La complexité des défis au Sahel
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- La complexité des défis au Sahel
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- Authors: GILLES YABI
- Published: September 13, 2024
Aperçu
- L’insécurité, l’instabilité politique et la faiblesse des institutions compromettent les chances d’un progrès économique partagé.
- Auteur : GILLES YABI, fondateur et directeur exécutif de WATHI et chercheur non résident pour le programme Afrique du Carnegie Endowment for International Peace.
- Publication : FINANCES & DÉVELOPPEMENT, Septembre 2024.
Instabilité politique et insécurité
- Le Sahel central a vu l’enracinement de plusieurs groupes armés non étatiques, dont des terroristes, au cours des douze dernières années.
- Selon l’Indice mondial du terrorisme de 2024, le Burkina Faso, le Mali et le Niger font partie des 10 pays les plus touchés par le terrorisme dans le monde.
- Coups d’État et chronologie :
- Mali : putsch en deux temps en septembre 2020 et avril 2021.
- Burkina Faso : coup d’État en janvier 2022 et un autre en septembre 2022.
- Niger : coup d’État en juillet 2023.
- Causes et dynamiques :
- Mélange de motivations, allant d’une volonté sincère d’améliorer la sécurité à l’appât du pouvoir et des privilèges.
- Les militaires ont tiré parti de la frustration populaire face à la dégradation de la sécurité et à l’absence de progrès économiques et sociaux malgré des gouvernements élus.
- Les militaires exerceront vraisemblablement une forte influence sur le pouvoir politique dans la région pour plusieurs années à venir.
- Conséquences sociales :
- Fermeture des écoles, déplacements internes et appauvrissement des familles ont réduit l’acquisition de connaissances et d’aptitudes chez la génération actuelle d’adolescents et d’enfants.
- Risque accru que ces jeunes sombrent dans la criminalité et le terrorisme, prolongeant les crises sécuritaires et politiques.
Rôle de l’histoire et construction des États
- Fragilité liée à la construction difficile des institutions politiques, économiques et sociales, dont la structure est héritée de l’ère coloniale française.
- Ce sont de jeunes États indépendants ; seules quelques dizaines d’années se sont écoulées depuis le début de la construction d’institutions devant inspirer confiance à des populations très diverses sur les plans ethnique, culturel et linguistique.
- Crises économiques et financières des années 80 et 90 suivies d’une stabilisation macroéconomique et d’un ajustement structurel ont réduit le potentiel d’action des États et accru leur dépendance vis‑à‑vis des institutions internationales.
- Le multipartisme et les élections pluralistes sont revenus, mais les bases du processus de démocratisation sont restées fragiles et les dispositions constitutionnelles ne se sont pas toujours traduites dans la pratique politique.
Les « prisons du pouvoir »
- Synthèse du diagnostic de Jean‑Pierre Olivier de Sardan (2015) sur les mécanismes de la mauvaise gouvernance :
- Quatre « prisons du pouvoir » et leurs gardiens : les grands commerçants ; les militants, alliés et courtisans ; les bureaucrates ; et les experts internationaux.
- Processus de captation des postes et des ressources : dirigeants qui distribuent ministères et postes pour satisfaire groupes d’intérêt, engendrant clientélisme et petites corruption.
- Influence des grands commerçants cherchant rendement sur investissement sous forme de protection, bienveillance fiscale, placement d’alliés à des postes stratégiques, ou passations de marchés.
- Rôle du système de l’aide internationale : aide projet, aide sectorielle et aide budgétaire mêlées, induisant une dépendance malsaine et paralysante qui alimente des politiques publiques inefficaces.
- Ces dynamiques relient corruption, dysfonctionnement de l’État, mauvaise qualité des services publics et stagnation des conditions de vie, et elles existent dans la plupart des États d’Afrique de l’Ouest et ailleurs, avec des variations d’ampleur et de complexité.
- Les crises sécuritaires s’ajoutent à ces facteurs et complexifient davantage la situation.
Investir dans les institutions et le capital humain — recommandations
- Renforcer les institutions en privilégiant l’efficacité et l’intégrité pour restreindre l’accaparement de l’État par des groupes proches du pouvoir.
- Actions proposées par WATHI :
- Renforcement des institutions qui contrôlent l’utilisation des ressources publiques.
- Lutte contre la corruption.
- Institutionnalisation de la participation citoyenne au débat sur les politiques publiques comme composante essentielle de la gouvernance démocratique.
- Approche institutionnelle délibérée pour réduire les inégalités entre territoires au sein des pays en suivant les progrès réalisés en matière de prestation de services publics.
- Rôle des institutions financières internationales :
- Prêter une plus grande attention au contexte local dans chaque pays et aux effets négatifs des interventions extérieures, en particulier dans le Sahel.
- Coopérer avec les pays de la région pour privilégier les investissements et les réformes en matière d’éducation et de formation professionnelle.
- Priorités sectorielles pour dynamiser les économies locales :
- Production agricole.
- Élevage du bétail.
- Transformation à petite échelle des ressources naturelles.
- Argument central : le progrès économique et social durable dépend d’une réorientation de l’action vers le développement d’institutions et l’investissement dans le capital humain, distingant le développement durable de la croissance économique à court terme.
Contexte régional et perspectives
- Malgré la pandémie de COVID-19 et la guerre en Ukraine, plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest (notamment le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Sénégal) ont connu une croissance économique remarquable ces dernières années.
- La pérennité de cette croissance dépend du maintien de la sécurité sur leurs territoires et de la perception du risque, qui est affectée par la situation au Sahel.
La complexité des défis au Sahel, Finances & Développement, GILLES YABI, Septembre 2024.