Le Moyen-Orient et le commerce
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- Le Moyen-Orient et le commerce
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- Authors: NASSER SAIDI, AATHIRA PRASAD
- Published: September 29, 2023
Résumé et contexte
- Au cours des vingt dernières années, un basculement de la géographie économique et du commerce vers les pays émergents d’Asie s’est opéré, mais la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MOAN) est restée l’une des moins prépondérantes, avec seulement 7,4 % du total des échanges en 2022.
- Les pays du Golfe (les six pays exportateurs de pétrole du Conseil de coopération du Golfe — Arabie saoudite, Bahreïn, Oman, Qatar, Koweït, Émirats arabes unis) sont à l’origine de l’essentiel du commerce intrarégional et peuvent agir comme catalyseur de l’intégration commerciale régionale.
Caractéristiques du commerce de la région
- Degré d’ouverture : Le total des échanges de biens de la région MOAN en pourcentage du PIB s’élevait à 65,5 % en 2021.
- Commerce intrarégional :
- Le commerce intrarégional représente seulement 17,8 % du total des échanges.
- Il représente 18,5 % du total des exportations.
- Concentration et complexité :
- Forte concentration des exportations dans un petit nombre de produits ou de partenaires.
- Complexité économique limitée et faible participation aux chaînes de valeur mondiales.
- Commerce de services :
- Le commerce de services dans la région MOAN oscillait entre 4 % et 6 % des échanges mondiaux de services ces vingt dernières années.
- Dans la région arabe (hors CCG), la part des exportations intragroupe est restée inférieure à 2 % de leurs courants d’échanges.
Obstacles structurels et réglementaires
- Mesures restrictives et non tarifaires :
- Les pays MOAN appliquent des mesures non tarifaires de plus en plus restrictives, qui ont pratiquement doublé entre 2000 et 2020.
- Absence de normes homogènes et d’harmonisation, formalités administratives omniprésentes et corruption amplifient ces contraintes.
- Barrières au commerce de services :
- Restrictions limitant l’entrée dans des secteurs dominés par des entreprises publiques (par ex. télécommunications).
- Redevances élevées et règles strictes en matière d’autorisations, surtout pour les services professionnels et de transport.
- Infrastructures et facilitation des échanges :
- Qualité des infrastructures liées au commerce et au transport nettement moindre dans les pays MOAN non membres du CCG.
- Retards au port aboutissant à des « temps de transit » excessifs (délais d’attente supérieurs à 12 jours) pour les biens importés dans certains pays.
- Temps d’attente moyens cités : environ 20 jours en Algérie et en Tunisie, contre moins de cinq jours aux Émirats arabes unis (classés parmi les trois premiers pays dans le monde).
Progrès observés et efforts de diversification
- Indicateurs de diversification :
- Le sous-indice relatif au commerce de l’indice mondial de diversification économique montre que certains pays tributaires des produits de base ont progressé en réduisant la dépendance aux exportations de combustibles, en diminuant la concentration des exportations ou en modifiant la composition des exportations.
- Exemple : Arabie saoudite
- Exportations de produits de moyenne et haute technologie passées de moins de 20 % en 2000 à près de 60 % du total des exportations manufacturières avant la pandémie de COVID-19.
- Réformes et nouvelles stratégies :
- Création de zones franches et de zones économiques spéciales pour attirer des investissements, y compris des investissements directs étrangers, dans des industries manufacturières à plus forte valeur ajoutée et de plus haute technologie.
- Investissements dans de nouveaux secteurs : énergies renouvelables, technologies financières, intelligence artificielle.
- Déplacement des courants d’échanges vers l’Asie, au détriment des États-Unis et de l’Europe.
- Sécurité alimentaire et chocs externes :
- La guerre en Ukraine a rappelé les risques pour la sécurité alimentaire : l’Ukraine et la Russie représentaient un tiers des exportations mondiales de blé ; le Liban et la Tunisie importaient d’Ukraine près de 50 % de leur blé.
Rôle potentiel des pays du CCG et recommandations politiques
- Rôle catalyseur du CCG :
- Le poids du CCG dans le commerce intrarégional permet au groupe de piloter l’intégration et la transformation économiques régionales via des investissements dans des infrastructures matérielles et logistiques, et le développement d’un réseau électrique intégré.
- Un réseau électrique du CCG alimenté en énergie renouvelable pourrait être déployé jusqu’en Europe, au Pakistan et en Inde.
- Stratégies d’intégration et d’ouverture :
- Accélérer la mise en œuvre du marché commun du CCG.
- Investir dans le commerce numérique.
- Lever les obstacles tarifaires et non tarifaires et réduire les restrictions aux échanges de services.
- Engager des réformes pour permettre une plus grande mobilité de la main-d’œuvre et renforcer les liens avec les marchés financiers et des capitaux.
- Nouveaux accords commerciaux approfondis :
- Élaborer des accords couvrant non seulement le commerce international, mais aussi : mesures non tarifaires, investissement direct, commerce électronique et services, normes du travail, fiscalité, concurrence, droits de propriété intellectuelle, climat, environnement et marchés publics (dont des mégaprojets).
- Accélérer les négociations autour de nouveaux accords de libre-échange entre le CCG et des partenaires stratégiques dans la région MOAN (dont l’Égypte et la Jordanie) et en Asie (notamment la Chine et la Corée du Sud).
- Les Émirats arabes unis ont signé des accords complets de partenariat économique avec l’Inde, l’Indonésie et la Türkiye couvrant les services, les investissements et les aspects réglementaires du commerce.
- Stratégie d’aide et d’investissement :
- Adopter une stratégie « d’aide au commerce » pour accompagner les partenaires régionaux dans la mise en œuvre de réformes visant à stimuler les échanges : réduire les obstacles à l’activité et à l’investissement, améliorer les infrastructures logistiques et faciliter la circulation des marchandises.
- Opportunités géopolitiques et commerciales :
- Le désengagement de conflits régionaux de longue date et l’établissement de nouveaux liens diplomatiques (par ex. accords d’Abraham) réduisent les risques géopolitiques et favorisent le commerce et l’investissement.
- Le CCG peut tirer parti du découplage et de la fragmentation mondiale en jouant la carte de la mondialisation comme groupe régional via de nouveaux accords commerciaux et d’investissement, l’aide étrangère et des investissements directs et de portefeuille.
Le Moyen-Orient et le commerce — NASSER SAÏDI, AATHIRA PRASAD, Septembre 2023.