Investir dans les réfugiés
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- Investir dans les réfugiés
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- Authors: BRUCE EDWARDS
- Published: June 28, 2022
Contexte et constat principal
- Plus de 4,5 millions de personnes ont fui la guerre en Ukraine.
- Les pays voisins (Pologne, Roumanie, République de Moldova, Hongrie) accueillent actuellement au moins 3 millions de ces 4,5 millions de réfugiés.
- Giovanni Peri : les réfugiés ukrainiens peuvent être un capital humain providentiel pour les pays d’accueil s’ils sont intégrés ; la guerre érode aussi le capital humain de la Russie.
- Giovanni Peri est professeur d’économie à l’Université de Californie à Davis et directeur du Centre mondial des migrations ; il a consacré 15 années d’étude à l’économie des migrations et des migrants.
Caractéristiques spécifiques des réfugiés ukrainiens
- Départ en situation d’urgence, avec peu de planification préalable (besoin immédiat de logement et d’aide élémentaire).
- Trauma vécu pouvant affecter la santé physique et mentale à court terme.
- Immense incertitude sur la durée du conflit et la destination finale.
- Arrivées soudaines et en groupes relativement nombreux.
- Forte présence de femmes parmi les migrants : parfois 70 % dans certains pays (Italie, France, partiellement Allemagne), travaillant majoritairement dans l’hôtellerie, l’aide aux personnes âgées et handicapées, et les services à la personne.
- Diaspora ukrainienne importante au Canada et aux États‑Unis : plus d’un million de personnes.
Incidences budgétaires à court et moyen terme
- Coût potentiel à court terme élevé pour les pays d’accueil.
- Estimation pour l’Union européenne : première année un coût de 8 000 à 10 000 dollars par personne en matière de logement et d’aide.
- Études montrent qu’aux deuxième, troisième et quatrième années, surtout si les réfugiés accèdent au marché du travail et bénéficient de mesures d’accompagnement (emploi, apprentissage de la langue), ils deviennent des actifs productifs ; le revenu qu’ils génèrent dépasse le coût initial.
- Les réfugiés offrent la possibilité d’investir dans le capital humain et de répondre à des pénuries de main‑d’œuvre dans des secteurs comme l’aide à la personne, l’hôtellerie et l’agroalimentaire.
Effets sur le marché du travail et économies locales
- L’impact sur les salaires et la concurrence dépend du nombre de réfugiés recherchant un emploi et des types de postes acceptés.
- Les réfugiés ont tendance à occuper des postes différents de ceux des locaux, limitant la concurrence directe.
- Exemple : Danemark — services d’appariement des réfugiés avec secteurs en pénurie de main‑d’œuvre pour faciliter l’emploi et limiter la concurrence.
- Effet stimulant local : les réfugiés permettent aux entreprises d’embaucher, de se développer et accroissent la demande par leurs dépenses.
Scénarios et conséquences à long terme pour l’Ukraine
- Scénario A : la guerre se termine, l’Ukraine maintient un niveau d’indépendance et d’activité économique incitant un grand nombre de personnes à revenir ; le temps passé à l’étranger peut bénéficier à l’économie locale via commerce, investissements, compétences et esprit d’entreprise.
- Scénario B : la guerre dure longtemps, les gens ne reviennent pas, entraînant une émigration accrue et une fuite des cerveaux ; la diaspora peut être utile si ses membres rentrent dans de bonnes conditions, sinon elle peut accélérer l’émigration.
Conséquences pour la Russie
- La Russie connaissait déjà une fuite des cerveaux et un exode des compétences avant la guerre (poursuite après l’effondrement de l’Union soviétique et après l’invasion de la Crimée).
- Aujourd’hui, des centaines de milliers de Russes souhaitent partir ; les personnes les plus susceptibles de partir sont les ingénieurs, mathématiciens, chercheurs et voix dissidentes.
- À plus long terme, cette hémorragie de compétences peut être très préjudiciable à l’économie russe.
Risques en l’absence d’investissement dans l’intégration
- Sans investissement d’accompagnement immédiat, beaucoup de réfugiés pourraient rester en marge de l’emploi, entraînant :
- chômage et employabilité plus faible ;
- probabilité plus forte de marginalisation, de criminalité et de dépendance ;
- coûts à long terme pour les sociétés d’accueil et pour les réfugiés eux‑mêmes.
Pratiques et recommandations politiques implicites
- Autorisation de circulation libre dans l’Union européenne et accès à l’emploi et à l’école pour les enfants : mesures remarquables et utiles pour l’intégration économique immédiate et à long terme.
- Investir dès la première année dans le logement, l’aide élémentaire, l’accompagnement à l’emploi et l’apprentissage des langues pour transformer le coût initial en gain productif dans les années suivantes.
- Mettre en place des services d’appariement entre réfugiés et secteurs connaissant une pénurie de main‑d’œuvre (exemple cité : Danemark).
- Encourager l’accueil dans pays à capacité d’absorption plus élevée (Allemagne, France, Italie, Suisse), tout en soutenant l’intégration locale dans pays de première arrivée lorsque cela est possible.
Source: Investir dans les réfugiés — FINANCES & DÉVELOPPEMENT, Juin 2022 — https://www.imf.org/fr/publications/fandd/issues/2022/06/investing-in-refugees-cafe-economics