Les effets de la guerre au Moyen-Orient sur l’énergie, le commerce et la finance
IMF Blog, April 1, 2026
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- Les effets de la guerre au Moyen-Orient sur l’énergie, le commerce et la finance
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- Authors: Tobias Adrian, Jihad Azour, Nigel Chalk, Pierre-Olivier Gourinchas, Alfred Kammer, Abebe Aemro Selassie, Krishna Srinivasan, Rodrigo Valdes
- Published: April 1, 2026
Contexte général et portée
- Publication : le 1 avril 2026
- Auteur·rice·s : Tobias Adrian, Jihad Azour, Nigel Chalk, Pierre-Olivier Gourinchas, Alfred Kammer, Abebe Aemro Selassie, Krishna Srinivasan, Rodrigo Valdés
- Message central : la guerre au Moyen-Orient constitue un choc mondial mais asymétrique, touchant davantage les pays importateurs d’énergie, les pays pauvres et les pays aux marges de manœuvre budgétaire limitées.
- Calendrier d’analyse à venir : évaluation plus exhaustive dans les Perspectives de l’économie mondiale et le Rapport sur la stabilité financière dans le monde, publiés le 14 avril, et le Moniteur des finances publiques, qui paraîtra le lendemain.
Scénarios d’évolution et conséquences macroéconomiques
- Tous les scénarios conduisent à « une hausse des prix et un ralentissement de la croissance. »
- Scénarios décrits :
- Conflit de courte durée : « provoquer une envolée des cours du pétrole et du gaz avant que les marchés ne s’ajustent. »
- Prolongement du conflit : « maintenir les prix de l’énergie à un niveau élevé et mettre à rude épreuve les pays dépendant des importations. »
- Situation hybride : « tensions persistantes, une énergie toujours onéreuse et une inflation difficile à juguler, dans un contexte restant marqué par l’incertitude et les risques géopolitiques. »
- Facteurs déterminants : durée du conflit, étendue de sa propagation, ampleur des dégâts aux infrastructures et aux chaînes d’approvisionnement.
Prix de l’énergie — vecteur principal
- Canal principal : l’énergie est « le principal vecteur de transmission. »
- Chiffres et faits :
- « 25 à 30 % du pétrole mondial » transitent par le détroit d’Ormuz.
- « 20 % du gaz naturel liquéfié » transite par le détroit d’Ormuz.
- Effets régionaux et par type de pays :
- Pays importateurs : tensions budgétaires accrues, facture des importations alourdie.
- Grands pays manufacturiers asiatiques : hausse des coûts de production et réduction du pouvoir d’achat ; tensions sur la balance des paiements et pressions sur les monnaies.
- Europe : résurgence du spectre de la crise du gaz de 2021–22 ; exposition variable (ex. Italie et Royaume‑Uni plus exposés; France et Espagne mieux protégées par le nucléaire et les renouvelables).
- Pays exportateurs : amélioration potentielle des positions budgétaires et extérieures pour ceux pouvant commercialiser leurs barils; exportateurs contraints voient des gains réduits.
- Risque d’effet persistant : même après reprise du trafic maritime, « l’augmentation des primes de risque et l’incertitude pourraient entraver l’investissement et la croissance. »
Chaînes d’approvisionnement — intrants critiques et non énergétiques
- Impacts immédiats :
- Déroutement des navires-citernes et des porte-conteneurs → augmentation des coûts de fret et d’assurance et rallongement des délais.
- Perturbations du trafic aérien autour des plateformes du Golfe → préjudice au tourisme mondial et complexification des échanges.
- Engrais et aliments :
- « Environ un tiers » des engrais transite par le détroit d’Ormuz ; perturbations augmentent le risque de hausse des prix des denrées alimentaires.
- Interruption au début de la saison des semis dans l’hémisphère Nord → menace sur les rendements et récoltes tout au long de l’année.
- Autres intrants critiques :
- Hélium : le Golfe assure une grande partie de l’approvisionnement mondial en hélium (utilisé pour semi‑conducteurs, imagerie médicale, etc.).
- Nickel : l’Indonésie fournit « à elle seule la moitié du nickel mondial » ; risque de pénurie de soufre nécessaire au traitement du nickel.
- Effets sur pays dépendants du Golfe :
- Pays d’Afrique de l’Est subissent affaiblissement de la demande pour leurs exportations de services, goulets d’étranglement logistiques et diminution des envois de fonds.
Inflation et anticipations d’inflation
- Mécanisme : prix élevés de l’énergie et des denrées alimentaires → alimentent l’inflation mondiale ; hausse des coûts de transport et d’intrants se propage aux prix des biens manufacturés et des services.
- Hétérogénéité régionale :
- Asie et certaines zones d’Amérique latine : inflation initialement faible mise à l’épreuve, en particulier dans les pays aux monnaies plus faibles importatrices d’énergie.
- Europe : nouvelle flambée énergétique s’ajouterait aux difficultés du coût de la vie et augmenterait le risque de revendications salariales plus persistantes.
- Pays à faible revenu (Afrique, certaines zones du Moyen‑Orient, Amérique centrale) : hausse des prix des denrées alimentaires aurait de lourdes conséquences économiques et sociales.
- Parts de la consommation consacrées à l’alimentation :
- Pays à faible revenu : « environ 36 % de la consommation en moyenne »
- Pays émergents : « 20 % »
- Pays avancés : « 9 % »
- Risque sur les anticipations : si agents économiques estiment que l’inflation restera élevée, transmission aux salaires et aux prix possible, compliquant le contrôle sans un ralentissement plus marqué ; « la guerre accroît le risque de voir les anticipations moins solidement ancrées. »
Conditions de financement et marchés financiers
- Effets observés :
- Baisse des cours mondiaux des actions.
- Augmentation des rendements obligataires dans la plupart des grands pays avancés et dans de nombreux pays émergents.
- Volatilité accentuée.
- Durcissement des conditions de financement mondial.
- Hétérogénéité des effets :
- Europe et nombreux pays émergents : hausse des rendements et creusement des écarts de crédit → augmentation de la charge du service de la dette et complications de refinancement pour États et entreprises.
- Afrique subsaharienne et certains pays à faible revenu du Moyen‑Orient et d’Asie du Sud : faibles réserves et accès limité aux marchés rendent les chocs externes plus dangereux ; hausse des factures (carburant, engrais, denrées) creuse les déficits et exerce des pressions sur les monnaies.
- Pays avancés avec marchés profonds et certains exportateurs de produits de base disposant de réserves (ex. l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, ou des pays producteurs d’Amérique latine comme le Brésil et l’Équateur) : mieux à même de supporter les épisodes de tension, sans être immunisés contre l’augmentation des primes de risque.
- Risque additionnel : « les hauts niveaux d’endettement et le resserrement des conditions financières pourraient accroître davantage les coûts de financement de la dette. »
Rôle du FMI et recommandations de politique
- Diagnostic : répercussions « à la fois mondiales et fortement inégales », conduisant à des gains pour certains pays et des difficultés pour d’autres.
- Principes d’action recommandés :
- Politiques publiques judicieuses et soigneusement dosées en fonction des besoins de chaque pays.
- Prudence accrue pour les pays disposant d’une marge de manœuvre budgétaire limitée ou inexistante.
- Action du FMI :
- Intensification de l’appui aux pays membres, en particulier les plus vulnérables, via conseils, développement des capacités et, si nécessaire et en coordination avec la communauté internationale, aide financière.
- Citation : « Dans un monde incertain, davantage de pays ont besoin d’un soutien accru de notre part. Nous sommes là pour le leur apporter. » — Kristalina Georgieva.
- Mise en garde : de nombreux pays ont « des niveaux d’endettement sans précédent », soulevant des inquiétudes sur la viabilité des finances publiques.
Source : Les effets de la guerre au Moyen-Orient sur l’énergie, le commerce et la finance — article publié le 1 avril 2026 par Tobias Adrian, Jihad Azour, Nigel Chalk, Pierre-Olivier Gourinchas, Alfred Kammer, Abebe Aemro Selassie, Krishna Srinivasan et Rodrigo Valdés.