Dompter la vague de défaillances des petites et moyennes entreprises
IMF Blog, April 2, 2021
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- Authors: Federico J Dez, Romain Duval, Chiara Maggi, Nicola Pierri
- Published: April 2, 2021
Impact de la pandémie sur la solvabilité des petites et moyennes entreprises (PME)
- La part des petites et moyennes entreprises insolvables devrait passer de 10 à 16 % en 2021 dans 20 pays, pour la plupart avancés, d’Europe et de la région Asie‑Pacifique.
- Cette augmentation est d’une ampleur similaire à la hausse des liquidations observée pendant les cinq années qui ont suivi la crise financière mondiale de 2008, mais elle interviendrait sur une période beaucoup plus courte.
- Les faillites prévues mettent en péril environ 20 millions d’emplois (plus de 10 % des employés des petites et moyennes entreprises) dans les pays faisant l’objet de l’étude.
- En outre, 18 % des petites et moyennes entreprises pourraient manquer de liquidités et être dans l’incapacité d’honorer leurs obligations financières immédiates.
Effets sur le secteur financier
- L’insolvabilité des petites et moyennes entreprises pourrait déclencher des défaillances et entraîner des pertes considérables pour les banques, épuisant leurs fonds propres.
- Dans les pays les plus durement touchés, principalement en Europe du Sud, les ratios de fonds propres de base des banques pourraient baisser de plus de 2 points de pourcentage.
- Les petites banques seraient affectées encore plus fortement :
- 25 % d’entre elles pourraient subir une baisse de leur ratio de fonds propres d’au moins 3 points de pourcentage.
- 10 % pourraient enregistrer une baisse d’au moins 7 points de pourcentage.
Raison d’un soutien public ciblé en fonds propres ou quasi‑fonds propres
- Le coût des faillites pour la société dépasse de loin le coût pour les débiteurs et créanciers individuels, notamment en cas de saturation des tribunaux qui pourrait conduire à la liquidation d’entreprises viables.
- Les autorités disposant d’un espace budgétaire suffisant et de mécanismes de transparence et de responsabilisation efficaces pourraient envisager d’injecter des quasi‑fonds propres dans les PME.
- Formes possibles :
- « prêts avec participation aux bénéfices » constituant de nouveaux prêts ou la conversion de prêts existants, subordonnés aux autres créances et dont le remboursement pourrait être partiellement indexé sur les bénéfices.
- Conditionnement de l’aide publique à l’injection de capitaux par des investisseurs privés (banques) pour que le marché aide à identifier les entreprises viables.
- Échelonnement de l’aide : nouvelles tranches décaissées uniquement lorsque la viabilité des entreprises est confirmée.
- Exemples de démarches nationales : la France, l’Italie et l’Irlande ont proposé ou adopté des mesures visant à inciter les investisseurs privés à apporter des fonds propres.
Avantages d’un ciblage précis plutôt qu’un soutien généralisé
- Les injections généralisées profitent à :
- Les entreprises solvables qui n’ont pas besoin de soutien à la solvabilité.
- Les entreprises qui auraient été insolvables quoiqu’il arrive et qui sont moins productives.
- Un programme ciblé doté d’un budget d’environ 0,5 % du PIB global des 20 pays à l’examen pourrait permettre à plus de 80 % des « bonnes entreprises » (viables mais actuellement insolvables) de revenir à un niveau nul de fonds propres nets (définition minimale de la solvabilité).
- Cette approche produirait un résultat quatre fois supérieur à une stratégie globale de soutien à toutes les PME sans distinction.
Renforcement des régimes d’insolvabilité et des mécanismes de restructuration
- Même avec des aides publiques, le nombre d’entreprises insolvables risque d’augmenter ; il faudra renforcer les instruments de gestion de l’insolvabilité et de restructuration de la dette.
- Outils recommandés :
- Mécanismes de restructuration extrajudiciaire spécifiques.
- Restructuration hybride.
- Procédures d’insolvabilité renforcées, comme le redressement simplifié pour les petites entreprises.
- Les gouvernements pourraient prévoir des incitations financières pour encourager la restructuration plutôt que la liquidation, car les liquidations peuvent être excessives même dans des régimes efficaces.
Principales recommandations de politique
- Continuer à octroyer des liquidités pour traiter les problèmes de trésorerie immédiats (18 % des PME pourraient manquer de liquidités).
- Injecter des quasi‑fonds propres ciblés pour rétablir la solvabilité des PME viables, en privilégiant les mécanismes qui mobilisent le capital privé et l’échelonnement conditionnel des aides.
- Renforcer les régimes d’insolvabilité et les mécanismes de restructuration de la dette pour éviter des liquidations excessives et protéger les réseaux de production, le capital humain et les emplois.
- Prioriser le ciblage des interventions : un budget d’environ 0,5 % du PIB des 20 pays étudiés peut être fortement efficace pour restaurer la solvabilité des entreprises viables.
Article par Federico J. Díez, Romain Duval, Nicola Pierri et Chiara Maggi.