L’Afrique confrontée à des risques grandissants au moment même où les progrès en matière de croissance se concrétisent
IMF Blog, April 23, 2026
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- Authors: Abebe Aemro Selassie
- Published: April 23, 2026
Contexte et performances récentes
- La région d’Afrique subsaharienne a enregistré son taux de croissance le plus élevé depuis 10 ans: 4,5 % en 2025.
- Des pays comme le Bénin, la Côte d’Ivoire, l’Éthiopie et le Rwanda affichaient des taux de croissance supérieurs à 6 %.
- Le taux d’inflation médian était retombé à environ 3,5 %.
- Les niveaux d’endettement public avaient commencé à diminuer.
- Le solde primaire des administrations publiques est aujourd’hui proche de l’équilibre.
- Les améliorations ont résulté de réformes telles que des réalignements de taux de change, une meilleure affectation des dépenses et un resserrement des politiques monétaires.
Impacts du choc provoqué par la guerre au Moyen-Orient
- Le choc a fait augmenter les prix mondiaux du pétrole, du gaz et des engrais, désorganisé les voies commerciales et durci les conditions financières.
- Prévisions actualisées:
- Croissance prévue: ralentissement à 4,3 % cette année.
- L’effet par rapport à la prévision antérieure à la guerre: baisse de 0,3 point de pourcentage.
- L’inflation devrait augmenter.
- Effets différenciés:
- Pays importateurs de pétrole (principalement États fragiles ou à faible revenu): dégradation de la balance commerciale et hausse du coût de la vie.
- Pays exportateurs de pétrole: bénéficient de la hausse des prix mais restent exposés à la volatilité et à la tentation d’une approche procyclique des dépenses.
Risques et scénarios
- Risques accrus si le conflit se prolonge: hausse supplémentaire des prix des produits de base, épisode d’aversion pour le risque sur les marchés mondiaux, ajustements abrupts pour les pays ayant de grands besoins de refinancement.
- Scénario très pessimiste (tel que décrit dans la dernière édition des Perspectives de l’économie mondiale du FMI):
- La production de la région pourrait chuter de 0,6 % par rapport aux prévisions établies avant la guerre.
- L’inflation pourrait afficher 2,4 points de pourcentage de plus.
- Les pays importateurs de pétrole seraient les plus touchés.
Vulnérabilités sociales, alimentaires et climatiques
- Insécurité alimentaire: la région reste fortement vulnérable aux chocs des prix des denrées alimentaires.
- Une hausse de 20 % des cours mondiaux des denrées alimentaires plongerait plus de 20 millions d’habitants de la région dans l’insécurité alimentaire.
- Cela entraînerait 2 millions d’enfants de moins de 5 ans dans une malnutrition aiguë.
- Chocs climatiques récents: inondations au Mozambique et à Madagascar illustrant la vulnérabilité aux intempéries.
- Aide étrangère: baisse sans précédent en 2025, rupture structurelle des flux d’aide, baisses ayant le plus fortement touché les États les plus fragiles et menaçant des services essentiels (les soins de santé, avant tout).
Vulnérabilités liées à la dette et au système financier
- Plus d’un tiers des pays de la région sont déjà surendettés ou présentent un risque élevé de surendettement.
- Dans 21 pays, les déficits budgétaires ont dépassé le niveau stabilisateur de la dette.
- Augmentation des charges d’intérêt et amenuisement des financements concessionnels alourdissent le fardeau du service de la dette et évincent des dépenses de développement.
- Recours accru à l’emprunt intérieur dans certains cas: renforcement des liens entre la dette publique et les bilans des banques, risque d’instabilité financière.
Politiques à court terme (recommandations)
- Ancrer les anticipations d’inflation.
- Protéger les plus vulnérables de la hausse des prix.
- Éviter des politiques budgétaires procycliques.
- Pour les pays exportateurs de pétrole:
- Considérer les recettes exceptionnelles comme des rentrées temporaires.
- Utiliser ces recettes pour reconstituer les réserves et consolider les dispositifs de protection sociale.
- Pour les pays importateurs de pétrole:
- Ceux disposant d’espace budgétaire: apporter un soutien ciblé et limité dans le temps.
- Ceux sans espace budgétaire: améliorer l’efficacité des dépenses et accroître les recettes intérieures.
Réformes structurelles et priorités à moyen terme
- Nécessité d’accélérer les réformes structurelles pour stimuler la croissance et la résilience.
- Mesures prioritaires:
- Améliorer le climat des affaires.
- Renforcer la gouvernance.
- Réformer les entreprises publiques, en particulier dans l’énergie, les transports et les télécommunications.
- Renforcer l’intégration régionale via la Zone de libre-échange continentale africaine pour améliorer la résilience des chaînes d’approvisionnement et ouvrir des marchés.
- Transformation numérique:
- Potentiel: intelligence artificielle aidant l’agriculture, la santé et l’éducation.
- Contraintes: déficits d’infrastructures — seulement 53 % de la population a accès à l’électricité et 38 % à Internet.
- Nécessité d’investissements dans l’électricité, l’accès à Internet, les compétences numériques et la gouvernance des données.
Rôle de la communauté internationale
- Fournir des financements prévisibles, une assistance technique et une aide au développement des capacités.
- Prioriser l’aide vers les pays à faible revenu et les États fragiles lorsque d’autres sources de financement sont limitées.
- Le FMI est déjà profondément engagé en Afrique subsaharienne, avec des programmes dans 22 des 45 pays de la région, et se tient prêt à intensifier son soutien aux pays confrontés à de fortes pressions sur leur balance des paiements en raison de la guerre.
Ce billet de blog s’inspire de l’édition d’avril 2026 des Perspectives économiques régionales pour l’Afrique subsaharienne, « Des progrès durement acquis et mis à l’épreuve », rédigée par Cleary Haines, Michele Fornino, Saad Quayyum, Can Sever, Nikola Spatafora et Felix Vardy.