Bulletin du FMI : Il faut poursuivre les politiques propices à l’emploi et à la croissance—Christine Lagarde

le 15 janvier 2014

  • L’élan mondial s’est accentué au second semestre de 2013, et de nouvelles avancées s’annoncent en 2014
  • Pour 2014, la grande priorité des dirigeants doit être de consolider la reprise mondiale, encore fragile
  • Le monde pourrait créer beaucoup plus d’emplois sans avoir à se soucier de l’inflation

L’optimisme est dans l’air, mais compte tenu des conditions actuelles, il faut continuer de mettre l’accent sur les politiques propices à une croissance soutenue et à la création d’emplois valorisants, estime la Directrice générale du FMI, Christine Lagarde.

L’ÉCONOMIE MONDIALE EN 2014

Lors d’une allocution prononcée à Washington le 15 janvier, Mme Lagarde a déclaré que l’économie mondiale avait évité le pire grâce aux efforts déployés depuis cinq ans par les dirigeants mondiaux.

S’exprimant au National Press Club dans la capitale américaine, Mme Lagarde a expliqué que la dynamique de la croissance mondiale s’était renforcée au second semestre de 2013, et devrait continuer de le faire en 2014, grâce essentiellement aux améliorations observées dans les économies avancées.

«Globalement, nous allons dans la bonne direction, mais la croissance mondiale est encore trop faible, trop fragile et trop inégale, a-t-elle déclaré. Elle ne suffit pas à créer des emplois pour ceux qui en ont besoin et qui sont plus de 200 millions dans le monde». Dans un trop grand nombre de pays, a-t-elle souligné, les bienfaits de la croissance ne profitent qu’à une toute petite minorité.

Mme Lagarde a rappelé que 2014 serait une année riche en commémorations. Elle marquera le centenaire du début de la Première Guerre mondiale, le 70e anniversaire de la Conférence de Bretton Woods, qui a donné naissance au FMI, et le 25e anniversaire de la chute du mur de Berlin.

«Ce sera aussi le septième anniversaire des premiers soubresauts des marchés financiers, qui ont vite engendré la plus grande catastrophe économique mondiale depuis la Grande dépression», a-t-elle aussi noté.

«L’optimisme est dans l’air : la crise profonde est derrière nous et l’horizon se dégage. Mon grand espoir est que 2014 soit mémorable à d’autres égards aussi : que ce soit l’année où les «sept années d’atonie», du point de vue économique, laissent la place à sept années de vitalité. Mais pour dépasser définitivement la crise, des efforts considérables et soutenus restent nécessaires, tout comme la coordination et une combinaison appropriée de politiques.»

Risques croissants de déflation

Pour les économies avancées, les perspectives sont soumises à un certain nombre de risques importants, a ajouté la Directrice générale. L’inflation se situant en dessous de l’objectif d’un grand nombre de banques centrales, il existe un risque croissant de déflation, qui pourrait s’avérer désastreux pour la reprise. «Si l’inflation est le mauvais génie, la déflation est l’ogre qu’il faut combattre de toutes nos forces», a déclaré Mme Lagarde.

Elle a fait observer que, tout au long de la crise financière, c’est grâce aux pays émergents que l’économie mondiale n’a pas sombré. Avec les pays en développement, ils ont contribué pour plus de trois quarts à la croissance mondiale de ces cinq dernières années.

Aujourd’hui, pourtant, avec l’évolution du cycle économique, les pays émergents sont de plus en plus nombreux à voir leur activité ralentir, et des risques apparaissent sous forme de turbulences sur les marchés financiers et de volatilité des flux de capitaux.

Consolider la reprise mondiale

L’économie mondiale continue de tourner en sous régime, à un rythme inférieur d’environ 4 % à son potentiel. «Cela veut dire que le monde pourrait créer bien plus d’emplois avant que le mauvais génie de l’inflation mondiale ne menace de sortir de sa bouteille».

Selon Mme Lagarde, la situation actuelle de l’économie mondiale nous impose une chose : continuer de mettre l’accent sur les politiques nécessaires à une croissance soutenue et à la création d’emplois valorisants. «La grande priorité des dirigeants pour 2014 doit être de consolider la reprise mondiale, encore fragile, et de la pérenniser», a-t-elle déclaré.

Dans les économies avancées en particulier, les banques centrales ne devraient revenir à des politiques monétaires plus conventionnelles que lorsqu’une croissance vigoureuse sera fermement établie. Les pays doivent se servir de l’espace créé par les politiques monétaires non conventionnelles pour mettre en place les réformes qui s’imposent afin de donner un coup de fouet à la croissance et à l’emploi.

Aux États-Unis, il est certain qu’on assiste à une accélération de la croissance, tirée par la demande privée et aidée par le desserrement récent du corset budgétaire. Cela dit, il sera essentiel d’éviter un retrait prématuré du soutien monétaire et de revenir un processus budgétaire ordonné.

La zone euro émerge de la récession et s’engage sur la voie de la reprise, mais la croissance est encore inégale et le chômage reste à des niveaux inquiétants. Les pouvoirs publics devraient accélérer les réformes pour rehausser les taux d’activité et améliorer la compétitivité.

Au Japon, le défi consiste à s’entendre sur des ajustements budgétaires à moyen terme et sur les réformes sociales et économiques qui s’imposent pour renforcer la croissance.

Les dirigeants des pays émergents doivent être attentifs à tout signe d’excès dans le secteur financier, en particulier sous la forme de bulles des prix des actifs et d’augmentation de la dette. Ils devraient renforcer et appliquer la réglementation financière afin de pouvoir mieux gérer les cycles du crédit. Beaucoup d’entre ont aussi besoin de réformes structurelles pour libérer leur potentiel de croissance.

Les pays à faible revenu devraient se doter de défenses plus robustes contre les chocs extérieurs directs ou indirects, notamment en augmentant leurs recettes. Ils devraient aussi continuer à cibler leurs dépenses sur les programmes sociaux et les projets d’infrastructure importants.

Esprit de coopération

Rappelant l’élan multilatéral qui a permis au FMI de voir le jour, Mme Lagarde a déclaré que, pour progresser, le monde avait besoin aujourd’hui de ce même esprit de coopération et de solidarité mondiale. Le FMI peut jouer un rôle particulièrement utile en tant que forum où peut justement s’exprimer ce type de coopération, a-t-elle ajouté.

«Nous avons certainement joué notre rôle dans la riposte collective à la crise — en accordant 154 nouveaux prêts et en apportant une assistance technique à 90 % des pays membres de l’institution depuis l’éclatement de la crise en 2008, et en fournissant les meilleurs conseils possible aux pouvoirs publics.

«Notre force réside, entre autres, dans le fait que nous avons une vision globale — que nous observons tous les différents éléments et comment ils s’agencent entre eux, comment ce qui se passe dans un pays influe sur l’ensemble de l’économie mondiale», a conclu Mme Lagarde.


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