L’IA peut stimuler la croissance mondiale
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- Authors: MARCELLO ESTEVAO
- Published: March 3, 2026
Points clés et constat général
- L’intelligence artificielle (IA) alimente les débats économiques et stimule la croissance dans certaines économies et secteurs.
- Aux États-Unis, les investissements liés à l’IA soutiennent une part importante de la croissance du PIB, augmentant la demande de serveurs, de centres de stockage de données, de logiciels et d’infrastructures électriques.
- La croissance mondiale se concentre de plus en plus dans une poignée de secteurs et de régions, sans effondrement mais avec une forte concentration.
Faits saillants quantitatifs et observables
- Au troisième trimestre 2025, l’investissement dans les équipements de traitement de données et les logiciels a bondi de 16,5 % par rapport à l’année précédente.
- Estimation mentionnée : les centres de stockage de données pourraient demander 6 700 milliards de dollars de dépenses en capital à l’échelle mondiale d’ici 2030.
Mesure du capital immatériel — limites et paradoxes statistiques
- Les cadres de comptabilité nationale actuels ont été conçus pour l’âge industriel et peinent à capter la valeur des données, algorithmes, modèles d’IA propriétaires et infrastructures cloud.
- Les coûts d’entraînement de grands modèles, de perfectionnement de jeux de données et de création d’applications sont souvent comptabilisés en charges plutôt qu’en formation de capital.
- Conséquence : les données du PIB peuvent à la fois surestimer la contribution immédiate de l’IA (en comptabilisant des dépenses massives en capital) et sous-estimer ses effets larges sur la productivité.
- Risques pour la politique : mauvaise interprétation des capacités inutilisées et de l’origine de l’inflation, conduisant à des orientations monétaires trop restrictives ou trop accommodantes.
Effets macroéconomiques et contraintes d’offre
- L’essor de l’IA est très intensif en capital et nécessite une puissance de calcul et une infrastructure physique à grande échelle, assimilant l’IA à une technologie de type « électricité » demandant des investissements continus.
- La production d’électricité et la capacité des réseaux deviennent des variables macroéconomiques critiques ; des goulets d’étranglement énergétiques peuvent :
- retarder la diffusion de l’IA,
- établir durablement des niveaux élevés d’inflation hors alimentation et énergie,
- générer des surchauffes localisées malgré un ralentissement d’autres secteurs.
- L’investissement dans les réseaux atténue la distinction entre politique industrielle et politique macroéconomique.
Nouvelles géographies, chaînes d’approvisionnement et mouvements de capitaux
- Importations et exportations d’ordinateurs, serveurs et semiconducteurs ont bondi, entraînant une réorganisation des chaînes d’approvisionnement.
- La fabrication et l’assemblage se réorientent vers l’Asie du Sud-Est, l’Inde, et des pôles spécialisés au Texas et dans d’autres États américains bordant le golfe du Mexique.
- Rerégionalisation plutôt que démondialisation : interdépendance réorganisée avec États-Unis et Chine toujours dominants, Europe mobilisant sa politique industrielle.
- Distinction entre participation numérique (utilisation d’outils importés) et profondeur numérique (capacité à produire/exporter et intégrer les biens et services numériques) :
- Pays émergents dotés de profondeur numérique (Chine, Inde, Corée, et un petit groupe de pôles spécialisés) attirent des IDE plus stables.
- D’autres pays restent principalement consommateurs de technologies importées, dépendant davantage de flux de portefeuille volatils.
- Concentration des dépenses en capital liées à l’IA et des espérances de gains de productivité au profit d’un petit nombre de géants technologiques (hyperscalers), avec valorisations boursières et liquidités élevées.
Diffusion de l’IA : risques de concentration vs bénéfices généralisés
- Les technologies généralistes ont besoin d’années d’investissements complémentaires (compétences, pratiques de gestion, institutions) pour livrer des gains de productivité larges ; l’électricité et l’informatique ont mis des décennies à diffuser.
- Scénarios possibles :
- Diffusion limitée (apanage des hyperscalers) → rendement plafonné, vulnérabilité après le pic d’investissement.
- Diffusion large (application étendue à de nombreux secteurs) → relèvement du potentiel de production.
- Observations d’enquêtes : beaucoup d’entreprises explorent l’IA, mais un petit nombre a généralisé son usage.
- Risque de volatilité macroéconomique : poussées d’investissement suivies de pauses d’ajustement, compliquant l’interprétation statistique par les pouvoirs publics.
Enjeux de politique et recommandations succinctes
- Rénover les appareils statistiques pour mieux appréhender le capital immatériel (données, algorithmes, modèles, infrastructure cloud).
- Adapter les outils de politique budgétaire et monétaire pour tenir compte :
- de la divergence entre secteurs,
- des nouvelles contraintes d’offre (énergie, réseaux, infrastructures).
- Renforcer la coopération internationale pour que la diffusion de l’IA ne profite pas seulement à un petit nombre de pays.
- Pour les pays émergents : envisager prudemment les opportunités de l’IA, en veillant à ne pas substituer une énergie bon marché et une réglementation favorable à une compétitivité durable.
Marcello Estevão, « L’IA peut stimuler la croissance mondiale », article dans Finances & Développement.