Washington.
La croissance économique devrait reprendre en Afrique subsaharienne en
2021. Cependant, il sera difficile de trouver la voie de la reprise et de
surmonter les effets de longue durée de la pandémie. Les dirigeants doivent
s’employer à déployer des vaccins, tout en assainissant des bilans publics
qui ont été mis à mal par la crise. Il est plus important que jamais
d’opérer des réformes porteuses de transformations et d’obtenir davantage
d’aide extérieure pour redynamiser la croissance de la région, note le
Fonds monétaire international (FMI) dans son dernier rapport intitulé
Perspectives économiques régionales pour l’Afrique subsaharienne
.
« L’Afrique subsaharienne continue de faire face à une crise sanitaire et
économique sans précédent », a souligné Abebe Aemro Selassie, directeur du
département Afrique du FMI. « Depuis notre dernière évaluation des
perspectives économiques régionales en octobre 2020, la région a subi une
deuxième vague pandémique, de plus grande ampleur et plus rapide que la
première. Beaucoup de pays continuent d’affronter d’autres vagues ou s’y
préparent, d’autant que l’accès aux vaccins reste faible.
« La pandémie a eu des répercussions dévastatrices sur l'économie de la
région. La contraction observée en 2020, estimée à 1,9 %, est un peu moins
grave que prévu en octobre dernier, mais cela reste le pire résultat jamais
enregistré dans la région. Selon nos projections, la croissance régionale
devrait être de 3,4 % en 2021, mais la production par habitant ne
retrouverait son niveau de 2019 qu’après 2022.
« Les difficultés économiques ont provoqué des bouleversements sociaux
considérables et bien trop de personnes ont de nouveau basculé dans la
pauvreté. Dans de nombreux pays, le revenu par habitant ne retrouvera son
niveau d'avant la crise qu’en 2025. Le nombre de personnes vivant dans
l’extrême pauvreté en Afrique subsaharienne a augmenté de plus de 32
millions, selon nos projections. La perte d’apprentissage est énorme : les
étudiants ont manqué 67 jours d’instruction, soit plus de quatre fois plus
que dans les pays avancés.
« L’Afrique subsaharienne sera la région du monde où la croissance sera la
plus lente en 2021 : le manque d’accès aux vaccins et de marge de manœuvre
pour les pouvoirs publics freine la reprise à court terme. Si certains pays
avancés ont obtenu suffisamment de doses pour vacciner leur propre
population plusieurs fois, bon nombre de pays d’Afrique subsaharienne ont
du mal à vacciner leurs travailleurs essentiels de première ligne. Peu
d’entre eux auront accès à des vaccins à grande échelle avant 2023. La
plupart des pays de la région n’ont pas été en mesure de prendre les
mesures extraordinaires de soutien budgétaire et monétaire qui tirent
aujourd’hui la reprise dans les pays avancés.
« Les perspectives de l’Afrique subsaharienne restent exceptionnellement
incertaines. Si les risques liés à la pandémie sont prédominants, d’autres
facteurs tels que l’accès à des financements extérieurs, l’instabilité
politique, la sécurité intérieure ou des chocs climatiques pourraient
mettre en péril la reprise. Sur une note plus positive, un
approvisionnement ou une distribution plus rapide que prévu des vaccins
pourrait rehausser les perspectives à court terme de la région. »
Dans ce contexte, M. Selassie a souligné des priorités d’action :
« La priorité immédiate est de sauver les vies. Il s’agit de dépenser
davantage pour renforcer les systèmes de santé et les mesures
d’endiguement, ainsi que pour acquérir et distribuer des vaccins. Pour la
plupart des pays, le coût de la vaccination de 60 % de la population
exigera une hausse des dépenses de santé pouvant aller jusqu’à 50 %; pour
certains, ce coût pourrait dépasser 2 % du PIB.
« Pour la communauté internationale, assurer une couverture vaccinale pour
l’Afrique subsaharienne constitue un bien public mondial. La diffusion des
vaccins ou de matériel médical ne doit pas être limitée, les mécanismes
multilatéraux tels que le COVAX doivent être financés intégralement et les
doses qui sont excédentaires dans les pays riches doivent être
redistribuées rapidement.
« La deuxième priorité consiste à renforcer la reprise et à entretenir le
potentiel de croissance de la région au moyen de réformes audacieuses et
porteuses de transformations. Les domaines concernés sont notamment le
passage au numérique, l’intégration commerciale, la concurrence, la
transparence et la gouvernance, ainsi que l’atténuation du changement
climatique.
« Pour exécuter ces réformes, tout en assainissant des bilans publics mis à
mal par la crise, des choix difficiles devront être faits. En accroissant
les recettes intérieures, en donnant la priorité aux dépenses essentielles
et en gérant plus efficacement la dette publique, les dirigeants peuvent
créer l’espace budgétaire dont ils ont besoin pour investir dans la reprise
et ramener la dette à un niveau viable.
« Les 17 pays de la région qui présentent un risque élevé de surendettement
ou qui sont déjà en situation de surendettement auront besoin d’une aide
supplémentaire. Pour certains, l’initiative de
suspension du service de la dette du G20 a accordé un répit précieux, en
allégeant le service de la dette de l’ordre de 1,8 milliard de dollars
jusqu’à fin décembre 2020 et peut-être de 4,8 milliards de dollars
supplémentaires au premier semestre de 2021. Pour les pays où un allégement
de plus grande ampleur pourrait être nécessaire, le cadre commun du G20
pour le traitement de la dette peut offrir des solutions qui sont
coordonnées parmi l’ensemble des créanciers et adaptées aux circonstances
de chaque pays.
« La communauté internationale, y compris le FMI, a agi rapidement pour
satisfaire les besoins d’urgence de la région en 2020, mais cette dernière
aura besoin d’une aide supplémentaire pour rattraper le terrain perdu
pendant la crise. Une éventuelle allocation générale de droits de tirage spéciaux du FMI
contribuerait à fournir des liquidités aux pays d’Afrique subsaharienne
les plus vulnérables.
Par ailleurs, pour accroître les dépenses de lutte contre la pandémie,
maintenir des réserves suffisantes et accélérer la convergence des revenus,
les pays à faible revenu d’Afrique subsaharienne font face à des besoins
supplémentaires de financement extérieur d’environ 245 milliards de dollars
sur les cinq prochaines années, le chiffre correspondant pour la région
étant de 425 milliards de dollars. Ces questions
seront examinées en mai lors du sommet international de haut niveau sur le
financement pour l’Afrique. »