Un consensus émerge sur le besoin d’une réforme du FMI
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- Un consensus émerge sur le besoin d’une réforme du FMI
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- Authors: William Ruto
- Published: June 7, 2024
Contexte historique et rôle actuel
- Le FMI a été créé lors de la Conférence de Bretton Woods à laquelle ont participé 44 délégations.
- Le FMI compte aujourd’hui 190 États membres, les 54 pays membres d’Afrique formant le principal groupe régional.
- L’effondrement du système de l’étalon-or et des taux de change fixes, il y a 50 ans, a conduit le FMI à promouvoir des taux de change flexibles.
- Le FMI est devenu une institution de financement du développement, avec un portefeuille actuel de 112 milliards de dollars répartis entre 90 pays.
Portefeuille et concentration des prêts
- Portefeuille total : 112 milliards de dollars répartis entre 90 pays.
- Moyenne par emprunteur : un peu plus de 1,2 milliard de dollars par emprunteur.
- En excluant l’Argentine (32 milliards de dollars), la moyenne tombe à 900 millions de dollars par emprunteur.
- En excluant les trois premiers emprunteurs (Argentine, Égypte et Ukraine), qui représentent 46 % du portefeuille, la moyenne tombe à un peu moins de 700 millions de dollars par emprunteur.
Enjeux mondiaux interconnectés
- Si une conférence analogue à celle de Bretton Woods se tenait aujourd’hui, elle porterait probablement sur le développement et le changement climatique.
- Les récentes conférences mondiales (Sommet des Nations Unies sur les objectifs de développement durable, COP28) montrent une incapacité à relever ces défis principalement à cause de financements insuffisants et de dysfonctionnements du système financier.
- Les pays du Sud seront le moteur indispensable de la future croissance : la part de l’Afrique subsaharienne dans la population active mondiale devrait doubler, pour passer de quelque 13 % aujourd’hui à 25 % d’ici à 2050.
Impacts climatiques récents et besoins de résilience
- Les pays d’Afrique de l’Est et de la Corne de l’Afrique subissent les conséquences de quatre saisons de sécheresse, la pire situation en un demi-siècle.
- Estimation des pertes de bétail : 9,5 millions de têtes, dont 2,4 millions au seul Kenya.
- Inondations récentes : pires depuis El Niño de 1997, causant la mort de plus de 250 personnes au Kenya, en Tanzanie et au Burundi, déplaçant des milliers d’autres et provoquant des dégâts considérables sur biens, cultures et infrastructures.
Quatre volets essentiels d’une réforme du FMI (consensus émergent)
- Instruments de prêt
- Consensus sur la nécessité de décorréler les prêts des systèmes de quotes-parts.
- Critique de l’actuelle « politique en matière d’accès exceptionnel » comme restrictive et appliquant des commissions additionnelles dissuasives.
- Proposition : dissocier les instruments de prêt afin que chacun soit régi par ses propres critères d’octroi et adapté aux interventions des pouvoirs publics répondant à des besoins précis.
- Exemple : la facilité pour la résilience et la durabilité (FRD) exige qu’un pays bénéficie déjà d’un programme du FMI pour y accéder, ce qui est problématique pour des pays exposés au changement climatique avec une bonne gestion économique désirant renforcer leur résilience.
- Droits de tirage spéciaux (DTS)
- L’émission de DTS est un instrument de gestion des crises indispensable.
- Allocation de 2021 : les pays à faible revenu ont reçu seulement 2,4 % de l’allocation de 2021.
- L’ensemble du continent africain a perçu 5,2 % de l’allocation de 2021.
- Les pays développés ont reçu 64 % de l’allocation de 2021.
- Engagements des pays plus riches : réaffecter 100 milliards de dollars de DTS pour aider les pays vulnérables.
- Observation : la lente mobilisation de ces fonds souligne l’inefficience des pratiques actuelles malgré une augmentation de la capacité du FMI et un capital de départ pour la FRD.
- Surendettement
- Les pays en développement font face à une crise de la dette comparable à celle ayant motivé l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés dans les années 90.
- Dernier rapport sur la dette internationale de la Banque mondiale : le nombre de faillites souveraines dans 10 pays ces trois dernières années dépasse le total des 20 années précédentes.
- Écarts de rendement révélateurs : le nombre de pays émergents affichant des écarts de rendement d’au moins 1 000 points de base par rapport aux obligations du Trésor américain comparables est passé de 2 à 20 depuis 2020 (multiplié par 10).
- Recommandation : mettre en place de vastes programmes de refinancement de la dette, similaires au plan Brady, pour soutenir et favoriser un développement durable.
- Réformes de la gouvernance
- Les droits de vote actuels dans les institutions financières internationales ne reflètent pas les réalités économiques et démographiques actuelles.
- Les pays du Sud représentent déjà la moitié du PIB mondial et 80 % de la population mondiale.
- Nécessité d’une représentation plus équitable et d’une indépendance dans les processus décisionnels, conformément aux principes de gouvernance d’entreprise.
Recommandations de politique générale
- Réaliser une réforme de grande ampleur du FMI pour qu’il s’adapte aux défis actuels (changement climatique, pandémies, fragilité économique amplifiée par les chocs mondiaux).
- Décorréler les instruments de prêt des quotes-parts et recalibrer les instruments financiers pour plus de souplesse face aux catastrophes climatiques et sanitaires.
- Faciliter l’accès à la FRD pour des pays vulnérables qui n’ont pas nécessairement un programme du FMI.
- Réformer l’allocation et la réaffectation des DTS pour que les pays à faible revenu et le continent africain reçoivent une part adaptée à leurs besoins.
- Lancer de vastes programmes de refinancement de la dette inspirés du plan Brady pour répondre à la crise actuelle de la dette.
- Réviser la gouvernance des institutions financières internationales pour refléter la contribution et le poids démographique des pays du Sud.
Source : William Ruto, « Un consensus émerge sur le besoin d’une réforme du FMI », FINANCES & DÉVELOPPEMENT, Juin 2024.