Les aléas de l’incertitude
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- Authors: HITES AHIR, NICHOLAS BLOOM, DAVIDE FURCERI
- Published: September 3, 2025
Aperçu général
- Les différents indicateurs d’incertitude ne concordent pas : certains (analyses textuelles) sont au rouge, d’autres (marchés financiers) au vert/orange, et d’autres (enquêtes auprès des entreprises) relativement stables.
- Cette divergence importe : une montée de l’incertitude peut freiner l’investissement et la consommation, secouer les marchés et annoncer une récession.
Mesure de l’incertitude — principales approches
- Indicateurs fondés sur les analyses textuelles
- Indice d’incertitude des politiques économiques (EPU) de Baker, Bloom et Davis (2016) : compile des articles de centaines de journaux en repérant des termes liés à l’économie, à la politique économique et à l’incertitude.
- Indice mondial d’incertitude (World Uncertainty Index ou WUI) : fréquence du terme uncertain dans les fiches pays de l’Economist Intelligence Unit couvrant 71 pays, publié mensuellement.
- Observation : en 2025, l’EPU des États-Unis a bondi à des niveaux sans précédent ; le WUI affiche un profil similaire.
- Indicateurs de marché
- Indice VIX (Chicago Board Options Exchange) : volatilité implicite à un mois du S&P 500, 32 ans d’historique.
- Observation : les maximas du VIX coïncident historiquement avec les crises (Asie/Russie 1997–1998, crise financière 2008, plafond de la dette 2011, pandémie 2020). Depuis le début de 2025, le VIX enregistre des niveaux élevés (32 en avril) mais moins marqués que lors d’épisodes antérieurs.
- Indice MOVE (volatilité implicite des rendements obligataires de l’Intercontinental Exchange Bank of America) : portrait comparable — incertitude grandissante, mais non extrême.
- Enquêtes auprès des entreprises
- US Survey of Business Uncertainty (SBU) — Banque de réserve fédérale d’Atlanta : près de 1 000 sociétés américaines chaque mois; collecte des prévisions de chiffre d’affaires.
- Historique : incertitude a pratiquement doublé entre janvier et mai 2020 puis s’est repliée ; jusqu’à la fin juin 2025, pas de sursaut notable.
- Observation additionnelle : les dirigeants avaient sensiblement accru leurs prévisions de croissance du chiffre d’affaires après l’élection de Donald Trump en novembre 2024, puis les prévisions ont baissé au printemps 2025 avec l’éclatement des « guerres tarifaires ».
- Decision Maker Panel (Royaume‑Uni) : environ 2 500 entreprises interrogées chaque mois; profil similaire à l’indicateur américain (pic durant la pandémie, pas de hausse récente).
Interprétation de la divergence entre indicateurs
- Raisons possibles de la divergence
- Biais des analyses textuelles : attention médiatique intense portée au gouvernement Trump pouvant gonfler les indicateurs textuels.
- Portée et horizon : indices de marchés et d’enquêtes sont davantage axés sur le court terme et centrés sur les États‑Unis, tandis que les analyses textuelles peuvent capter une incertitude mondiale plus durable.
- Conclusion des auteurs : la réalité est probablement intermédiaire — l’incertitude mondiale s’est accrue, mais pas au niveau extrême indiqué par les analyses textuelles.
Effets économiques de l’incertitude
- Mécanismes théoriques
- Options réelles : face à une incertitude accrue, la valeur d’option du report est élevée, conduisant les entreprises à retarder des investissements non réversibles.
- Réversibilité : si les décisions sont facilement réversibles (embauche à temps partiel, location de matériel), l’effet de blocage est moindre.
- Consommation : achats de biens durables (logements, mobilier, automobiles) et déménagements peuvent être reportés lorsque l’incertitude sur le revenu augmente.
- Coûts de financement : incertitude accroît les primes de risque et peut renchérir l’emprunt, multipliant les probabilités de défaut.
- Preuves empiriques synthétisées
- Une incertitude élevée réduit fortement l’investissement, et dans une moindre mesure l’emploi et la consommation, tout en alimentant les cycles conjoncturels.
- Ces effets se renforcent lorsque les conditions financières se durcissent (incertitude et frictions financières peuvent se multiplier réciproquement).
Scénarios et projections
- Scénario pessimiste (basé sur analyses textuelles très élevées)
- Une montée de l’incertitude de l’ampleur signalée par les indicateurs textuels pourrait nuire gravement à la croissance et éventuellement entraîner une récession mondiale.
- Scénario intermédiaire (auteurs jugent le plus probable)
- L’incertitude a dépassé ses niveaux à long terme mais n’atteint pas les sommets de la crise financière mondiale ou de la pandémie.
- Conséquence attendue : ralentissement de la croissance via une réduction de l’investissement, de l’embauche et des dépenses en biens durables, vraisemblablement d’ici la fin 2025 et en 2026.
- Temporalité : les effets mettent de 6 à 18 mois à se manifester (Caldara et Iacoviello, 2022).
- Scénario optimiste (basé sur enquêtes auprès des entreprises)
- Si les enquêtes sont exactes, l’incertitude aurait à peine changé durant l’année écoulée, ce qui impliquerait un impact limité sur la croissance.
Conclusion synthétique et implication pour les décideurs
- Évaluation des auteurs : l’incertitude n’est pas aussi grande que laissent entendre les analyses textuelles, mais elle n’est pas non plus aussi faible que le suggèrent les enquêtes d’entreprises.
- Effet attendu : un ralentissement économique notable, mais pas une récession mondiale majeure, avec impacts concentrés sur l’investissement, l’emploi et les biens durables d’ici fin 2025–2026.
Les opinions exprimées sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement la politique du FMI.