Les risques pour la stabilité financière s’intensifient tandis que la guerre complique l’effort de maîtrise de l’inflation
IMF Blog, April 19, 2022
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- Authors: Tobias Adrian
- Published: April 19, 2022
Inflation — constat et implications
- Aucun événement systémique ne s’est concrétisé mais la balance des risques penche plus fermement vers une détérioration des perspectives.
- L’invasion de l’Ukraine par la Russie :
- fait peser des risques sur la stabilité financière mondiale;
- survient alors que la reprise après la pandémie commence déjà à ralentir;
- crée des perturbations sur les marchés des produits de base et les chaînes d’approvisionnement qui pèsent sur la stabilité macrofinancière, l’inflation et l’économie mondiale.
- Depuis le début de l’année, les conditions financières se sont sensiblement durcies presque partout dans le monde, et en particulier en Europe orientale.
- Alors que l’inflation augmente, les relèvements attendus des taux d’intérêt ont provoqué un resserrement notable dans les pays avancés dans les semaines qui ont suivi l’invasion.
- Malgré ce resserrement :
- les conditions financières sont proches de leurs moyennes historiques;
- les taux d’intérêt restent accommodants dans la plupart des pays.
- Le durcissement des conditions financières a contribué à :
- freiner la demande;
- éviter un désancrage des anticipations d’inflation;
- ramener l’inflation à son taux cible.
- Beaucoup de banques centrales pourraient devoir agir davantage et plus rapidement que ce qu’intègrent actuellement les marchés, ce qui pourrait porter les taux directeurs au-dessus des niveaux neutres.
- Risque de réaction en chaîne : une brusque réévaluation du risque liée à une intensification de la guerre en Ukraine ou à une escalade des sanctions contre la Russie pourrait exposer à des vulnérabilités accumulées durant la pandémie (envolée des prix immobiliers et valorisations excessives) et provoquer une forte baisse du prix des actifs.
Transmission des chocs — canaux d’amplification et régions vulnérables
- Canaux d’amplification identifiés :
- exposition des établissements financiers aux actifs russes et ukrainiens;
- liquidité des marchés et difficultés de financement;
- accélération de la cryptoïsation dans les pays émergents.
- Europe :
- risque plus élevé en raison de la proximité géographique, de la dépendance à l’égard de l’énergie russe et de l’exposition de certaines banques et institutions financières aux marchés et actifs russes;
- volatilité persistante des prix des produits de base risque de créer de graves tensions sur les marchés financiers des matières premières et les marchés de produits dérivés (ex. suspension de transactions sur le nickel le mois dernier).
- Pays émergents et préémergents :
- risques plus élevés de sorties de capitaux, avec des différences selon que les pays sont importateurs ou exportateurs de produits de base;
- l’effet conjugué d’un resserrement des conditions financières extérieures et de la normalisation de la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine devrait vraisemblablement accroître le risque de fuite des capitaux.
- Après l’invasion, le nombre d’émetteurs souverains dans les pays émergents négociant à des prix fortement décotés (écarts de rendement supérieurs à 1 000 points de base) a bondi à plus de 20 %, dépassant les niveaux records atteints durant la pandémie.
- Cet accroissement est inquiétant mais a un effet limité sur les préoccupations systémiques car ces émetteurs représentent jusqu’à présent une proportion relativement faible de l’encours total de la dette.
- Chine :
- ventes massives sur le marché boursier récemment, en particulier dans le secteur des nouvelles technologies;
- difficultés persistantes dans le secteur de l’immobilier et retour des confinements suscitent des craintes d’un ralentissement de la croissance et de répercussions possibles sur les marchés émergents;
- le secteur immobilier, déjà éprouvé, voit s’intensifier les risques pour la stabilité financière et pourrait requérir des mesures exceptionnelles de soutien financier, lesquelles accentueraient à terme les facteurs de vulnérabilité liés à la dette.
Action des pouvoirs publics — priorités et recommandations
- À court terme, priorité aux banques centrales pour éviter que l’inflation ne s’installe :
- agir résolument pour contenir les anticipations de hausse des prix;
- les taux d’intérêt devraient être amenés à augmenter davantage que ce qu’intègrent actuellement les marchés afin de ramener l’inflation à son taux cible en temps voulu, ce qui pourrait obliger à relever les taux d’intérêt bien au-delà de leur niveau neutre.
- Communication :
- pour les banques centrales des pays avancés, communication claire et indications précises sur le processus de resserrement sont fondamentales pour éviter une volatilité inutile des marchés financiers, tout en s’appuyant sur les données.
- Pays émergents :
- de nombreuses banques centrales ont déjà sensiblement durci leur politique monétaire et devraient continuer à le faire, selon la situation propre à chaque pays, pour maintenir la crédibilité de la lutte contre l’inflation et ancrer les anticipations.
- Politique macroprudentielle :
- durcir certains outils macroprudentiels pour s’attaquer à des poches de forte vulnérabilité (par exemple contre l’envolée des prix immobiliers), tout en évitant un vaste durcissement des conditions financières;
- trouver un juste équilibre compte tenu des incertitudes, de la normalisation de la politique monétaire et de la marge de manœuvre budgétaire limitée après la pandémie.
- Réponses structurelles et réglementaires :
- faire face à la fragmentation des marchés des capitaux et à ses conséquences possibles sur le rôle du dollar américain;
- combler les lacunes de la réglementation pour assurer l’intégrité et protéger les consommateurs dans le monde des cryptoactifs en mutation rapide;
- les systèmes de paiement sont confrontés à des risques alors que les banques centrales développent leurs monnaies numériques indépendamment des réseaux internationaux existants.
- Sécurité énergétique et climat :
- arbitrages entre sécurité énergétique et climat mis en lumière par la propagation des effets des sanctions contre la Russie;
- la transition climatique pourrait subir des revers à court terme, mais la réduction de la dépendance énergétique à l’égard de la Russie pourrait inciter au changement;
- les décideurs devraient respecter leurs engagements climatiques et intensifier leurs efforts vers la neutralité carbone, tout en prenant des mesures complémentaires pour résoudre les enjeux de sécurité énergétique.
Auteur
- Tobias Adrian, conseiller financier et directeur du département des marchés monétaires et de capitaux du FMI (le 19 avril 2022).
Source : IMF blog — Les risques pour la stabilité financière s’intensifient tandis que la guerre complique l’effort de maîtrise de l’inflation