La croissance de l’économie mondiale ralentit face à un horizon sombre et plus incertain
IMF Blog, July 26, 2022
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- Authors: Pierre-Olivier Gourinchas
- Published: July 26, 2022
Perspectives globales et principales conclusions
- La production mondiale s’est contractée au deuxième trimestre de cette année.
- Scénario de référence : la croissance mondiale ralentit, passant de 6,1 % l’année dernière à 3,2 % cette année et 2,9 % l’année prochaine, soit une dégradation de 0,4 et 0,7 point de pourcentage par rapport aux chiffres d’avril.
- L’inflation mondiale a été révisée à la hausse et devrait rester élevée plus longtemps.
- Inflation attendue cette année : 6,6 % dans les pays avancés et 9,5 % dans les pays émergents et les pays en développement.
- Révisions à la hausse : 0,9 point de pourcentage pour les pays avancés et 0,8 point de pourcentage pour les pays émergents et pays en développement.
- De nombreux risques baissiers annoncés en avril se matérialisent, rendant les perspectives plus sombres et incertaines.
Détail par grandes économies
- États-Unis :
- Croissance ramenée à 2,3 % cette année et 1 % l’année prochaine.
- Facteurs : baisse du pouvoir d’achat des ménages et resserrement de la politique monétaire.
- Chine :
- Croissance ramenée à 3,3 % cette année.
- Remarque : taux le plus faible en plus de quarante ans si l’on exclut la pandémie.
- Facteurs : reconfinements liés à la COVID-19 et aggravation de la crise de l’immobilier.
- Zone euro :
- Croissance révisée à 2,6 % cette année et 1,2 % en 2023.
- Facteurs : retombées de la guerre en Ukraine et durcissement de la politique monétaire.
Scénarios et risques saillants
- Principaux risques baissiers listés :
- la guerre en Ukraine pourrait interrompre brutalement les importations européennes de gaz russe ;
- l’inflation pourrait demeurer obstinément élevée si la pénurie de main-d’œuvre reste trop forte, si les anticipations d’inflation perdent leur ancrage ou si la désinflation se révèle plus coûteuse que prévu ;
- un durcissement des conditions financières mondiales pourrait provoquer une vague de surendettement dans les pays émergents et les pays en développement ;
- de nouvelles flambées de COVID-19 et des reconfinements risquent de freiner davantage la croissance en Chine ;
- la hausse des prix des denrées alimentaires et de l’énergie pourrait provoquer une généralisation de l’insécurité alimentaire et des troubles sociaux ;
- la fragmentation géopolitique risque d’entraver la coopération et les échanges à l’échelle mondiale.
- Scénario alternatif (par exemple interruption totale des livraisons de gaz russe en Europe) :
- Inflation augmenterait et la croissance mondiale ralentirait davantage pour atteindre environ 2,6 % cette année et 2 % l’année prochaine.
- Depuis 1970, ce rythme a été plus lent à seulement cinq reprises.
- Dans ce scénario, les États-Unis et la zone euro connaissent une croissance proche de zéro l’année prochaine.
Priorités de l’action publique et recommandations politiques
- Politique monétaire :
- Ramener l’inflation aux objectifs des banques centrales doit être la priorité absolue.
- Les banques centrales qui ont commencé à resserrer leur politique doivent maintenir le cap jusqu’à ce que l’inflation soit maîtrisée.
- Politique budgétaire :
- Un soutien budgétaire ciblé peut amortir l’effet du resserrement sur les plus vulnérables.
- Tout soutien budgétaire doit être contrebalancé par une hausse des impôts ou une baisse des dépenses publiques afin de ne pas entraver la politique monétaire.
- Stabilité financière et gestion des flux :
- Les pays doivent utiliser les outils macroprudentiels à bon escient.
- Lorsque la flexibilité des taux de change ne suffit pas, les décideurs doivent être prêts à intervenir sur le marché des changes ou à prendre des mesures de gestion des flux de capitaux dans un scénario de crise.
- Surendettement et cadre multilatéral :
- 60 % des pays à faible revenu présentent un risque élevé de surendettement ou sont déjà en situation de surendettement, contre 20 % environ il y a dix ans.
- Les dispositifs de résolution des dettes restent lents et imprévisibles ; il est urgent d’améliorer la mise en œuvre du cadre commun du Groupe des Vingt.
- Politiques alimentaires et énergétiques :
- Les mesures nationales doivent cibler les catégories les plus éprouvées sans fausser les prix.
- Les États ne devraient pas accumuler des réserves alimentaires et énergétiques ; ils doivent lever les obstacles au commerce, tels que les interdictions d’exportation de denrées alimentaires.
- Santé publique :
- Accélérer les campagnes de vaccination, desserrer les goulets d’étranglement au niveau de la distribution des vaccins et garantir un accès équitable aux traitements.
- Climat et transition énergétique :
- Il faut accélérer de toute urgence l’adoption de mesures climatiques crédibles et de grande ampleur pour accroître l’offre d’énergie verte.
- Les mesures temporaires en faveur des combustibles fossiles doivent rester temporaires et limitées aux déficits énergétiques.
- Une politique d’indépendance en matière d’énergie propre et verte est compatible avec les objectifs de sécurité nationale.
Conclusion et appel à la coopération multilatérale
- Les perspectives se sont nettement assombries depuis avril ; une récession mondiale pourrait survenir bientôt, deux ans seulement après la dernière.
- Une coopération renforcée au niveau multilatéral demeure le meilleur moyen d’améliorer les perspectives économiques et d’atténuer le risque de fragmentation géoéconomique.
- Les domaines prioritaires de coopération : transition climatique, préparation aux pandémies, sécurité alimentaire et surendettement.
À propos de l’auteur
- Pierre-Olivier Gourinchas, conseiller économique et directeur des études du FMI.
- Informations biographiques et parcours académique inclus : professeur en congé à l’Université de Californie à Berkeley, expériences éditoriales (IMF Economic Review, Journal of International Economics, American Economic Review), distinctions (Prix Bernàcer 2007, Prix du meilleur jeune économiste de France 2008), formation (École polytechnique, doctorat 1996 au Massachusetts Institute of Technology) et parcours d’enseignement (Stanford, Princeton, Berkeley).
Article de Pierre-Olivier Gourinchas, le 26 juillet 2022.