Le coût économique de la sous-estimation du « travail de femme »
IMF Blog, October 15, 2019
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- Le coût économique de la sous-estimation du « travail de femme »
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- Authors: Kristalina Georgieva, Cristian Alonso, Era Dabla-Norris, Kalpana Kochhar
- Published: October 15, 2019
Principaux constats
- Pas moins de la moitié du travail dans le monde n'est pas rémunéré.
- Le travail non rémunéré représenterait entre 10 et 60 % du PIB selon les estimations.
- En moyenne, les femmes consacrent 4,4 heures par jour au travail non rémunéré, contre 1,7 pour les hommes.
- Plus de 80 % des heures de travail non rémunérées sont consacrées à des tâches domestiques et non pas à la prise en charge d’enfants ou de personnes âgées.
- Le travail non rémunéré recule à mesure que le développement économique progresse, notamment parce que le temps consacré aux tâches domestiques diminue.
Disparités nationales et exemples chiffrés
- Norvège : 3, 7 heures de travail non rémunéré pour les femmes et 3 heures pour les hommes.
- Égypte : 5,4 heures par jour pour les femmes et 35 minutes pour les hommes.
- États-Unis : 3,8 pour les femmes et 2,4 pour les hommes.
- Selon l'UNICEF, à l’échelle mondiale, les femmes consacrent 200 millions d'heures par jour à la seule corvée d'eau.
- Selon l'UNESCO, 130 millions de filles en âge d'aller à l'école ne sont pas scolarisées.
- En Inde, les femmes passent plus d'une heure par jour à ramasser du bois de chauffage.
Effets économiques et mécanismes
- La répartition déséquilibrée du travail non rémunéré prive les femmes de débouchés économiques et représente un coût pour la société sous la forme d'une productivité plus faible et d'une croissance économique sacrifiée.
- En ne faisant pas pleinement participer les femmes, l'économie alloue mal les ressources, restreint les femmes à des tâches domestiques à faible productivité et ne profite pas de la complémentarité entre femmes et hommes sur le lieu de travail.
- Des institutions ou valeurs sociales peuvent limiter la redistribution du travail non rémunéré en empêchant les hommes de partager les charges domestiques.
- Les femmes peuvent choisir de rester à la maison ou de ne travailler qu'à temps partiel si le salaire offert sur le marché est trop bas et s’il est inférieur à celui touché par un homme pour un travail égal.
Facteurs facilitant la libération du temps non rémunéré
- Amélioration de l'accès à l’eau, aux services d’assainissement, à l'électricité et aux transports.
- Accès plus large à Internet, facilitant l'accès à l'économie du travail à la tâche et aux modalités de travail flexibles.
- Accès garanti à l'éducation et aux soins de santé, y compris la nécessité d'assurer l'accès effectif aux services.
- Réformes institutionnelles et juridiques inscrivant les droits des femmes pour refaçonner des normes sociales qui limitent l'accès à l'éducation et aux soins de santé.
Exemples d'impact de politiques et d'infrastructures
- Au Mexique et au Brésil, un meilleur accès à l'électricité et à l'eau ainsi que des appareils ménagers moins coûteux ont contribué à accroître la participation des femmes au marché du travail.
- Des politiques actives du marché du travail, comme celles menées en Suisse, peuvent faciliter la mise en correspondance des offres et des demandes d’emploi.
- Lorsque des modalités de travail flexibles sont mises en place, le travail non rémunéré des femmes est moins répandu et un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée est assuré.
Politiques familiales recommandées
- Investissements massifs dans l'éducation et la prise en charge de la petite enfance, comme pratiqués dans de nombreux pays nordiques, favorisent un taux de scolarisation élevé et facilitent la reprise du travail pour les femmes après leur accouchement.
- Rendre les politiques de congé maternité et parental plus paritaires pour accroître la participation des femmes au marché du travail et inciter les pères à participer très tôt à la prise en charge de l’enfant.
- Exemple de politique : la politique islandaise en matière de congé parental — chaque parent a droit à trois congés, dont la durée est fixée à neuf mois.
Recommandations synthétiques pour l'action publique et privée
- Les pouvoirs publics doivent agir de manière résolue pour réduire et redistribuer le travail non rémunéré par :
- l'amélioration des infrastructures de base (eau, électricité, assainissement, transports),
- l'élargissement de l'accès à Internet,
- la garantie de l'accès à l'éducation et aux soins de santé,
- l'inscription des droits des femmes dans la loi pour modifier institutions et valeurs sociales,
- la promotion de marchés du travail efficients et de modalités de travail flexibles,
- des politiques familiales favorisant la garde d'enfants et des congés parentaux paritaires.
- Le secteur privé doit s’associer aux pouvoirs publics pour tirer parti des gains potentiels en matière de productivité et de croissance.
Texte de Kristalina Georgieva, Cristian Alonso, Era Dabla‑Norris et Kalpana Kochhar.