Les pays émergents ont besoin de beaucoup plus de financements privés en faveur de la transition climatique
IMF Blog, October 2, 2023
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- Authors: Prasad Ananthakrishnan, Torsten Ehlers, Charlotte Gardes-Landolfini, Fabio Natalucci
- Published: October 2, 2023
Besoin d'investissements et rôle du secteur privé
- Pour réussir la transition vers la neutralité carbone d’ici 2050, il faut des investissements substantiels en faveur de l’atténuation du changement climatique dans les pays émergents et les pays en développement, lesquels émettent actuellement environ deux tiers des gaz à effet de serre.
- D’après l’Agence internationale de l’énergie, ces pays auront besoin de quelque 2 000 milliards de dollars chaque année d’ici 2030.
- Plus de la moitié de ces fonds devront être alloués au secteur de l’énergie.
- Il faudra multiplier par cinq les 400 milliards d’investissements climatiques prévus au cours des sept prochaines années pour atteindre cet objectif.
- Nos projections indiquent que la croissance des investissements publics sera limitée; le secteur privé devra donc fournir environ 80 % des investissements requis, voire 90 % si l’on exclut la Chine du calcul.
Contraintes et obstacles à l’afflux de capitaux privés
- De nombreux pays ne disposent pas de marchés financiers suffisamment développés pour mobiliser d’importants volumes de capitaux privés.
- Attirer des investisseurs internationaux est difficile car la plupart des grands pays émergents et presque tous les pays en développement ont une note de crédit inférieure à la note minimale des emprunteurs de qualité souvent exigée par les investisseurs institutionnels.
- Rares sont les investisseurs ayant une expérience d’opérations dans ces pays et en mesure de prendre un risque élevé.
- La sortie progressive du charbon est un défi majeur : le charbon représente environ 20 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre et la plupart des centrales des pays émergents et des pays en développement sont encore relativement récentes, ce qui nécessite d’importants investissements privés et aides publiques pour les retirer ou les reconvertir.
- Les engagements et politiques climatiques de la plupart des grandes banques ne sont pas encore alignés sur les objectifs de neutralité carbone, même lorsque ces institutions adoptent des stratégies visant à réduire leurs émissions.
Limites des flux d’investissement durable existants
- De plus en plus de fonds privilégient le développement durable, mais cela n’a pas d’impact notable sur le montant alloué aux besoins climatiques importants.
- Seule une petite partie de ces fonds vise explicitement à créer un impact climatique positif.
- Les fonds axés sur des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) n’accordent pas forcément une large place aux questions climatiques et leurs notations ne sont pas nécessairement conçues pour rendre compte de l’impact climatique.
- Les portefeuilles d’investissement axés sur l’impact climatique seraient sans doute bien différents des portefeuilles à dominante ESG populaires.
- Les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure et les pays à faible revenu ne sont généralement pas récompensés pour leurs bonnes politiques environnementales et climatiques ; les évaluations des agences de notation reflètent peu leur degré de préparation à la transition bas carbone ou leur exposition aux risques d’actifs échoués liés aux hydrocarbures.
- Il n’y a toujours pas de définition claire, dans le secteur financier, de qui constitue, pour un pays, une bonne performance en matière environnementale.
Mesures nécessaires pour mobiliser les financements privés
- Mesures de politique publique :
- La tarification du carbone peut envoyer un puissant signal-prix aux investisseurs, mais son déploiement à grande échelle se heurte à des obstacles politiques.
- Les taxonomies de transition devraient se concentrer sur des activités susceptibles de réduire significativement les émissions au fil du temps dans des secteurs intensifs en carbone (acier, ciment, produits chimiques, transport de marchandises lourdes).
- Les objectifs de réduction des émissions et les critères des taxonomies de transition peuvent être rattachés aux contributions déterminées au niveau national, aux stratégies à long terme et aux objectifs de décarbonation sectoriels.
- Renforcement du secteur financier et environnement macroéconomique :
- Mesures structurelles pour améliorer les paramètres macroéconomiques fondamentaux, développer les marchés des capitaux et renforcer la gouvernance.
- Ces mesures peuvent améliorer la note de crédit des pays, abaisser les coûts d’investissement et accroître les ressources financières intérieures disponibles.
- Les investisseurs ont besoin de meilleures données sur les enjeux climatiques pour prendre des décisions d’investissement éclairées.
- Instruments financiers et partage des risques :
- Utiliser des solutions de financement innovantes comme le financement mixte et des instruments de titrisation pour engager un abandon progressif et planifié du charbon dans la production d’électricité.
- Mieux répartir les risques entre secteurs public et privé pour encourager les investissements privés en faveur du climat dans les pays émergents et les pays en développement.
- Les banques multilatérales de développement et les donateurs peuvent promouvoir le financement mixte, notamment en recourant davantage aux garanties.
- Gouvernance des labels et transparence :
- Les instances de réglementation et de contrôle devraient définir des règles claires pour les labels de développement durable et mieux faire respecter les conditions applicables afin d’améliorer la transparence et l’intégrité des marchés et d’assurer un meilleur alignement avec les objectifs climatiques.
- Soutien du FMI :
- La facilité du FMI pour la résilience et la durabilité peut promouvoir le financement des investissements climatiques en réunissant pouvoirs publics, banques multilatérales de développement et secteur privé.
- Son enveloppe de 40 milliards de dollars est modeste par rapport aux besoins mondiaux d’investissements climatiques, mais les réformes qu’elle soutient peuvent contribuer à attirer plus de financements privés.
Temporalité et priorités politiques
- De nombreuses mesures recommandées nécessiteront du temps pour être mises en œuvre et produire leurs effets.
- Dans l’intervalle, le partage des risques public-privé et l’utilisation accrue d’instruments de soutien public sont essentiels pour déclencher des flux privés.
- Les politiques publiques devraient être recentrées pour privilégier la création d’un impact climatique positif plutôt que le simple soutien à des activités déjà « vertes », en tenant compte des besoins spécifiques des pays émergents et des pays en développement.
Cet article est basé sur le chapitre 3 de l’édition d’octobre 2023 du Rapport sur la stabilité financière dans le monde. Ce chapitre a été rédigé par Torsten Ehlers (coauteur principal), Charlotte Gardes-Landolfini (coautrice principale), Ekaterina Gratcheva, Shivani Singh, Hamid Tabarraei et Yanzhe Xiao, avec l’appui de Prasad Ananthakrishnan et de Fabio Natalucci. Markus Brunnermeier leur a apporté son concours en qualité de conseiller expert.