possibilité d'émettre des certificats de dette par la BCT.

16. La politique du taux de change reste ancrée sur l'objectif de moyen terme d'un taux de change flottant, comme le démontre la diminution tendancielle des interventions de la BCT sur le marché de change. Cependant, une flexibilité accrue du taux de change dans les deux sens est nécessaire pour mieux maîtriser l'inflation. Dans ce contexte, il importe de continuer à améliorer la coordination des politiques monétaire et de change.

C. Questions liées au secteur financier

17. La politique dynamique des autorités a permis de renforcer davantage la solidité du système financier. La situation des banques s'est améliorée de façon notable durant l'année 2007, caractérisée notamment par : a) une hausse de l'activité bancaire et de la profitabilité, b) une baisse des créances classées de 19,3 % en 2006 à 17,3 % en 2007 qui s'explique essentiellement par un traitement dynamique de ces créances, c) une augmentation du taux de provisionnement à environ 53,8 %. Les deux objectifs des autorités pour 2009, à savoir réduire le taux de créances classées à 15 % et porter leur taux de provisionnement à 70 % paraissent ainsi réalisables. Atteindre rapidement ces objectifs, et même aller au delà, renforcerait davantage la capacité du système bancaire à absorber les chocs potentiels pouvant affecter l'économie, compte tenu notamment de l'ouverture progressive du compte de capital.

Indicateurs d'activité et prudentiels des banques
(en pourcentage)
 
  2003 2004 2005 2006 20071
 
Ratio de fonds propres 9,3 11,6 12,4 11,3 11,0
Banques privées 8,4 12,4 13,5 12,1 11,5
Banques publiques 10,8 10,1 10,0 9,3 10,0
Créances classées (en pourcentage des actifs bruts) 24,0 23,7 20,9 19,3 17,3
Banques privées 21,6 20,4 20,0 19,0 17,3
Banques publiques 26,7 27,4 22,1 19,7 17,3
Taux de provisionnement ( %) 43,1 45,8 47,4 49,2 53,8
Banques privées 39,9 43,5 45,9 48,4 51,0
Banques publiques 46,2 47,6 49,1 50,2 56,9
Rendement des actifs 0,6 0,4 0,5 0,7 0,9
Rendement des fonds propres 7,6 5,1 6,5 7,7 9,0
 
Source : Autorités tunisiennes.
1préliminaire.

18. La réforme du secteur bancaire se poursuit avec la privatisation récente de la Banque Tuniso-Koweitienne (BTK) à des conditions favorables, l'amélioration de la qualité des services, et l'accélération des travaux préparatoire pour le passage à Bâle II avec la création d'une commission nationale chargée de faciliter la transition. De surcroît, un certain nombre de mesures ont été prises pour donner aux banques plus de flexibilité et élargir leur champs d'action. En particulier, il est prévu de déléguer aux banques la cotation et la réalisation de transactions sur les instruments de couverture des risques de change et de taux d'intérêt, ainsi que l'extension de la durée de ces couvertures. Les établissements de crédits cotés en bourse ne sont plus limités par un plafond sur leurs emprunts extérieurs. La mission encourage les autorités à finaliser les procédures d'application nécessaires pour permettre aux banques de placer les avoirs en devises des résidents sur le marché financier international et dynamiser ainsi le marché interbancaire des devises. Toutefois, le secteur bancaire tunisien — avec une vingtaine de banques pour un marché relativement étroit —reste fragmenté et la petite taille des banques entrave l'exploitation des économies d'échelles importantes qui caractérisent ce secteur. Par conséquent, sa consolidation devrait être encouragée pour pouvoir faire face aux pressions compétitives accrues qui pourraient résulter de l'ouverture du compte de capital.

19. La crise financière actuelle dans les pays développés fournit des enseignements sur la consolidation du système financier. Il importe entre autres d'adapter en permanence les dispositifs de réglementation et de supervision à l'évolution du secteur financier, de recueillir des données en temps réel à l'appui d'une bonne supervision, et de veiller à adopter des stratégies préventives pour faire face à toute défaillance systémique du système financier. La mission encourage les autorités à avancer dans la mise en _uvre du dispositif de Bâle II.

D. Autres questions

20. Les autorités continuent à intégrer davantage l'économie tunisienne à l'économie régionale et mondiale. La Tunisie poursuit sa libéralisation des échanges commerciaux, notamment dans le cadre de l'accord d'association avec l'UE, lequel a abouti au libre-échange des produits industriels en 2008. Les négociations portant sur les biens agricoles et les services se poursuivent. L'accord d'Agadir, entré en vigueur en mars 2007 et stipulant l'exonération totale des échanges entre les pays membres (la Tunisie, le Maroc, l'Égypte et la Jordanie) et le cumul des règles d'origines avec l'UE, a favorisé la croissance du commerce intra-régional, quoi que son niveau demeure relativement faible. La Tunisie s'emploie en outre activement à promouvoir l'intégration régionale, ayant organisé la troisième conférence annuelle consacrée à cette question, portant sur le rôle du secteur privé. Elle continue à réduire les tarifs à l'importation sous le régime de la Nation la Plus Favorisée (NPF), dont le taux tarifaire moyen a diminué de 28,8 % en 2007 à 25,3 % en 2008. Cependant, il est nécessaire de simplifier et de poursuivre la réduction des tarifs douaniers multilatéraux afin de prévenir le détournement des échanges commerciaux.

21. La libéralisation des opérations courantes et du compte de capital se poursuit. Les plafonds d'allocations de devises pour les opérations courantes ont été relevés et les recettes d'exportations de services réalisées par des personnes physiques résidentes peuvent désormais être placées dans des comptes en devises ou en dinars convertibles dont les disponibilités peuvent être librement utilisées à l'étranger. En ce qui concerne la libéralisation du compte de capital, la mission soutient l'approche graduelle des autorités. Parmi les mesures récentes, la mission note l'allègement des contraintes sur les flux d'investissement de la Tunisie vers l'étranger et des participations de résidents au capital de sociétés non résidentes établies en Tunisie. De plus, l'autorisation de change pour la souscription par les investisseurs non résidents en devises à des augmentations de capital de sociétés établies en Tunisie dans le cadre d'une loi les régissant, au-delà de leurs droits préférentiels de souscription, a été supprimée. Il en est de même pour l'acquisition par les non résidents, au moyen d'une importation de devises, de terrains et de locaux bâtis dans les zones industrielles et de terrains dans les zones touristiques pour la réalisation de projets économiques.

22. La Tunisie a récemment accompli d'importants progrès dans l'amélioration du climat des affaires. La nouvelle loi relative à l'initiative économique, promulguée en décembre 2007, vise à favoriser la création d'entreprises en simplifiant les procédures administratives, facilitant le financement et réduisant la pression fiscale. De plus, l'ensemble des procédures de dédouanement s'allègent, avec un délai total de séjour des marchandises réduit de 9 jours en 2006 à environ 6 jours. L'objectif est d'atteindre 3 jours en 2009. Les avancées récentes en matière d'administration fiscale qui améliorent la qualité des services aux contribuables sont aussi importantes pour le climat des affaires. Par ailleurs, la mission encourage les autorités tunisiennes à poursuivre leurs efforts de libéralisation graduelle dans le secteur des services qui a un rôle prépondérant à jouer dans l'amélioration du climat des affaires et la promotion des investissements du secteur privé.

23. La mise en application du Rapport d'observation des normes et des codes (RONC) sur le dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme se poursuit. La Tunisie poursuit ses efforts pour renforcer son dispositif de lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme conformément au standard du Groupe d'action financière sur le blanchiment des capitaux (GAFI). Dans ce cadre, les structures de la Commission tunisienne d'analyses financières (CRF) mettent en place les réformes nécessaires afin de combler les lacunes du dispositif actuel, notamment en vue de la conduite de l'exercice de suivi du rapport d'évaluation, qui aura lieu lors de la plénière du GAFI au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (MENAGAFI) en avril 2009. La mission note que dans le domaine des besoins en assistance technique en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, les autorités accordent un intérêt particulier à la formation des formateurs dans le domaine bancaire et financier.

24. La mission se félicite de la décision des autorités de publier, comme a l'accoutumée, cet aide mémoire et de la participation de la Banque Centrale dans l'Exercice de Compilation Coordonné pour les Indicateurs de Stabilité Financière («Coordinated Compilation Exercise for FSIs»).

25. Il a été convenu que la prochaine mission au titre de l'article IV aura lieu en mai 2009.

Tableau 1. Principaux indicateurs économiques et financiers, 2005–13
 
Est. Projections
 
2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013
Production et revenus (variation en pourcentage)
PIB nominal 7.0 9.4 8.9 9.8 8.2 9.4 9.5 8.9 8.4
PIB réel 4.0 5.5 6.3 5.5 5.8 6.1 6.2 6.3 6.4
Déflateur du PIB 2.9 3.7 2.4 4.1 2.3 3.1 3.1 2.4 1.9
Indice des prix à la consommation (IPC), moyenne 2.0 4.5 3.1 5.1 4.5 3.5 3.2 2.9 2.7
Épargne nationale brute (en pourcentage du PIB) 20.8 22.1 22.4 21.6 21.8 22.0 22.4 22.7 23.0
Investissement brut (en pourcentage du PIB) 22.0 24.1 25.1 25.1 25.1 25.2 25.3 25.4 25.6
Secteur extérieur (variation en pourcentage)
Exportations de biens, f.à.b. (en $EU) 8.3 9.7 30.4 29.9 13.7 11.7 13.4 14.3 15.3
Importations de biens, f.à.b. (en $EU) 2.9 12.7 28.0 29.1 12.8 10.7 12.3 13.2 14.0
Exportations de biens, f.à.b. (volume) 1.5 6.3 19.9 16.4 12.8 11.0 12.1 13.4 14.5
Importations de biens, f.à.b. (volume) -6.0 5.1 10.9 10.2 8.4 9.3 9.9 10.3 11.1
Balance commerciale (en pourcentage du PIB) -6.8 -8.2 -8.4 -9.4 -9.2 -9.0 -8.8 -8.6 -8.3
Solde courant, dons exclus (en pourcentage du PIB) -1.1 -2.0 -2.6 -3.5 -3.3 -3.1 -2.9 -2.7 -2.5
Investissement direct étranger (en pourcentage du PIB) 2.6 10.4 4.2 4.6 4.8 5.0 5.1 5.2 5.2
Termes de l'échange (détérioration -) -2.5 -3.7 -5.4 ... ... ... ... ... ...
Taux de change effectif réel (dépréciation -) -4.6 -0.8 -2.9 ... ... ... ... ... ...
Administration centrale (pourcentage du PIB, sauf
indications contraires) 1
Recettes totales, dons et recettes des privatisations exclus 23.6 23.8 24.2 24.6 24.5 24.5 24.5 24.3 24.3
Dépenses totales et prêts nets 26.9 26.6 27.2 27.6 27.5 27.3 27.2 27.0 26.8
Solde de l'administration centrale, dons et
recettes des privatisations exclus -3.2 -2.9 -3.0 -3.0 -2.9 -2.8 -2.7 -2.6 -2.5
Solde de l'administration centrale, dons inclus,
recettes des privatisations exclues -3.0 -2.7 -2.9 -2.7 -2.7 -2.6 -2.5 -2.5 -2.4
Dette publique totale (extérieure et intérieure) 58.3 53.9 50.9 47.0 46.0 44.3 42.5 41.7 40.8
Dette publique en devises (pourcentage de la dette totale) 63.9 59.8 58.3 57.0 57.5 57.3 54.8 51.6 47.9
Monnaie et crédit (variation en pourcentage)
Crédit à l'économie 6.3 6.6 9.6 8.5 ... ... ... ... ...
Monnaie au sens large (M3) 2 11.0 11.4 12.5 10.5 ... ... ... ... ...
Vélocité de circulation (PIB/M3, Banques créatrices de monnaie) 1.8 1.8 1.8 1.8 ... ... ... ... ...
Vélocité de circulation (PIB/M3) 1.6 1.6 1.5 1.5 ... ... ... ... ...
Taux d'intérêt (taux du marché monétaire, en pourcentage, f.d.p.) 3 5.0 5.3 5.1 5.2 ... ... ... ... ...
Réserves officielles
Réserves officielles brutes (milliards de $EU, f.d.p.) 4.4 6.8 7.9 8.9 10.2 11.8 13.4 15.4 17.5
En mois d'importations de biens et services, c.a.f. 3.7 5.0 4.6 4.1 4.2 4.4 4.4 4.5 4.5
Dette extérieure totale
Dette extérieure (milliards de $EU) 18.1 18.5 20.2 20.8 21.8 23.0 23.9 25.0 25.9
Dette extérieure (en pourcentage du PIB) 65.4 58.3 54.9 51.8 51.2 49.9 47.5 45.6 43.6
Ratio du service de la dette (pourcentage des exportations de BSNF) 14.8 18.8 13.0 9.9 9.3 9.2 9.7 8.8 8.3
Indicateurs du marché financier
Indice boursier 4 1,615 2,331 2,614 2,967 ... ... ... ... ...
Pour mémoire :
PIB aux prix courants (millions de DT) 37,664 41,211 44,861 49,277 53,303 58,321 63,886 69,541 75,398
PIB aux prix courants (milliards de $EU) 27.6 31.8 36.7 40.2 42.5 46.2 50.4 54.8 59.5
PIB par habitant ($ EU) 2,754 3,137 3,594 3,878 4,055 4,342 4,677 5,023 5,385
Taux de chômage (pourcentage) 14.2 14.3 14.1 14.0 13.8 13.6 13.4 13.3 13.2
Population (millions) 10.0 10.1 10.2 10.4 10.5 10.6 10.8 10.9 11.0
Taux de change : dinar/$EU (moyenne) 1.30 1.33 1.28 ... ... ... ... ... ...
 
Sources : autorités tunisiennes; estimations et projections des services du FMI.
1Hors sécurité sociale.
2Système financier (Banque centrale, banques universelles, organismes de leasing, CCP et CEP).
3Taux d'intérêt pour 2008 est du 4 juin.
4TUNINDEX (1000 = 4/1/1998). L'indice pour 2008 est du 5 juin.


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