Prospérer dans un monde fragmenté
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Contexte et constats régionaux
- L’Asie du Sud-Est a vu son PIB multiplié par près de 9 depuis 1998, pour atteindre 4 500 milliards de dollars.
- La région compte près de 700 millions d’habitants et constitue la quatrième économie mondiale.
- L’ASEAN est devenue, après l’Union européenne, l’organisation régionale la plus cohésive et la plus efficace au monde.
- L’adhésion du Timor-Leste en 2025, 23 ans après son indépendance, illustre le renforcement du bloc.
- La guerre dans le golfe Persique met en évidence la vulnérabilité de la région face aux chocs externes et signale un monde plus contesté et fragmenté où le protectionnisme et l’érosion des règles multilatérales sont à craindre.
Diagnostic des défis structurels
- Protectionnisme et intégration
- Les échanges intra-ASEAN ont représenté qu’environ 20 % de la valeur totale des échanges du bloc au cours des 20 dernières années.
- Les investissements directs intrarégionaux n’ont pas connu l’accélération attendue.
- Le nationalisme économique demeure fort, notamment en Indonésie et aux Philippines, porté par barrières non tarifaires, gouvernance défaillante et structures économiques dominées par magnats et entreprises familiales.
- Dans un contexte mondial où les États‑Unis, l’Europe et la Chine adoptent des politiques industrielles ou protectionnistes, il est peu réaliste d’attendre l’abandon du nationalisme économique par les pays d’Asie du Sud-Est.
- Technologies et numérisation
- L’économie numérique de la région a été multipliée par plus de 11 au cours des 10 dernières années, atteignant un chiffre d’affaires de 135 milliards de dollars en 2025.
- La région compte déjà plus de 700 jeunes pousses spécialisées dans l’IA.
- L’Asie du Sud-Est doit rattraper la Chine et les États‑Unis dans la course technologique en accélérant l’adoption et l’expérimentation, tout en régulant intelligemment ces technologies.
- Gouvernance régionale et capacité d’action
- Le modèle de prise de décision par consensus de l’ASEAN, adapté à un groupe très hétérogène, montre des limites face à un monde fracturé.
- La rotation annuelle de la présidence et un secrétariat sous-financé réduisent l’agilité organisationnelle.
- Une ASEAN qui se cale sur ses membres les plus lents risque de freiner l’ensemble de la région.
- Géopolitique et partenariats
- La région est en première ligne de la rivalité entre la Chine et les États‑Unis, sans qu’aucune grande puissance n’exige formellement un choix binaire.
- Les pays d’Asie du Sud-Est subissent des pressions sur des décisions concrètes (infrastructures, plateformes technologiques, chaînes d’approvisionnement, exercices de défense).
- D’autres puissances moyennes en Asie et en Europe partagent des préoccupations similaires face à un possible monde « G2 ».
Actions recommandées (quatre priorités)
- 1) Équilibrer protectionnisme et ouverture
- Élaborer des politiques industrielles claires, notamment en Indonésie et aux Philippines, alignées sur les ambitions nationales.
- Offrir des garanties de sécurité à long terme aux investisseurs pour financer usines, création d’emplois et modernisation technologique.
- Harmoniser les politiques industrielles via l’ASEAN pour tirer des synergies et éviter la contradiction entre intégration affichée et barrières réelles.
- 2) Coopérer sur l’adoption et la réglementation des technologies, dont l’IA
- Accélérer l’expérimentation et l’adoption de technologies de pointe par la coopération régionale.
- Tirer parti des technologies développées à l’étranger et utiliser le pouvoir de marché de la région pour en encadrer l’usage.
- S’inspirer, le cas échéant, du déploiement d’une infrastructure numérique publique telle qu’en Inde.
- 3) Rendre l’ASEAN plus agile
- Augmenter le financement du secrétariat de l’ASEAN à Jakarta et lui conférer un pouvoir effectif de coordination au lieu de laisser la présidence annuelle diriger les affaires.
- Renforcer les canaux de communication informels entre États membres pour permettre l’expression confiante des divergences.
- Instituer une ASEAN à plusieurs vitesses et développer une mise en œuvre différenciée des accords, comme pour l’accord-cadre sur l’économie numérique (DEFA).
- 4) Développer des partenariats avec d’autres puissances moyennes
- Forger de nouvelles coalitions avec l’Australie, le Japon, la Corée du Sud, les États européens et l’UE autour d’intérêts communs : soutien au système commercial mondial, renforcement de la résilience des chaînes d’approvisionnement, sécurité énergétique, lutte contre le dérèglement climatique.
- Sélectionner les partenariats prioritaires par esprit d’entreprise et expérimentation, en distinguant les engagements porteurs de ceux qui sont des distractions.
Perspectives et enjeux
- L’ampleur du programme est ambitieuse et ardue ; les risques liés à l’inaction sont considérables.
- L’opportunité pour l’Asie du Sud-Est est immense si la région :
- redonne un but et une énergie à l’ASEAN ;
- adopte une politique industrielle à long terme plus rigoureuse ;
- intègre les nouvelles technologies de manière réfléchie ;
- accélère ses partenariats avec des puissances moyennes d’Asie et d’Europe.
- L’ASEAN peut servir d’exemple à d’autres regroupements régionaux tels que l’Union africaine, le Forum des îles du Pacifique et l’Association sud-asiatique de coopération régionale.