Le débat sur la baisse de la fécondité
Source details
- Canonical URL
- Le débat sur la baisse de la fécondité
Other formats
Bibliographic details
- Authors: DAVID E BLOOM, MICHAEL KUHN, KLAUS PRETTNER
- Published: June 23, 2025
Aperçu
- Un déclin de la population mondiale d’ici la fin du siècle pourrait mettre en péril le progrès humain, ou au contraire améliorer les conditions de vie.
- Les taux de fécondité mondiaux sont à la baisse depuis des décennies et atteignent aujourd’hui des niveaux historiquement bas.
- L’élan de croissance démographique s’essouffle principalement en raison du ralentissement de la fécondité.
- Les réponses politiques possibles incluent des mesures pour encourager la fécondité, des ajustements aux politiques migratoires, l’expansion de l’éducation et des initiatives pour doper l’innovation, conjointement à l’adaptation aux avancées de la dématérialisation, de l’automatisation et de l’intelligence artificielle.
Taux de fécondité (observations et projections)
- En 1950, le taux de fécondité total mondial était de 5 enfants par femme, selon la Division de la population de l’Organisation des Nations Unies.
- Le seuil de stabilité démographique à long terme est de 2,1 enfants par femme.
- En 2000, la population mondiale était de 6,2 milliards.
- En 2025, la population mondiale dépasse 8 milliards.
- Le taux de fécondité mondial actuel (période récente) est de 2,24 et devrait passer sous le seuil de 2,1 vers 2050 (graphique 1).
- Selon l’agence de l’ONU, la population mondiale devrait culminer à 10,3 milliards de personnes en 2084.
- Les projections mondiales pour 2050 vont de 8,9 milliards de personnes à plus de 10 milliards, avec des taux de fécondité situés entre 1,61 et 2,59.
- Les exceptions à la baisse sont l’Afrique et quelques pays à faible revenu où les taux de fécondité restent à 4 ou plus.
- La part de l’Afrique dans la population mondiale passera selon toute vraisemblance de 19 % en 2025 à 26 % en 2050.
- Pour la période 2000–25, il y a une baisse des taux de fécondité dans l’ensemble des groupes régionaux de l’ONU et dans chaque catégorie de pays de la Banque mondiale.
- Au cours des 25 prochaines années, 38 nations comptant chacune plus d’un million d’habitants devraient enregistrer un recul démographique — contre 21 pour les 25 dernières années.
- Déclin démographique projeté pour certains pays sur le prochain quart de siècle :
- Chine : 155,8 millions d’habitants en moins
- Japon : 18 millions en moins
- Russie : 7,9 millions en moins
- Italie : 7,3 millions en moins
- Ukraine : 7 millions en moins
- Corée du Sud : 6,5 millions en moins
- En valeur relative, la République de Moldova et la Bosnie-Herzégovine connaîtront le déclin annuel moyen le plus prononcé (0,9 %), suivies de l’Albanie, la Bulgarie et la Lituanie (0,8 %), et la Lettonie et l’Ukraine (0,7 %).
- Exemple historique de contraste : lors de l’épidémie de Peste noire (1346–1353), l’Europe occidentale perdit plus d’un quart de sa population, représentant un déclin annuel moyen d’au moins 4 %. À titre de comparaison, la population de la République de Moldova a diminué d’environ 1 % par an depuis 2000.
- Entre 2025 et 2050, dans les pays où la population diminue, la proportion de personnes âgées de 65 ans ou plus va quasiment doubler, passant de 17,3 % à 30,9 %. Dans les pays à population stable ou croissante, cette tranche d’âge passera de 3,2 % à 5,5 %.
Défis associés à une faible fécondité
- Réduction du nombre de travailleurs, d’épargnants et de consommateurs pouvant provoquer une récession économique.
- Raréfaction des chercheurs, inventeurs, scientifiques et moteurs d’innovation, avec risque de réduction radicale du nombre d’idées nouvelles (référence à l’argument de Charles Jones, 2022).
- Part grandissante de personnes âgées pesant sur la croissance via besoins en soins de longue durée, dépenses de santé et protection sociale.
- Effets sur la puissance militaire et l’influence politique internationale d’un pays en raison d’une croissance démographique lente ou négative.
- Impacts collatéraux : baisse du PIB par habitant, ralentissement de l’innovation et défis liés à la prise en charge d’une population vieillissante.
Opportunités économiques et contrepoids
- Moindre nombre d’enfants et population réduite entraînant des dépenses moindres en matière de logement et de garde d’enfants, libérant des ressources pour la R&D et l’adoption de technologies de pointe.
- La baisse de la fécondité peut stimuler la participation au marché du travail, particulièrement chez les femmes, accroître l’épargne et favoriser l’accumulation de capital physique et humain.
- La dynamique post–baby-boom a généré un dividende démographique contribuant à hauteur de 2 à 3 points de pourcentage à la croissance du revenu par habitant dans de nombreux pays.
- La qualité et les caractéristiques génératrices de valeur de la population (santé, éducation) sont plus déterminantes que la taille pure pour la capacité à innover.
- Thèse d’Oded Galor : recul de la fécondité conjugué à l’élévation du niveau d’éducation favorisera la formation de capital humain et une prospérité accrue à long terme.
- Le déclin démographique pourrait réduire les pressions environnementales : pollution des sols, de l’air et de l’eau ; changement climatique ; déboisement ; perte de biodiversité.
Adaptation, politiques et recommandations
- Il n’y a rien d’intrinsèquement problématique à ce qu’une économie se développe ou se contracte au même rythme que sa population, mais les effets collatéraux justifient une attention politique.
- Les politiques de fécondité efficaces sont notoirement difficiles à mettre en œuvre ; la chute de la natalité peut refléter des préférences sociétales à accepter.
- Exemples de mesures déjà prises :
- Corée du Sud : hausse récente du taux de fécondité — la première en neuf ans.
- Chine : abolition de la politique de l’enfant unique.
- Japon : introduction de modalités de travail flexibles.
- Plusieurs pays européens : restructuration des systèmes de sécurité sociale pour garantir la viabilité.
- Politiques familiales pouvant encourager la hausse de la fécondité :
- Allégements fiscaux pour les familles nombreuses.
- Congés parentaux plus longs et plus flexibles.
- Services de garde publics ou subventionnés.
- Aides pour les traitements contre l’infertilité.
- Mesures complémentaires et structurantes :
- Améliorations de l’accès et de la qualité de l’éducation pour renforcer la capacité d’innovation.
- Modification des politiques de retraite, tel le relèvement de l’âge de départ, pour prévenir la contraction de la main-d’œuvre.
- Combinaisons de politiques (familiales, éducatives, santé, retraites) déployées conjointement pour une plus grande efficacité.
- Investissement soutenu dans la santé et l’éducation des jeunes et des adultes dans la force de l’âge pour maintenir productivité et compétences au-delà de l’âge habituel de la retraite.
- Besoin d’attention aux mutations du monde du travail : dématérialisation, robotique, automatisation et intelligence artificielle, qui bouleverseront la nature des emplois et pourraient affecter les tendances et les niveaux de fécondité.
Conclusions clés
- Le XXIe siècle marque une transition d’une croissance démographique rapide au XXe siècle vers un dépeuplement caractérisé par une baisse continue de la fécondité et une augmentation sans précédent du nombre de personnes âgées.
- Les décideurs doivent prêter attention aux données émergentes et au discours mondial sur les retombées économiques et sociales, et développer des stratégies viables d’adaptation, même s’il sera peut-être impossible de remédier à toutes les conséquences.
Article de David E. Bloom, Michael Kuhn et Klaus Prettner, FINANCES & DÉVELOPPEMENT, Juin 2025.