Les OPCVM illiquides peuvent amplifier les chocs et déstabiliser les prix des actifs
IMF Blog, October 4, 2022
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- Authors: Fabio Natalucci, Mahvash S Qureshi, Felix Suntheim
- Published: October 4, 2022
Contexte et constat général
- Les fonds communs de placement qui permettent aux investisseurs d’acheter ou de vendre leurs parts quotidiennement (OPCVM) constituent un élément important du système financier.
- La valeur totale des actifs des OPCVM s’élève à 41 000 milliards de dollars cette année, soit environ un cinquième des avoirs du secteur financier non bancaire.
- Les OPCVM peuvent détenir des actifs relativement liquides (actions, obligations d’État) ou des actifs moins fréquemment échangés (obligations d’entreprises); les OPCVM dont les avoirs sont moins liquides présentent un risque particulier lorsque les rachats sont possibles quotidiennement.
- Date de publication : le 4 octobre 2022.
Mécanismes d’amplification des chocs
- Asymétrie des liquidités :
- Les investisseurs peuvent vendre leurs parts quotidiennement à un prix fixé à la fin de chaque séance, alors que la vente des actifs sous-jacents peut prendre plusieurs jours.
- Cette asymétrie peut conduire à ce que le prix payé aux investisseurs ne tienne pas compte de l’ensemble des coûts de transaction engagés par le fonds.
- Dynamique des retraits :
- Les coûts non internalisés sont supportés par les investisseurs restants, ce qui les incite à racheter avant les autres et peut provoquer davantage de sorties de capitaux en période de sentiment négatif.
- Les retraits massifs peuvent forcer les fonds à vendre rapidement, faisant baisser les valorisations et amplifiant l’effet du choc initial.
- Preuve empirique :
- Durant les turbulences liées au début de la pandémie, les sorties de fonds ont représenté 5 % environ de la valeur totale des actifs nets des OPCVM, soit davantage que lors de la crise financière mondiale environ quinze ans auparavant.
- La chute des valorisations a été plus prononcée pour les obligations d’entreprises détenues par des OPCVM au portefeuille peu liquide que pour des actifs détenus par des fonds liquides.
- Résultat : risque grave pour la stabilité financière, atténué principalement après l’intervention des banques centrales (achats d’obligations d’entreprises et autres mesures).
Impact sur volatilité et transmission internationale
- Volatilité accrue :
- L’analyse montre que le rendement des actifs détenus par des fonds relativement peu liquides est généralement plus volatil que celui des avoirs comparables moins exposés, en particulier en période de tension sur les marchés.
- Exemple chiffré : si les liquidités s’asséchaient comme en mars 2020, la volatilité des obligations détenues par ces fonds pourrait s’accroître de 20 %.
- Retombées internationales :
- Une baisse de la liquidité des fonds domiciliés dans des pays avancés peut accroître la volatilité des rendements des obligations d’entreprises des pays émergents.
- Contexte de risque actuel :
- La résilience du secteur des OPCVM pourrait être mise à l’épreuve dans un contexte de hausse des taux d’intérêt et de forte incertitude économique.
- Les sorties des OPCVM ont augmenté depuis quelques mois; un choc défavorable brutal, comme un resserrement désordonné des conditions financières, pourrait provoquer de nouvelles sorties et amplifier les tensions sur les marchés des actifs.
Mesures d’atténuation et recommandations de politique
- Internalisation des coûts de transaction :
- La pratique dite de « swing pricing » (ajustement de la valeur liquidative des fonds) permet d’ajuster à la baisse les prix en fin de journée en cas de sorties de fonds, répercutant ainsi les coûts de transaction sur les investisseurs qui demandent un rachat.
- Effet attendu : moins d’incitation à racheter avant les autres, réduction des pressions liées aux sorties de capitaux en période de tension, baisse de la probabilité de ventes forcées d’actifs.
- Instruments complémentaires :
- Prélèvements antidilution : facturation d’une commission aux investisseurs demandeurs de rachat pour répercuter les coûts de transaction.
- Besoin de calibration et de surveillance :
- Les facteurs d’ajustement (plafond des ajustements de valeur liquidative) sont souvent insuffisants, surtout en période de tension; les décideurs doivent donner des orientations pour calibrer ces instruments et suivre leur mise en œuvre.
- Solutions pour actifs très illiquides :
- Pour des actifs tels que l’immobilier, il peut être difficile de calibrer l’ajustement de la valeur liquidative; il faut envisager d’autres mesures, par exemple limiter la fréquence des rachats par les investisseurs.
- Ces mesures peuvent être appropriées lorsque les fonds sont domiciliés dans des pays où il est impossible d’appliquer un ajustement de la valeur liquidative pour des raisons opérationnelles.
- Renforcement de la gestion et de la transparence :
- Imposer un contrôle plus strict de la gestion de la liquidité par les organismes de surveillance.
- Obliger les OPCVM à fournir des informations supplémentaires pour mieux évaluer les facteurs de vulnérabilité.
- Encourager davantage d’échanges à passer par des chambres de compensation centrales et rendre les transactions d’obligations plus transparentes afin d’accroître la liquidité.
- Objectif global : réduire les risques d’asymétrie des liquidités des OPCVM et rendre les marchés plus résistants face aux tensions.
Auteurs et rôles (extraits)
- Fabio M. Natalucci : directeur adjoint du département des marchés monétaires et de capitaux; chargé du Rapport sur la stabilité financière dans le monde.
- Mahvash S. Qureshi : dirige la division analyse de la stabilité financière dans le monde du département des marchés monétaires et de capitaux du FMI.
- Felix Suntheim : expert principal du secteur financier à la division analyse de la stabilité financière mondiale au sein du département des marchés monétaires et de capitaux du FMI.
Source : article publié le 4 octobre 2022 sur le site du FMI.