La politique budgétaire peut favoriser la stabilité économique et remédier aux risques qui pèsent sur les finances publiques
IMF Blog, April 12, 2023
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- Authors: Francesca Caselli, Vitor Gaspar, Gee Hee Hong, Paulo Medas
- Published: April 12, 2023
Résumé principal
- Après avoir apporté un soutien exceptionnel durant la pandémie, les pouvoirs publics devraient promouvoir la désinflation et la stabilité financière tout en protégeant les catégories les plus vulnérables et en sauvegardant les finances publiques.
- Trois ans après le début de la pandémie, la politique budgétaire a considérablement progressé sur la voie de la normalisation.
- La viabilité de la dette est une source de préoccupation dans de nombreux pays.
- Ce billet est basé sur le chapitre 1 du Moniteur des finances publiques d’avril 2023 : « Sur la voie d’une normalisation des politiques ».
Contexte et évolutions récentes
- La dette publique a atteint près de 100 % du produit intérieur brut (PIB) en 2020 en raison de la contraction économique et de l’aide conséquente accordée par les États.
- La dette mondiale a enregistré sa plus forte baisse depuis 70 ans et s’est établie à 92 % du PIB à la fin de l’année dernière, restant toutefois environ 8 points de pourcentage au-dessus des projections d’avant la pandémie.
- Les déficits primaires diminuent rapidement et se rapprochent des niveaux d’avant la pandémie.
- Le PIB nominal a considérablement augmenté ces deux dernières années dans de nombreux pays, contribuant à accroître les recettes fiscales grâce à un fort rebond économique et à la poussée surprise de l’inflation.
- En moyenne, les pays avancés et les pays émergents, à l’exception de la Chine, ont vu leur dette diminuer d’environ 2 % à 3 % du PIB l’an dernier, en partie grâce aux fluctuations inattendues de l’inflation.
- 39 pays sont déjà en situation de surendettement ou s’en approchent.
Comment aborder une période incertaine (constats et scénarios)
- Contexte actuel : forte inflation, hausse des coûts d’emprunt, détérioration des perspectives de croissance et risques financiers élevés.
- De nombreuses autorités ont durci à la fois leur politique budgétaire et leur politique monétaire l’an dernier.
- Scénarios et réponses possibles :
- Si les turbulences financières se transforment en crise systémique : la politique budgétaire devra peut-être entrer en jeu rapidement pour faciliter le processus de résolution.
- Si l’activité économique ralentit sensiblement et si le chômage augmente : laisser les stabilisateurs automatiques jouer leur rôle (par exemple en laissant les déficits se creuser alors que les indemnisations du chômage augmentent ou que les recettes fiscales diminuent), en particulier lorsque les pressions inflationnistes sont maîtrisées et qu’il existe de l’espace budgétaire.
- Les pays confrontés à des crises énergétiques ou alimentaires plus graves ont durci leur politique plus progressivement, en répartissant la charge pour protéger ménages et entreprises via des mesures ciblées et non ciblées.
Priorités pour assurer la stabilité
- Maintenir une politique budgétaire compatible avec les orientations des banques centrales afin de favoriser la stabilité des prix et la stabilité financière.
- De nombreux pays devront adopter une politique budgétaire restrictive pour soutenir le processus de désinflation en cours, surtout si l’inflation élevée se révèle plus persistante.
- Une politique budgétaire plus stricte peut permettre aux banques centrales de relever moins fortement les taux d’intérêt, contribuant à contenir le coût des emprunts publics et à maîtriser les vulnérabilités financières.
- Réduire les facteurs de vulnérabilité de la dette et reconstituer des marges de manœuvre budgétaires au fil du temps est une priorité absolue.
- Prévision : malgré le resserrement budgétaire progressif envisagé, la dette publique mondiale devrait augmenter, alimentée par certains grands pays avancés et pays émergents.
Mesures et recommandations de politique budgétaire
- Mettre en œuvre des politiques cohérentes pour ramener l’inflation aux niveaux cibles et faire face aux risques pesant sur les finances publiques tout en protégeant les plus vulnérables et en préservant la stabilité financière.
- Accompagner un durcissement budgétaire de filets de sécurité mieux ciblés afin de protéger les ménages les plus vulnérables, notamment face à l’insécurité alimentaire, tout en maîtrisant la croissance de l’ensemble des dépenses.
- Les cadres budgétaires devraient être :
- Réalistes et tenir compte des risques.
- Conçus pour réduire les facteurs de vulnérabilité de la dette au fil du temps.
- Accompagnés de plans budgétaires à moyen terme avec engagements crédibles (mesures ou réformes précises en matière de dépenses et de recettes) tout en prévoyant une certaine souplesse pour s’adapter aux chocs.
- Les cadres budgétaires renforcés peuvent consolider les institutions et remanier les règles budgétaires.
- Pour les pays à faible revenu :
- Redoubler d’efforts pour accroître les recettes afin de rétablir la viabilité des finances publiques, faire face à la crise du coût de la vie et réaliser les objectifs de développement durable.
- Une coopération internationale est fondamentale pour aider ces pays à trouver une solution ordonnée et rapide à une charge de la dette insoutenable.
Effets différenciés selon pays et vulnérabilités
- L’impact des fluctuations « surprise » de l’inflation dépend du volume et de la composition de la dette de chaque pays.
- Pays avec niveau initial d’endettement élevé et flambées d’inflation imprévues : diminution sensible de la dette.
- Dans certains pays émergents et pays à faible revenu : dépréciation des taux de change, déficits primaires et hausse des coûts d’emprunt ont limité l’effet de la hausse de l’inflation sur les ratios d’endettement.
- Des contraintes budgétaires plus strictes ont compliqué la tâche des pays à faible revenu et freiné les progrès vers les objectifs de développement durable de l’ONU.
- La crise du coût de la vie et l’insécurité alimentaire ont interrompu la réduction de la pauvreté dans le monde.
Francesca Caselli, Vitor Gaspar, Gee Hee Hong, Paulo Medas — le 12 avril 2023