Le Nouveau Visage De La Dette Africaine
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- Le Nouveau Visage De La Dette Africaine
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- Authors: AMADOU SY, Athene Laws
- Published: March 3, 2026
Transformation et contexte historique
- À l’orée du XXIe siècle, les pays d’Afrique subsaharienne s’endettaient massivement à l’étranger, en particulier auprès d’institutions bilatérales et multilatérales sous forme de prêts concessionnels.
- Après l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés et une forte croissance économique, de nombreux pays ont émis des euro-obligations, généralement libellées en dollar ou en euro.
- En 2022, la hausse des taux d'intérêt internationaux et le durcissement des conditions de financement mondiales ont évincé de nombreux pays des marchés mondiaux.
- Entre le printemps 2022 et janvier 2024, la région a connu un gel des émissions d’euro-obligations (aucun pays subsaharien n’en a émis sur cette période), poussant les États vers les marchés intérieurs.
- Depuis, la dette des pays d’Afrique subsaharienne est principalement composée d’emprunts intérieurs.
Avantages de l’endettement intérieur
- Emprunter dans la monnaie nationale protège contre les variations brutales des taux de change et évite d’utiliser les réserves en devises pour le service de la dette.
- La dette intérieure est soumise à la législation nationale, ce qui rend sa gestion plus simple et prévisible.
- Moindre exposition à la volatilité de la confiance des investisseurs internationaux et aux fluctuations des taux d’intérêt mondiaux.
- Marchés intérieurs de la dette peuvent:
- fournir des instruments pour les opérations de politique monétaire des banques centrales,
- permettre la construction d’une « courbe de rendements » utile pour la tarification des risques,
- soutenir l’essor des marchés financiers et faciliter le développement du secteur privé.
- Dans une région freinée par l’accès au financement, des marchés de capitaux solides sont essentiels au développement des entreprises.
Nouveaux risques associés à la dette intérieure
- Durées d’échéance courtes:
- Les titres intérieurs sont souvent émis pour des périodes de quelques jours ou de quelques mois plutôt que d’années ou décennies.
- Certains pays (ex. Maurice, Tanzanie) ont allongé les échéances; d’autres, plus fragiles, restent contraints à des échéances courtes.
- Exemple: Après le réaménagement de sa dette intérieure en 2023, le Ghana n’a émis que des bons du Trésor à moins d’un an, avec une durée résiduelle moyenne de moins de trois mois au 30 novembre 2025.
- Échéances rapprochées augmentent le risque de refinancement (taux plus élevés ou difficulté à trouver des souscripteurs).
- Coût du service:
- Les titres intérieurs portent souvent des taux plus élevés que les prêts concessionnels et parfois que les euro-obligations au prix du marché.
- En Afrique subsaharienne, le pays médian émettait des titres de dette intérieure rémunérés en moyenne à 8,8 % en 2024.
- Le coût réel varie selon l’inflation; il peut être considérablement différent, voire négatif, une fois corrigé de l’inflation.
- Le prix payé reflète la confiance des investisseurs dans la gestion économique du pays.
- Saturation des systèmes financiers locaux:
- Les banques détiennent souvent une part importante des titres publics, ce qui peut pousser les taux d'intérêt à la hausse et restreindre l’accès des entreprises au crédit.
- Ce mécanisme peut créer un cercle vicieux: banques achètent des titres publics faute d’opportunités de prêt au privé, puis leur forte détention limite le crédit au secteur privé.
- Pressions publiques pour faire acheter davantage de titres par les banques peuvent aggraver le problème.
- Interdépendance entre État et banques:
- Une forte détention de titres publics par les banques lie leur solvabilité à celle de l’État, risquant de transformer une détérioration souveraine en crise bancaire.
- Une crise bancaire peut nécessiter des sauvetages, limiter le crédit privé, freiner la croissance, entraîner des fuites de capitaux et aggraver une crise budgétaire.
- Cette interdépendance s’accélère plus qu’ailleurs et la croissance régionale est surtout portée par les pays à faible revenu.
- Participation des non-résidents:
- L’augmentation de la part de la dette intérieure détenue par des non-résidents tend à diminuer les rendements et augmenter la liquidité, réduisant le coût du service de la dette.
- Toutefois, les flux des non-résidents peuvent être volatils (« capitaux fébriles »), provoquant de fortes fluctuations des rendements et des ventes.
- Le manque de données sur les détenteurs de la dette complique la formulation de la politique économique.
Bilan et implications budgétaires
- Après une série de chocs, les dettes publiques en Afrique subsaharienne se sont stabilisées, mais à un niveau élevé.
- Le coût du service de la dette a continué d’augmenter, renforçant les tensions budgétaires et réduisant la marge pour investir dans la santé, l’éducation et les infrastructures.
- Aujourd’hui, les pays de la région consacrent en général environ un septième de leurs recettes au seul paiement des intérêts.
- La dette intérieure joue actuellement un rôle plus important dans ce contexte.
Bonnes pratiques et recommandations politiques
- Développer le marché de la dette intérieure dans le cadre d’une stratégie économique plus vaste pour maximiser les avantages et gérer les risques.
- Transparence et statistiques:
- Publier en temps opportun des statistiques de la dette précises et détaillées pour accroître la confiance.
- Communiquer de manière efficace avec les investisseurs et le public.
- Cadres juridiques et gestion:
- Mettre en place des cadres juridiques et réglementaires solides.
- Pratiquer une gestion prudente du portefeuille de la dette et définir une stratégie claire de viabilité de la dette.
- Remédier aux lacunes de la gestion des finances publiques via des auditeurs habilités, une gouvernance solide, une surveillance rigoureuse des entreprises publiques et une gestion avisée de la trésorerie.
- Efficience des investissements publics:
- Veiller à ce que les ressources publiques, dont la dette, soient affectées à des investissements qui favorisent la croissance.
- Diversification des investisseurs:
- Élargir la base d’investisseurs aux fonds de pension, compagnies d’assurance et autres fournisseurs de capitaux privés à long terme pour diversifier la demande de titres publics.
- Renforcement du secteur financier:
- Renforcer banques et établissements financiers non bancaires par une réglementation et une surveillance avisées.
- Réformes structurelles:
- Accompagner l’essor des marchés de la dette par des réformes de l’environnement des affaires, de l’éducation, de la valorisation des compétences et des infrastructures pour stimuler la croissance et la diversification économiques.
- Maintenir la stabilité macroéconomique:
- Aucune innovation des marchés de la dette intérieure ne compensera une mauvaise gestion budgétaire, une inflation élevée ou une charge de la dette intenable.
- La dette intérieure, utilisée à bon escient et dans le cadre d’une stratégie économique globale et bien gérée, peut devenir un outil puissant pour la résilience et le développement durable.
Source : Le nouveau visage de la dette africaine, Amadou Sy et Athene Laws, FINANCES & DÉVELOPPEMENT, MARS 2026.