Comment l’Afrique peut-elle échapper à l’insécurité alimentaire chronique ?
IMF Blog, September 14, 2022
Source details
- Canonical URL
- Comment l’Afrique peut-elle échapper à l’insécurité alimentaire chronique ?
Other formats
Bibliographic details
- Authors: Laurent Kemoe, Pritha Mitra, Cedric Okou, D Filiz Unsal
- Published: September 14, 2022
Contexte et enjeux
- Le changement climatique exacerbe l’insécurité alimentaire dans toute l’Afrique subsaharienne, aggravée par la guerre en Ukraine et la pandémie.
- Les phénomènes climatiques qui détruisent les récoltes et perturbent le transport des denrées alimentaires sont anormalement fréquents dans la région.
- En Afrique subsaharienne se produit "un tiers des sécheresses dans le monde"; l’Éthiopie et le Kenya connaissent l’un des épisodes les plus durs que la région a connus "depuis ces quarante dernières années".
- Des pays comme le Tchad subissent des pluies torrentielles et des inondations causant des dégâts sur les cultures.
Facteurs de vulnérabilité et conséquences macroéconomiques
- Faible résilience aux conditions météorologiques extrêmes, dépendance aux importations et interventionnisme excessif des pouvoirs publics rendent l’offre et le prix des denrées alimentaires particulièrement vulnérables.
- Moins de "1 % des terres arables sont équipées de systèmes d’irrigation".
- Les pays d’Afrique subsaharienne dépendent fortement des importations alimentaires, "85 % environ" ne provenant pas de la région.
- Les chocs climatiques dans les régions exportatrices et les augmentations des coûts de transport peuvent :
- répercuter l’inflation sur les consommateurs;
- éroder les réserves de change;
- peser sur les taux de change et accélérer les hausses de prix.
- Interventions publiques non ciblées peuvent être inefficaces et contre-productives : alourdissement des budgets, gonflement des prix, entrave à la concurrence et réduction des rendements.
- Exemples : politiques de maîtrise des prix, réglementations lourdes, subventions d’engrais et de semences favorisant la surutilisation et limitant la diversification.
Politiques budgétaires et financières recommandées
- Prioriser la protection de la production et de la distribution par la construction d’infrastructures résilientes au changement climatique, lesquelles :
- créent des emplois;
- attirent l’investissement privé.
- Exemples d’investissements publics :
- énergie solaire pour faciliter l’irrigation, l’accès à l’eau et le contrôle de la température pour le stockage;
- structures protégeant des inondations les ports et routes essentiels à la distribution.
- Outils numériques :
- systèmes d’alerte rapide;
- services bancaires par téléphonie mobile;
- plateformes d’achat d’engrais et de semences et de vente de produits reliant petits producteurs et grands distributeurs.
- Transferts monétaires ciblés et de grande envergure à caractère social :
- aident à acheter de la nourriture et à se reconstruire après les chocs climatiques;
- permettent aux bénéficiaires d’investir dans équipements et technologies renforçant la résilience;
- plus efficaces que les subventions à l’agriculture pour réduire les inégalités.
- Accès au financement privé :
- développer les marchés financiers à plus long terme;
- utiliser microfinance et partenariats public-privé en transition.
- Renforcement des droits de propriété pour faciliter l’accès au crédit :
- exemples : enrichissement des registres de titres fonciers au Mozambique et en Tanzanie; projet pilote au Ghana utilisant la blockchain pour cadastres.
Réformes structurelles rentables et mesures réglementaires
- Libéralisation des échanges et diversification des importations pour stabiliser l’offre et les prix :
- exemple illustratif : d’excellentes récoltes de maïs en Zambie auraient pu compenser des déficits en Afrique australe si les exportations n’avaient pas été interdites.
- Accès à des marchés plus vastes stimule investissement dans les réseaux de production et chaînes de valeur, concurrence et diffusion des savoir-faire (ex. cultures résistantes à la sécheresse).
- Organisations de producteurs indépendants :
- peuvent atteindre communautés isolées et vulnérables;
- démocratisent technologies (dispositifs numériques de lutte antiparasitaire, semences à haut rendement tolérant chaleur et sécheresse);
- permettent regroupement de la production, vente directe, réduction des coûts de stockage, allongement des contrats, augmentation des marges et accès à de nouveaux marchés.
- Rationalisation et ciblage de la réglementation :
- encadrement de l’utilisation des ressources en eau pour réduire coûts d’irrigation;
- enregistrement efficace des semences (ex. Kenya) pour dynamiser l’offre et l’accès à semences résistantes;
- respect des exigences de test, d’étiquetage et de consignation des engrais pour accès aux intrants adaptés.
Financement, capacités et transfert de technologies
- Besoin essentiel de financements, renforcement des capacités et transfert de technologies et savoir-faire.
- Les pays d’Afrique subsaharienne, confrontés à une dette croissante et à une faible marge fiscale, devront compter sur des dons et des financements concessionnels.
- Les partenaires de développement peuvent :
- soutenir la recherche sur le renforcement de la résilience;
- diffuser les connaissances en matière climatique et financière.
Rôle du FMI
- Le FMI soutient les pays membres par :
- des conseils en gestion des finances publiques axés sur le climat;
- des facilités de prêt, telles que le fonds fiduciaire pour la résilience et la durabilité.
- Ce nouveau dispositif, "bientôt opérationnel", proposera un financement abordable à plus long terme pour faire face au changement climatique et à d’autres défis.
Laurent Kemoe, Pritha Mitra, Cedric Okou, D. Filiz Unsal — 14 septembre 2022