Le multilatéralisme peut survivre à la perte de consensus
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- Authors: DANNY QUAH
- Published: September 3, 2025
Constat et enjeux
- La concurrence géopolitique affaiblit le système multilatéral qui a contribué à maintenir la stabilité mondiale depuis la guerre froide.
- Le multilatéralisme s’essouffle non seulement à cause de la concurrence géopolitique, mais parce qu’il constitue « un bien public mondial onéreux » dont les coûts sont inégalement répartis entre les pays.
- Exemples de problèmes urgents affectés par l’affaiblissement du multilatéralisme : la crise climatique, l’encadrement de la concurrence économique et du commerce mondial, la réglementation de l’intelligence artificielle, la stabilité financière mondiale et la gestion des pandémies.
Arguments centraux
- La concurrence géopolitique peut parfois stimuler la coopération internationale (exemples historiques : initiatives des présidents Dwight Eisenhower et John Kennedy).
- Même entre rivaux, il existe des objectifs communs: la viabilité de la planète, la maîtrise et confinement des pandémies par des sauvegardes de santé publique, et des politiques économiques promouvant la prospérité partagée.
- Le désaccord porte souvent sur les moyens et sur la répartition des coûts et des bénéfices (p. ex., répartition des obligations de lutte contre le changement climatique entre émetteurs passés et présents).
Rôle des puissances intermédiaires et des incitations
- Les petits pays pauvres manquent des ressources pour fournir certains biens publics mondiaux (p. ex., patrouiller en haute mer, injecter des milliers de milliards de dollars en période de crise).
- Les puissances intermédiaires — pays disposant d’un arsenal économique et financier suffisant — pourraient remplacer les poids lourds, surtout si elles sont peu impliquées dans de grandes rivalités et attachées à un ordre fondé sur les règles.
- Les puissances intermédiaires peuvent toutefois renoncer au multilatéralisme si les incitations sont décroissantes; il faut donc aligner les incitations et non compter uniquement sur la taille des pays.
- La pérennité du système international dépend de l’alignement des incitations et de contributions qui dégagent des gains palpables pour tous.
Trois pistes proposées pour restaurer la coopération internationale
- Coopération par inadvertance
- Définition: coopération qui survient même quand les pays sont en désaccord, « faire le bien même si les raisons ne sont pas les bonnes ».
- Exemples:
- Développement rapide des vaccins durant la pandémie de COVID grâce à la technologie mRNA et à la concurrence entre entreprises pharmaceutiques; résultat bénéfique pour tous.
- Subventions nationales à la production de véhicules électriques pouvant être une riposte à des subventions jugées déloyales, mais qui augmentent la disponibilité de véhicules propres et réduisent les émissions de carbone au bénéfice général.
- Dilemme du prisonnier (rôle des petits pays)
- Les actions centrées sur l’intérêt national peuvent produire un dilemme du prisonnier aux conséquences collectives désastreuses.
- Les petits pays peuvent donner « un coup de pouce » pour persuader les grands pays d’adopter des mesures collectives avantageuses (p. ex., convaincre les pays avancés d’ouvrir davantage leurs marchés aux pays émergents afin d’atténuer les effets négatifs et réduire les incitations à l’émigration).
- Le coup de pouce des petits pays peut aider les autres à faire ce qu’ils souhaiteraient faire mais qu’ils évitent par crainte de perdre du terrain face à leurs adversaires.
- Multilatéralisme pionnier
- Définition: sous-groupes de pays attachés au multilatéralisme continuent de collaborer et de promouvoir des structures fondées sur les règles.
- Exemples concrets:
- Le Mécanisme d’appel provisoire multipartite (MPIA) de l’Organisation mondiale du commerce fournit un processus d’appel indépendant lorsque l’instance d’appel principale ne peut siéger faute de quorum. Depuis 2020, le nombre de pays qui ont rejoint le MPIA a triplé, et ils sont aujourd’hui plus d’une cinquantaine.
- L’Accord de partenariat économique global régional, signé par 15 pays, est un accord de libre-échange inclusif engageant des pays politiquement divers (ASEAN, Australie, Chine, Japon, Nouvelle-Zélande, Corée du Sud) et visant à établir un ordre basé sur les règles.
- Cette approche est comparable à ce que le FMI appelle « multilatéralisme pragmatique ».
Conclusion synthétique
- Malgré l’absence de consensus entre rivaux géopolitiques, la coopération internationale peut progresser par:
- la coopération par inadvertance,
- la capacité des petits pays à débloquer des impasses collectives,
- et le multilatéralisme pionnier fondé sur des coalitions de pays attachés aux règles.
- Ces mécanismes peuvent permettre de restaurer « ce que le système international offre de mieux » même en contexte de polarisation.
DANNY QUAH, FINANCES & DÉVELOPPEMENT