La croissance mondiale se maintient alors que la désinflation ralentit et que l’incertitude en matière de politique économique s’accroît
IMF Blog, July 16, 2024
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- Authors: Pierre-Olivier Gourinchas
- Published: July 16, 2024
Prévisions de croissance mondiale
- Croissance mondiale prévue à 3,2 % en 2024 et à 3,3 % en 2025.
- Les taux de croissance des grands pays avancés convergent à mesure que les écarts de production se réduisent.
- Les pays émergents d’Asie restent le principal moteur de l’économie mondiale.
- La croissance en Inde et en Chine a été révisée à la hausse et représente près de la moitié de la croissance mondiale.
- Projection: en 2029, la croissance chinoise devrait se modérer à 3,3 %.
Inflation et trajectoire de désinflation
- Inflation mondiale projetée à 5,9 % cette année, contre 6,7 % en 2023.
- La désinflation ralentit dans certains pays avancés, en particulier aux États-Unis, orientant les risques à la hausse.
- Rôle important des chocs sur l’inflation « globale » mondiale, principalement sur les prix de l’énergie et de l’alimentation, dans l’augmentation puis le reflux de l’inflation dans de nombreux pays.
- Observations structurelles:
- Les prix des biens sont élevés par rapport à ceux des services, conséquence de la pandémie (hausse de la demande de biens et compression de l’offre).
- Les services sont moins onéreux en comparaison, ce qui augmente la demande pour les services et la demande de main-d’œuvre dans ce secteur.
- La hausse des prix et l’augmentation des salaires dans les services sont identifiées comme les deux principales sources d’inquiétude pour la trajectoire de la désinflation.
- Les salaires réels sont aujourd’hui proches de leur niveau prépandémique dans nombre de pays.
- Risque: si le rythme d’augmentation des prix des biens ne ralentit pas davantage, la montée des prix et des salaires liés aux services pourrait maintenir l’inflation globale à un taux plus élevé que souhaité, compromettant le scénario d’atterrissage en douceur même sans nouveaux chocs.
Risques à court terme et incertitudes de politique
- Les risques demeurent globalement équilibrés, mais deux risques baissiers à court terme se sont accentués.
- Premier risque baissier:
- Nouveaux obstacles à la désinflation dans les pays avancés pourraient contraindre les banques centrales, dont la Réserve fédérale, à maintenir des coûts d’emprunt plus élevés plus longtemps.
- Effets potentiels: intensification des tensions sur le dollar, retombées négatives pour les pays émergents et en développement, compromis de la croissance mondiale.
- Deuxième axe d’incertitude: défis budgétaires et dégradation des finances publiques rendant de nombreux pays plus fragiles qu’anticipé avant la pandémie.
- Priorité indiquée: reconstitution progressive et crédible des marges de manœuvre budgétaires tout en protégeant les plus vulnérables.
- Objectifs: libérer des ressources pour la transition climatique, la sécurité nationale et énergétique, et pour faire face à des chocs inattendus.
- Constats préoccupants:
- Les mesures d’accroissement des réserves sont insuffisantes, amplifiant l’incertitude en matière de politique économique.
- Les programmes d’assainissement budgétaire manquent d’envergure dans trop de pays.
- Un exemple préoccupant: les États-Unis, en situation de plein emploi, conservent une orientation budgétaire qui fait augmenter son ratio dette/PIB à un rythme soutenu.
- Le recours accru des États-Unis aux financements à court terme est également préoccupant.
- Risque: dans un contexte d’alourdissement de la dette, de ralentissement de la croissance et de creusement des déficits, il suffirait de peu pour que les trajectoires d’endettement deviennent nettement moins confortables, en particulier si les marchés élargissent les écarts de rendement sur les obligations d’État, créant des risques d’instabilité financière.
Commerce multilatéral et politique industrielle
- Constat: démantèlement graduel du système commercial multilatéral et multiplication des mesures unilatérales (droits de douane, mesures de politique industrielle) par de plus en plus de pays.
- Évaluation:
- Le système commercial actuel est imparfait et pourrait être amélioré, mais la multiplication des mesures unilatérales a peu de chances de générer une prospérité durable et partagée.
- Effets probables de ces mesures: fausser les échanges et l’allocation des ressources, inciter à la riposte, entraver la croissance, faire baisser les niveaux de vie, et créer de nouveaux obstacles à la coordination des politiques mondiales (ex. transition climatique).
- Recommandation normative: utiliser les instruments commerciaux avec parcimonie, au sein d’un cadre multilatéral, pour corriger des distorsions clairement identifiées, en reconnaissant que le commerce international n’est pas un jeu à somme nulle.
Recommandations pour améliorer les perspectives à moyen terme
- Améliorer durablement les perspectives de croissance à moyen terme en:
- Mettant en place une allocation plus efficiente des ressources dans les pays et entre ces derniers.
- Renforçant les possibilités de formation et l’égalité des chances.
- Promouvant une innovation plus rapide et plus respectueuse de l’environnement.
- Consolidant les cadres stratégiques.
- Rappel macroéconomique: les soldes extérieurs sont principalement déterminés par l’épargne nationale et l’investissement intérieur souhaités, conjugués aux taux mondiaux de rendement du capital; des déséquilibres excessifs ne seront pas résolus par des restrictions commerciales seules.
- Mise en garde finale: huit décennies depuis Bretton Woods montrent qu’une coopération multilatérale constructive demeure le seul moyen d’assurer une économie sûre et prospère pour tous.
Pierre-Olivier Gourinchas, le 16 juillet 2024