Comment attirer les fonds privés pour financer le développement de l’Afrique ?
IMF Blog, June 14, 2021
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- Authors: Luc Eyraud, Catherine Pattillo, Abebe Aemro Selassie
- Published: June 14, 2021
Contexte et enjeu
- La pandémie de COVID-19 a paralysé l’activité et met en péril les progrès économiques des vingt dernières années.
- Les niveaux élevés de dette publique et l’incertitude autour de l’aide internationale limitent la possibilité d’utiliser de vastes programmes d’investissement public pour soutenir la reprise.
- Pour éviter une stagnation économique, le secteur privé devra contribuer davantage au développement économique.
Besoins d’infrastructure et potentiel du secteur privé
- Les besoins en développement infrastructurel sont immenses : de l’ordre de 20% du PIB en moyenne d’ici la fin de la décennie.
- Selon des travaux des services du FMI, d’ici la fin de la décennie, le secteur privé pourrait apporter chaque année des financements supplémentaires en faveur des infrastructures physiques et sociales équivalant à 3% du PIB de l’Afrique subsaharienne.
- 3% du PIB de l’Afrique subsaharienne représente environ 50 milliards de dollars par an (sur la base du PIB de 2020).
- Ce montant correspond à près d’un quart du taux d’investissement privé moyen actuel dans la région, qui est de 13% du PIB.
- Atouts attractifs pour les investisseurs privés : population jeune et croissante, abondance de ressources naturelles, urbanisation rapide, initiatives d’industrialisation et de transformation numérique.
Entraves actuelles au financement privé
- 95% des projets infrastructurels sont exécutés par des entités publiques (administrations nationales et entreprises publiques).
- Le volume des projets infrastructurels associant le secteur privé a nettement diminué au cours des dix dernières années, après l’effondrement des cours des produits de base.
- L’Afrique n’attire que 2% des flux mondiaux d’investissements directs étrangers, et ces investissements se concentrent principalement sur les ressources naturelles et les industries extractives plutôt que sur la santé, le réseau routier ou l’eau.
- Principaux risques qui préoccupent les investisseurs internationaux :
- Le risque inhérent au projet : peu de projets sont réellement « prêts pour l’investissement » (stade de conception avancé suffisant pour intéresser les investisseurs).
- Le risque monétaire : exemple illustratif — un rendement annuel de 10% annulé à moitié par une dépréciation de 5% de la monnaie.
- Le risque de sortie : étroitesse et sous-développement des marchés financiers, contrôle des mouvements de capitaux, cadres juridiques fragiles entraînant des procédures judiciaires longues et coûteuses.
Mesures pour encourager l’investissement privé
- Améliorer le climat des affaires est essentiel mais insuffisant ; il faut aussi tenir compte des caractéristiques structurelles des projets de développement (coûts initiaux élevés, rentabilité à long terme, dépendance aux réseaux et chaînes de valeur).
- Soutien financier et technique des bailleurs de fonds et des banques de développement pour financer études de faisabilité, conception de projets et activités préparatoires afin d’élargir le réservoir de projets bancables.
- Politiques macroéconomiques prudentes et gestion saine des réserves de change pour réduire l’instabilité des monnaies.
- Développement des marchés financiers pour faciliter la sortie des investisseurs et réduire le coût des sorties.
- Utilisation d’incitations publiques (subventions, garanties) quand les problèmes sont sérieux, en respectant les principes de bonne conception :
- Le soutien doit être ciblé, temporaire et accordé sur la base de dysfonctionnements avérés du marché.
- Le soutien doit être transparent, laisser suffisamment de risques aux parties privées et apporter une valeur ajoutée (réaliser des projets qui ne se seraient pas concrétisés autrement).
- Les incitations doivent être bien calibrées pour éviter d’indemniser le secteur privé de manière excessive.
- Exemple de référence régionale : en Asie de l’Est, 90% des projets d’infrastructure auxquels participent des entreprises privées bénéficient d’un soutien public.
- Compte tenu des ressources publiques limitées, envisager la réaffectation de certaines ressources destinées à l’investissement public vers le financement d’incitations en faveur de projets privés, à condition que cette réaffectation soit progressive et appuyée par des institutions, une transparence et une gouvernance solides.
Article par Luc Eyraud, Catherine Pattillo et Abebe Aemro Selassie — IMFBlog, 14 juin 2021.
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