L’Inde peut-elle pérenniser son essor ?
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- Authors: DUVVURI SUBBARAO
Contexte récent et question centrale
- L’article note qu’il y a un an l’Inde affichait une forte croissance, une inflation modérée et un faible déficit des transactions courantes, avait dépassé le Royaume‑Uni pour devenir la cinquième économie mondiale, et semblait en passe de devancer le Japon.
- Un choc récent — une forte hausse des cours du pétrole déclenchée par le conflit au Moyen‑Orient — a révélé des vulnérabilités énergétiques et a entraîné : essoufflement de la croissance, réapparition des pressions inflationnistes, pression baissière persistante sur la roupie, sorties de capitaux et recul du classement mondial du PIB à la sixième place.
- Question centrale posée : ces turbulences sont‑elles temporaires (liées au choc extérieur) ou indiquent‑elles que la période des « boucles d’or » reposait sur des fondations moins solides ?
Le récit des « boucles d’or » — acquis macroéconomiques
- Croissance annuelle du PIB réel d’environ 7 % en moyenne après la pandémie.
- Inflation des prix à la consommation maintenue près de la marque des 5 %, dans la fourchette cible de la Reserve Bank of India.
- Amélioration des bilans bancaires : le taux brut des prêts improductifs est passé d’un sommet de plus de 11 % à un creux pluriannuel de moins de 3 %.
- Déploiement d’un important programme d’infrastructures publiques et progrès marquants en infrastructure numérique (Aadhaar, Unified Payments Interface, Direct Benefit Transfer).
Trois facteurs de vulnérabilité structurelle
- Manque d’investissements privés
- Taux d’investissement global autour de 33 % du PIB, mais composition déséquilibrée.
- Investissement des entreprises privées environ 11 % du PIB, contre près de 17 % en 2008.
- Les dépenses publiques ont porté l’essentiel de la croissance des investissements récents.
- Les liquidités des entreprises et la capacité du secteur bancaire existent, mais la prudence des dirigeants et des frictions réglementaires freinent l’investissement privé.
- Investissements concentrés dans quelques grands groupes, énergies renouvelables, télécommunications, centres de données, assemblage électronique et secteurs subventionnés.
- Emploi et productivité
- Agriculture ≈ 15 % du PIB mais emploie près de la moitié de la main-d’œuvre totale.
- Industrie manufacturière ≈ 13 % du PIB et n’absorbe qu’environ 11 % des travailleurs.
- Secteur moderne à forte valeur ajoutée ≈ 15 % du PIB mais n’emploie directement qu’environ 3 % de la population active.
- L’écart de productivité entre l’agriculture et le reste de l’économie est l’un des plus élevés au monde.
- L’industrie manufacturière reste le principal vecteur potentiel d’absorption de main‑d’œuvre ; l’Inde importe plus de 100 milliards de dollars par an de Chine — une substitution partielle pourrait créer des millions d’emplois.
- Marché fragmenté et distribution inégale des revenus
- Croissance concentrée dans l’économie urbaine formelle et les secteurs de haute productivité ; plus d’une centaine de « licornes » ont émergé.
- Plus de 85 % de la main‑d’œuvre occupe un emploi informel, souvent sans prestations ni revenu prévisible.
- Croissance réelle des salaires ruraux restée stable ou négative une fois ajustée à la hausse des prix des denrées alimentaires.
- Résultat : marché de consommation fragmenté et croissance de la demande pour les produits haut de gamme supérieure à celle des biens destinés au grand public, limitant la taille du marché intérieur.
Déficit d’innovation et enjeu démographique
- Dépenses totales en R&D bloquées à environ 0,7 % du PIB, alors que les pays de pointe consacrent systématiquement 3 % du PIB ou plus à la R&D.
- L’Inde est grande utilisatrice de technologies d’avant‑garde mais reste marginale dans la propriété intellectuelle dans les semi‑conducteurs, l’IA, les biotechnologies et l’industrie manufacturière avancée.
- Âge médian d’environ 28 ans en Inde, contre près de 40 en Chine et plus de 44 en Europe.
- Le dividende démographique n’est pas automatique : il exige des compétences et une montée en productivité pour éviter que la croissance de la population active devienne un fardeau.
Priorités politiques recommandées
- Relancer l’investissement privé :
- Instaurer un cadre réglementaire plus prévisible.
- Alléger les contraintes liées à la mise en conformité.
- Créer des conditions favorables à des perspectives de rendement attractives pour les capitaux à long terme.
- Accélérer la transition de la main‑d’œuvre :
- Investir dans le développement des compétences.
- Renforcer la logistique et les infrastructures urbaines pour permettre l’absorption massive de main‑d’œuvre par l’industrie manufacturière et les services modernes.
- Réorienter les ressources budgétaires limitées vers le capital humain et l’innovation :
- Prioriser l’éducation, la santé et les activités de R&D parallèlement aux infrastructures matérielles.
Conclusion synthétique
- L’article reconnaît que l’Inde a réalisé des avancées institutionnelles majeures en gestion macroéconomique, infrastructures et transformation numérique.
- Le véritable défi pour la prochaine décennie est de convertir la croissance macroéconomique en un cycle d’investissement privé autonome, en emplois formels massifs, en souveraineté technologique et en augmentation généralisée des revenus des ménages.