Bien tirer profit des flux de capitaux au Moyen-Orient
IMF Blog, January 15, 2020
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- Bien tirer profit des flux de capitaux au Moyen-Orient
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- Authors: Jihad Azour, Ling Zhu
- Published: January 15, 2020
Contexte et constat général
- Depuis la crise financière mondiale de 2008, les pays émergents ont connu une forte augmentation des flux de capitaux liée à l'assouplissement monétaire des grandes banques centrales.
- Les entrées brutes de capitaux dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MOAN) sont restées à un niveau élevé par rapport aux autres pays émergents, avec une composition ayant notablement évolué : les flux d'investissements de portefeuille ont grimpé (participations et obligations) tandis que les investissements directs étrangers ont diminué.
- Les flux de capitaux peuvent financer les pays de la région et contribuer à la création d'emplois pour des populations à forte croissance. Cependant, la région doit mieux tirer parti des entrées d’investissements de portefeuille tout en attirant davantage d’investissements directs étrangers plus stables et favorables à la croissance.
Ampleur et composition des flux (constat chiffré)
- Les entrées d’investissements de portefeuille et les apports bancaires ont atteint plus de 155 milliards de dollars sur la période 2016–2018.
- Ce volume représente près de 20 % de l'ensemble des flux d’investissements de portefeuille dans les pays émergents au cours de la même période.
- Ce volume est environ le triple des flux vers la région MOAN sur les huit années précédentes.
- Environ deux tiers de l'augmentation des flux d'investissement de portefeuille dans la région peuvent être attribués à un état d’esprit plus favorable au risque à l'échelle mondiale (indicateur VIX sensiblement inférieur à sa moyenne historique).
Facteurs explicatifs supplémentaires
- Déficits budgétaires et extérieurs élevés dans certains pays (Égypte, Jordanie, Liban, Tunisie) liés à une hausse des dépenses.
- Baisse des recettes pour des pays exportateurs de pétrole (Bahreïn, Oman) après la chute des prix du pétrole de 2014.
- Inclusion récente des pays du Conseil de coopération du Golfe (Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Koweït, Oman et Qatar) dans des indices d’obligations et d’actions mondiaux, contribuant à l'augmentation des entrées d’investissements de portefeuille.
Vulnérabilité accrue et sensibilité au risque mondial
- La région a bénéficié d'un environnement globalement favorable, mais l'augmentation des risques mondiaux accroît la vulnérabilité, particulièrement pour les pays présentant des déficits budgétaires, des dettes élevées ou des amortisseurs insuffisants.
- Les entrées d’investissements de portefeuille dans la région MOAN sont presque deux fois plus sensibles aux variations de l’état d’esprit mondial face au risque que dans d'autres pays émergents, ce qui pourrait provoquer une fuite des capitaux en période de risque élevé.
- Causes probables de cette sensibilité : perception d'un risque global plus élevé due aux incertitudes géopolitiques, à la dépendance aux prix volatils du pétrole et à l'exposition aux tensions du commerce mondial.
- Scénarios chiffrés tirés de l'étude :
- Si le VIX doublait par rapport à son niveau de 2018, les entrées d’investissements de portefeuille dans la région MOAN seraient diminuées de moitié.
- Si le VIX était multiplié par quatre par rapport à 2018 (atteignant son pic de la crise financière mondiale), les entrées d’investissements de portefeuille pourraient complètement cesser.
Renforcement de la résilience : enseignements et recommandations politiques
- Améliorer le cadre d'action pour attirer et préserver les flux de capitaux tout en atténuant le risque de sortie de capitaux.
- Garantir la stabilité macroéconomique en réduisant les déficits budgétaires pour protéger contre la volatilité des flux de capitaux.
- Réformes structurelles essentielles recommandées :
- Renforcer le contrôle et la réglementation du système financier.
- Mettre au point ou améliorer de solides outils macroprudentiels pour renforcer la capacité du système financier à gérer sans risque les flux de capitaux internationaux.
- Veiller à ce que les banques disposent de volants de capitaux et de liquidités suffisants.
- Limiter l'exposition des banques à certains secteurs ou actifs, comme l'immobilier ou les monnaies étrangères.
- Dans les pays où des entrées massives provoquent une explosion de la consommation et des pressions sur les taux de change et les prix d'actifs, envisager un assouplissement du régime de change, complété par une politique macroéconomique saine, pour amortir le choc.
- Renforcer les marchés de capitaux nationaux :
- Développer un marché d'obligations d’État qui fonctionne bien.
- Favoriser la stabilité de la base d'investisseurs nationaux.
- Intensifier la concurrence et encourager le développement du marché de la dette des entreprises.
- Ces réformes demandent du temps, mais un engagement fort enverrait un signal positif aux investisseurs et pourrait produire des effets immédiats.
Conclusion opérationnelle
- Comprendre la composition des flux de capitaux permettrait aux pays de la région de s'assurer que leur économie tire profit de ces apports plutôt que d'augmenter les risques.
- Les politiques macroéconomiques, la réglementation financière et le développement des marchés domestiques sont des leviers complémentaires pour capter des flux plus stables et réduire la vulnérabilité aux retournements de l’état d’esprit mondial face au risque.
Article de Jihad Azour et Ling Zhu, 15 janvier 2020.