Les monnaies publiques et privées peuvent coexister à l’ère du numérique
IMF Blog, February 18, 2021
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- Les monnaies publiques et privées peuvent coexister à l’ère du numérique
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- Authors: Tobias Adrian, Tommaso Mancini-Griffoli
- Published: February 18, 2021
Principaux constats
- Le système monétaire contemporain est une "architecture à deux niveaux", dans laquelle la monnaie privée repose sur un soubassement de monnaie publique.
- Avantages du système à deux niveaux : "innovation et diversité de produits, fournis principalement par le secteur privé, et stabilité et bon fonctionnement, garantis par le secteur public."
- Les objectifs d’innovation/diversité et de stabilité/bon fonctionnement sont liés et souvent en tension : "Une amélioration d’un côté entraîne généralement une dégradation de l’autre."
- L’échange de monnaie privée contre de la monnaie banque centrale est essentiel pour :
- la stabilité,
- l’interopérabilité,
- l’innovation,
- la diversité des formes de monnaies privées.
- Un système exclusivement fondé sur la monnaie privée "présenterait des risques beaucoup trop élevés". À l’inverse, un système uniquement fondé sur la monnaie banque centrale se priverait d’innovations.
Coexistence historique et mécanismes de soutien
- Les monnaies privées et publiques ont coexisté tout au long de l’histoire parce qu’elles sont complémentaires : la monnaie privée peut être échangée contre de la monnaie publique "parfaitement liquide et sans risque".
- Conditions techniques et institutionnelles assurant cette complémentarité :
- banques dûment réglementées et contrôlées,
- garanties publiques telles que l’assurance des dépôts et l’existence d’un prêteur en dernier ressort,
- couverture partielle ou totale sous forme de réserves à la banque centrale.
- L’interopérabilité de la monnaie privée repose sur la capacité des banques à échanger des actifs en monnaie banque centrale.
Réinvention du rôle de la monnaie banque centrale à l’ère numérique
- Les monnaies numériques de banque centrale (MNBC) sont analogues aux smartphones et à leurs systèmes d’exploitation :
- une technologie de règlement (stockage et transfert d’argent),
- une forme de monnaie avec des fonctions et une apparence spécifiques.
- Pour rester préférées des utilisateurs, les banques centrales devront "ressembler de plus en plus à des sociétés comme Apple ou Microsoft" en matière d’innovation.
- Évolution possible des architectures techniques des MNBC :
- gestion initiale via une base de données centralisée,
- passage, à maturité, à un système de registres partagés et synchronisés automatiquement en réseau,
- possibilité d’évolutions ultérieures des registres utilisés.
- Les besoins des utilisateurs et les technologies évolueront "beaucoup plus rapide et imprévisible" qu’auparavant, nécessitant une diversité de modes de paiement et des adaptations fréquentes de l’architecture monétaire.
Marché privé, nouveaux instruments et régulation
- Le secteur privé continuera d’innover : "De nouveaux types de monnaie électronique apparaîtront, ainsi que de nouveaux stablecoins (cryptomonnaies adossées à des actifs)."
- À mesure que la demande pour ces produits croîtra, "les autorités de réglementation devront intervenir pour en réduire les risques."
- Question clé : ces nouvelles monnaies fonctionneront-elles séparément ou seront-elles intégrées dans un système monétaire à deux niveaux ?
Modalités de partenariat entre banques centrales et secteur privé
- Une MNBC peut être conçue pour encourager l’innovation privée via un "ensemble ouvert de commandes (« interfaces de programmation d’applications »)" permettant aux développeurs de créer des services complémentaires (automatisation des paiements, recherche par numéro de téléphone, etc.), sous condition de sécurité.
- Certaines banques centrales pourraient autoriser la coexistence d’autres formes de monnaie numérique, "comme les systèmes d’exploitation parallèles", tout en tirant parti de la fonctionnalité de règlement et de la stabilité de leur MNBC.
- Conditions pour qu’une monnaie numérique privée soit une réserve de valeur stable :
- "Oui, si elle est remboursable en monnaie banque centrale (numérique ou non numérique) à une valeur nominale fixe."
- Ceci est possible si elle est "entièrement adossée à la monnaie de la banque centrale."
- Conditions pour une monnaie numérique privée comme moyen de paiement efficace :
- "Oui, car le règlement serait immédiat sur n’importe quel réseau de monnaie numérique" et l’interopérabilité serait assurée par des mouvements correspondants de monnaie banque centrale.
- Pour coexister, une monnaie synthétique nécessiterait :
- un accord de licence,
- un ensemble de règlements couvrant la résilience opérationnelle, la protection des consommateurs, le comportement et la contestabilité des marchés, la confidentialité des données et la stabilité prudentielle,
- l’intégrité financière assurée au moyen d’identités numériques et de politiques complémentaires en matière de traitement des données.
- "La réglementation en vigueur doit être rigoureusement respectée" pour établir un partenariat avec les banques centrales.
Recommandations de politique et choix nationaux
- Les banques centrales n’ont pas à choisir exclusivement entre offrir une MNBC ou encourager des monnaies numériques privées : "Les deux types de monnaie peuvent coexister et se compléter", sous réserve de choix de conception et de mise à jour du cadre réglementaire.
- Les pays doivent trouver leur propre compromis entre rôle public et rôle privé dans l’émission de monnaie ; ce choix dépendra "des préférences, des technologies disponibles et de l'efficacité de la réglementation."
- La monnaie banque centrale, ainsi que la "réglementation, le contrôle et la surveillance", resteront essentielles pour garantir stabilité et bon fonctionnement du système de paiement.
- Le secteur privé pourra compléter cette assise par l’innovation et la diversité, "peut-être encore plus qu’aujourd’hui."
Scénarios et implications opérationnelles
- Scénario d’intégration : monnaies numériques privées remboursables à parité fixe en monnaie banque centrale, opérant sur réseaux interopérables et régulés — coexistence satisfaisante.
- Scénario de substitution : réglementation plus stricte conduisant à l’éviction des monnaies privées si les banques centrales ou les autorités décident de restreindre l’innovation privée.
- Implication opérationnelle : nécessité d’adapter les règles de licences, de confidentialité des données, d’identités numériques et de résilience opérationnelle pour permettre l’écosystème à deux niveaux à l’ère numérique.
Source: Les monnaies publiques et privées peuvent coexister à l’ère du numérique — Tobias Adrian; Tommaso Mancini-Griffoli