Supprimer le frein à la productivité
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- Authors: NAN LI, DIAA NOURELDIN
- Published: September 12, 2024
Résumé principal
- Les réformes visant à corriger la mauvaise répartition des ressources peuvent stimuler suffisamment la productivité pour redynamiser la croissance mondiale qui stagne.
- Sans interventions rapides des pouvoirs publics ou d’avancées technologiques radicales, la croissance mondiale pourrait stagner à 2,8 % d’ici la fin de la décennie, soit une chute de 1 point de pourcentage par rapport aux niveaux prépandémiques.
- Si les pays moins efficients réduisaient leur écart avec les États‑Unis de juste 15 %, la croissance mondiale annuelle gagnerait environ 1,2 point de pourcentage grâce à une stimulation de la productivité et de l’investissement.
Constat sur la trajectoire de la productivité et de la croissance
- Les gains de productivité ont nettement décéléré et représentent plus de la moitié du recul de la croissance mondiale.
- Dans les pays avancés, la croissance annuelle de la productivité est passée de 1,4 % (1995–2000) à 0,4 % après la pandémie.
- Dans les pays émergents, la croissance de la productivité est passée de 2,5 % (2001–07) à 0,8 %.
- Dans les pays à faible revenu, la croissance de la productivité a chuté de 2 % à presque zéro.
- La mauvaise répartition du capital et du travail entre entreprises a freiné la croissance de la productivité d’en moyenne 0,6 point de pourcentage par an.
- Sans aggravation du phénomène, la croissance de la productivité aurait pu être de 50 % supérieure.
- D’après l’étude, les deux tiers de la mauvaise allocation observée sont imputables à des problèmes structurels persistants.
Leviers de la productivité
- Progrès au niveau des entreprises
- Amélioration des technologies, des pratiques de gestion et des processus innovants.
- Les entreprises qui adoptent des technologies avancées et recrutent des talents de premier plan augmentent sensiblement leur productivité.
- Retour décroissant sur l’investissement en recherche et développement (exemple : secteur des semiconducteurs).
- Efficience allocative à l’échelle de l’économie
- Efficacité de la répartition du capital et du travail entre entreprises pour usages productifs.
- Une allocation efficiente favorise la croissance des entreprises les plus productives et la sortie du marché des moins efficientes.
Causes de la mauvaise allocation et interventions possibles
- Principales frictions structurelles
- Obstacles réglementaires, rigidités du marché du travail, difficultés de financement, ouverture insuffisante au commerce.
- Mesures publiques susceptibles d’améliorer l’efficience allocative
- Réduire les barrières à l’entrée et intensifier la concurrence (exemple historique : suppression du « Licence Raj » en Inde à partir de 1991).
- Libéraliser les marchés financiers pour que les entreprises à fort potentiel accèdent aux capitaux nécessaires.
- Atténuer les rigidités du marché du travail pour faciliter la mobilité et mieux faire coïncider offre et demande de travail (exemple : coût du formel et informel au Brésil).
- Réformer la gouvernance et les institutions pour lutter contre la corruption et renforcer la protection des droits de propriété.
- Favoriser un écosystème d’innovation et d’adoption technologique pour réduire les frictions à la réaffectation des moyens de recherche.
Rôle des technologies émergentes
- Technologies mentionnées : intelligence artificielle (IA), puces pour superordinateurs, biotechnologie, technologies vertes.
- Apports de l’IA : optimisation des chaînes d’approvisionnement, réduction des coûts d’exploitation, amélioration du service client, diagnostics médicaux et médecine personnalisée, automatisation manufacturière réduisant erreurs et coûts.
- Les pouvoirs publics doivent créer des conditions qui stimulent l’innovation et l’adoption technologique tout en minimisant les frictions.
Scénario illustratif
- Hypothèse : chaque pays réduit son écart avec le pays le mieux classé en flexibilité du marché du travail, libéralisation des marchés financiers, déréglementation du commerce et réglementation de certains marchés de produits.
- Résultat estimé : une réduction de l’écart avec les États‑Unis de 15 % éliminerait l’effet de freinage de l’inefficience allocative sur la croissance annuelle de la productivité, inverserait la baisse de la productivité et stimulerait la croissance.
- Objectif présenté comme ambitieux mais atteignable au vu des mesures de réforme historiques.
Contexte et défis régionaux (sélections)
- Brésil
- La réforme de 2017 a augmenté la productivité du travail en diminuant les conflits du travail et les coûts associés.
- La réforme de 2023 concernant la taxe à la valeur ajoutée devrait améliorer la répartition des ressources, encourager l’investissement et faire progresser les activités dans le secteur formel, rehaussant ainsi la croissance économique de 0,3 0,5 point de pourcentage par an.
- L’augmentation de la production d’hydrocarbures et les investissements dans la croissance verte peuvent accroître le potentiel.
- Chine
- Transformation rapide et intégration mondiale ont produit des gains importants, mais la croissance ralentit en raison du vieillissement et de gains de productivité plus faibles.
- L’efficience allocative a diminué dans le secteur des services; des entreprises de services peu productives accaparent trop de parts de marché.
- Priorités : réformer les entreprises d’État, supprimer barrières protectionnistes, ouvrir davantage au commerce international des services.
- Zone euro
- Depuis les années 90, la productivité augmente moins vite qu’aux États‑Unis; déficit d’innovations comparables.
- Absence d’un marché unique pleinement intégré pour produits, services, capitaux et travail limite économies d’échelle et développement des start‑ups disruptives.
- Régimes de faillite inefficaces freinent la sortie des entreprises improductives et la réaffectation des ressources; population vieillissante et inadéquation des compétences découragent la rotation de l’emploi.
- Renforcer le marché unique améliorerait concurrence et efficience allocative.
- Japon
- Amélioration de la productivité totale des facteurs dans les années 2010 via innovation et dématérialisation, mais gains récents ont ralenti.
- Dépenses élevées en R‑D rapportées au PIB, sans avancées technologiques suffisantes pour retrouver niveaux historiques.
- Écart croissant entre entreprises très productives et peu productives freine l’efficience allocative (entreprises peu performantes persistent et retardent la fermeture et la sortie du marché).
Messages clés pour les décideurs
- Corriger la mauvaise allocation des ressources est une voie substantielle et praticable pour relancer la productivité et la croissance mondiale.
- Les réformes structurelles portant sur la réglementation, le marché du travail, les marchés financiers, la gouvernance et l’ouverture commerciale sont essentielles.
- L’adoption et la diffusion des technologies émergentes doivent être encouragées par un cadre public qui stimule l’innovation et minimise les frictions à la réaffectation.
- Des actions coordonnées et ciblées peuvent permettre de retrouver une trajectoire de croissance plus élevée et d’accroître les niveaux de vie, les recettes fiscales et les investissements nécessaires, y compris pour la transition climatique.
Supprimer le frein à la productivité — NAN LI, DIAA NOURELDIN, Septembre 2024 (FINANCES & DÉVELOPPEMENT).