Aider ou restructurer les entreprises fortement endettées ? Les États doivent trancher
IMF Blog, February 23, 2022
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- Authors: Ceyla Pazarbasioglu, Rhoda Weeks-Brown
- Published: February 23, 2022
Contexte et enjeux
- Les entreprises ont abordé la crise de la COVID-19 avec des dettes sans précédent, accumulées après la crise financière mondiale lorsque les taux d’intérêt étaient bas.
- À la fin de l’année 2020, la dette des entreprises s’élevait à 83 000 milliards de dollars, soit 98 % du produit intérieur brut mondial.
- Les pays avancés et la Chine étaient responsables de 90 % de l’augmentation de 8 900 milliards de dollars enregistrée en 2020.
- Maintenant que les banques centrales relèvent leurs taux afin de maîtriser l’inflation, les entreprises vont voir augmenter le coût du service de leurs dettes.
- La réduction des aides budgétaires publiques risque de mettre au jour les failles des sociétés et d’accroître les besoins en restructurations ou liquidations.
Mesure de la préparation des régimes d’insolvabilité et de restructuration
- Le FMI utilise un nouvel indicateur de préparation aux crises des régimes d’insolvabilité et de restructuration.
- L’indicateur couvre 60 pays, qui comptent pour 91 % du PIB mondial et 84 % de la population mondiale.
- L’indicateur comprend cinq sous-indicateurs (présentés dans le graphique du texte source) et offre une vision représentative de la capacité des pays à gérer des crises de grande ampleur dans le secteur privé.
Principales observations issues de l’analyse
- Les fragilités des entreprises ont tendance à être plus prononcées dans les pays où l’indicateur signale des lacunes en matière de préparation aux crises.
- Dans deux tiers des pays émergents dont la dette des entreprises était plus sensible que celle du pays moyen à une conjoncture économique défavorable, les dispositifs de préparation aux crises étaient moins solides que la moyenne.
- Près de 40 % des pays avancés dont la dette des entreprises était vulnérable présentaient des régimes d’insolvabilité en temps de crise moins performants que la moyenne et qui pourraient peiner à traiter de gros volumes de restructurations.
- Tous les pays présentent une marge de progression en matière de préparation aux crises.
- Exemples de renforcement des régimes d’insolvabilité : réformes ciblées (Brésil, Corée, États-Unis, France, Inde et Turquie) ou réformes plus vastes (Allemagne, Pays-Bas et Royaume-Uni).
Principes directeurs et recommandations politiques
- Les dispositifs d’aide des pouvoirs publics doivent définir des objectifs clairs pour remédier à des défaillances précises des marchés (exemples cités : Australie et Norvège).
- Les aides publiques doivent être assorties de garde-fous robustes en matière de transparence et de gouvernance, et prévoir des plans de sortie en amont.
- Les plans de répartition des charges et de restructuration de la dette doivent s’appuyer sur l’accès aux informations sur les créanciers privés et sur leurs compétences (exemples cités : Mexique dans les années 90, France pendant la pandémie de COVID-19).
- Les créanciers publics doivent participer activement à la restructuration de la dette.
- Les pays à espace budgétaire restreint et à régimes d’insolvabilité inefficaces doivent privilégier les restructurations extrajudiciaires ou hybrides, tout en entreprenant des réformes de fond à moyen terme pour améliorer leurs cadres juridiques et institutionnels.
- Les pays disposant d’espace budgétaire peuvent maintenir des mesures d’aide, mais doivent se prémunir contre les risques d’abus et les entreprises « zombies ».
Rôle des banques, transparence et qualité des actifs
- Les assouplissements comptables et réglementaires temporaires ont accru le risque d’accumulation de prêts improductifs masqués ne figurant pas au bilan des banques.
- Le système bancaire détenant un volume croissant de titres de dette souveraine rapproche les bilans des banques de ceux des États, une situation associée aux crises de la dette.
- À la suppression des mesures d’assouplissement, la communication des données relatives à la qualité des actifs doit suivre des pratiques transparentes et cohérentes, étayées par des dispositifs de surveillance et de coercition efficaces.
- Les examens de qualité des actifs peuvent améliorer la transparence des bilans et aider le marché des créances en difficulté.
- Les banques devraient renforcer leurs lignes de défense pour absorber les pertes liées à la crise.
Conclusion et orientation stratégique
- Les pouvoirs publics ont eu raison d’apporter une aide financière rapide aux entreprises pendant les pires phases de la pandémie, privilégiant la vitesse sur la précision.
- À présent, les décideurs doivent calibrer et mieux cibler les aides financières vers les entreprises réellement viables.
- Les autorités doivent se préparer à restructurer ou liquider les entreprises sévèrement touchées et renforcer les régimes d’insolvabilité pour pouvoir traiter éventuellement un grand nombre de dossiers.
Ceyla Pazarbasioglu et Rhoda Weeks-Brown, le 23 février 2022. Publication IMFBlog.