Le grand déconfinement en Asie et en Europe
IMF Blog, May 13, 2020
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- Le grand déconfinement en Asie et en Europe
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- Authors: Poul M Thomsen
- Published: May 13, 2020
Aperçu
- Plusieurs pays asiatiques et européens où l’épidémie de COVID‑19 semble avoir atteint un pic rouvrent progressivement leur économie.
- À défaut de vaccin ou de traitement efficace, les autorités arbitrent entre les avantages d’une reprise de l’activité économique et le coût potentiel d’une remontée des taux d’infection.
- Les pouvoirs publics optent pour une réouverture progressive et séquentielle et l’adoption de nouvelles mesures de prévention et d’endiguement.
- Prendre la mauvaise direction, dans un sens ou dans l’autre, pourrait coûter très cher aux pays concernés.
Situation épidémiologique et chiffres clés
- En Asie du Sud et de l’Est : plus de 250 000 personnes ont été infectées et 9 700 sont décédées.
- La Chine, la Corée du Sud, l’Inde, l’Indonésie, le Japon et Singapour représentent plus de 85 % de toutes les contaminations en Asie du Sud et de l’Est.
- En Europe : le nombre de cas confirmés s’établit actuellement à 1,8 million, soit près de la moitié du total mondial.
- En Europe : quelque 160 000 malades sont décédés, sur un total de plus de 280 0000 dans le monde.
Retombées économiques des mesures de confinement
- Chine : le PIB a chuté de 36,6 % au premier trimestre 2020 (taux annualisés et corrigés des variations saisonnières).
- Corée : la production a reculé de 5,5 % (taux annualisés et corrigés des variations saisonnières).
- Europe (premier trimestre 2020, données annualisées et corrigées des variations saisonnières) :
- France : baisse record de 21,3 % du PIB.
- Espagne : baisse de 19,2 % du PIB.
- Italie : baisse de 17,5 % du PIB.
- Les chiffres du deuxième trimestre seront encore pires.
Stratégies de relance et de réouverture en Asie
- Chine :
- Réouverture progressive par étapes depuis la mi-février.
- Priorité donnée à des secteurs essentiels, des industries, certaines régions et certains groupes de population sur la base d’une évaluation permanente des risques.
- Usage de la numérisation, des mégadonnées et d’autres technologies pour le traçage des personnes contacts.
- Tests à grande échelle, dépistages aléatoires dans certaines provinces, traçage systématique rapide de tout nouveau cas positif via des applications mobiles.
- Déplacements restreints et mesures pour contrôler personnes infectées et leurs contacts.
- Jusqu’à présent, pas de perturbation de la réouverture par une deuxième vague, mais le risque demeure.
- Corée du Sud :
- Plan d’endiguement fondé sur des tests à grande échelle, isolement des nouveaux malades et personnes à risque, et recours généralisé à la numérisation et aux technologies pour le traçage des contacts.
- Fermeture des écoles et des équipements publics; directives détaillées sur la distanciation sociale; mesures de quarantaine pour les voyageurs.
- Mobilité intérieure et activité économique n’ont jamais été fortement restreintes.
- Redémarrage progressif et quasi automatique avec l’atténuation de la distanciation sociale.
- Directives quotidiennes : rester chez soi en cas de malaise, garder ses distances, se laver fréquemment les mains, porter des masques, ventiler régulièrement les espaces intérieurs.
- Singapour :
- Stratégie similaire à celle de la Corée.
- Une nouvelle vague début avril a contraint à durcir les mesures de confinement.
Stratégies de réouverture en Europe
- Plans de réouverture graduelle annoncés et en cours dans plusieurs pays européens, avec variations selon calendrier, étapes et rythme.
- Exemples de mesures prises :
- Danemark et Norvège : réouverture des écoles élémentaires et des services.
- Espagne : levée des restrictions dans le secteur manufacturier et le bâtiment, et pour certaines petites entreprises, notamment de détail, avec mesures de sécurité.
- Allemagne : levée des restrictions visant le commerce de détail, réouverture progressive des écoles, possibilité de durcir à nouveau les règles si nécessaire.
- Italie : réouverture du secteur manufacturier et de la construction (soumis à de strictes règles de sécurité) et de certains petits commerces.
- France : autorisation, à partir du 11 mai, de la réouverture des écoles primaires, des magasins et des industries, avec des règles différentes selon les régions.
- Suède : décision de ne pas arrêter complètement l’activité ; il est trop tôt pour évaluer l’efficacité de cette stratégie.
- Tous les pays envisagent des mesures de distanciation sanitaire et sociale, mais modalités et intensité varient.
Perspectives comparatives et recommandations
- L’Europe semble rouvrir son économie plus tôt que la Chine dans le cycle épidémique.
- Capacités de l’Europe en matière de tests à grande échelle, de traçage des contacts et de mise en quarantaine pourraient être inférieures à celles des pays asiatiques les plus performants, en partie à cause de règles plus strictes de protection de la vie privée.
- La Commission européenne recommande les applications de traçage, mais uniquement sur la base du volontariat.
- Conséquence : l’Europe semble courir plus de risques que certains pays asiatiques, dont la Chine, même si aucun pays ne peut encore être sûr d’avoir vaincu le virus.
- Recommandations implicites et conclusions de politique :
- Résister à la tentation de rouvrir trop vite ou de prendre des décisions prématurées avant d’avoir mis en place des mesures de grande ampleur pour identifier et endiguer rapidement les nouveaux cas.
- Mettre en place et renforcer des capacités de tests à grande échelle, de traçage des contacts et de mise en quarantaine.
- Approche prudente : réouverture progressive et séquentielle, priorisation sectorielle et géographique, et évaluation permanente des risques.
- Combiner réouverture économique avec mesures de prévention individuelles (distanciation, hygiène, port du masque, ventilation) et technologies de traçage quand c’est possible.
Auteurs et responsabilités
- Changyong Rhee : directeur du département Asie et Pacifique du FMI; antécédents professionnels détaillés en tant qu’économiste en chef à la Banque asiatique de développement (BAsD), secrétaire général du comité présidentiel du sommet du G‑20 en République de Corée, professeur d'économie à l'Université nationale de Séoul et professeur assistant à l'Université de Rochester; doctorat en économie à l'Université Harvard; licence d'économie à l'Université nationale de Séoul.
- Poul M. Thomsen : directeur du département Europe du FMI depuis novembre 2014; supervise la surveillance bilatérale de 44 pays et le dialogue avec les institutions de l’Union européenne, et notamment la BCE; ancien responsable des programmes du FMI avec les pays européens touchés par la crise financière mondiale et la crise de la zone euro; expérience en Europe centrale et orientale et missions de longue date en Russie; ancien directeur du bureau de Moscou du FMI de 2001 à 2004.
Le grand déconfinement en Asie et en Europe — extrait de la page publiée par les auteurs indiqués ci‑dessus.