Le FMI conclut les consultations de 2008 au titre de l'article IV avec le Sénégal

Note d'information au public (NIP) No 08/74 (F)
Le 24 juin 2008

Les notes d'information au public (NIP) s'inscrivent dans le cadre des efforts que déploie le FMI pour promouvoir la transparence de ses prises de position et de son analyse de l'évolution et des politiques économiques. Les NIP sont diffusées avec le consentement des pays concernés, à l'issue de l'examen par le Conseil d'administration des rapports sur les consultations au titre de l'article IV avec les pays, de la surveillance de l'évolution économique à l'échelle régionale, du suivi post-programme et des évaluations ex post de la situation des pays membres où le FMI a appuyé des programmes sur une longue durée. Les NIP sont aussi diffusées à l'issue de l'examen des questions de politique générale par le Conseil d'administration, sauf si le Conseil en décide autrement.

Le Conseil d'administration du FMI a conclu le 18 juin 2008 les consultations au titre de l'article IV avec le Sénégal1.

Informations générales

Au cours des 10 dernières années, le Sénégal a stabilisé sa situation macroéconomique et a enregistré une croissance supérieure à celle des autres pays de l'UEMOA. Le dynamisme de l'activité dans les services et la construction a porté la croissance du PIB en 2007 à 4¾ %, contre 2¼ % en 2006. Cependant, le secteur agricole a enregistré pour la deuxième année une baisse de sa production.

La hausse rapide des prix de l'énergie et de l'alimentation a fait grimper l'inflation en 2007 et a pesé sur les comptes budgétaires et extérieurs. L'inflation a atteint 6 %, soit le niveau le plus élevé depuis la dévaluation de 1994. La TVA et les droits de douane sur certains produits alimentaires ont été suspendus au milieu de 2007, la subvention sur le gaz butane a été relevée progressivement et des subventions sur les produits pétroliers ont été mises en place fin 2007. Ces mesures ont peut-être limité temporairement l'inflation, mais leur coût budgétaire a été substantiel (1½ % du PIB).

Le déficit budgétaire global a été contenu à 3½ % du PIB en 2007, contre 6 % du PIB un an plus tôt. Cependant, le règlement de dépenses engagées équivalant à 2 % du PIB a été reporté en 2008; cela représente un encours significatif de retards de paiement au secteur privé. L'évolution budgétaire a été marquée par la bonne tenue des recettes et l'augmentation des crédits budgétaires alloués aux secteurs sociaux.

Le déficit des transactions courantes est passé à 10½ % du PIB en 2007, du fait de la hausse du coût des importations de l'énergie et de l'alimentation, mais les exportations ont stagné parce que la restructuration du producteur de phosphates ICS (Industries Chimiques du Sénégal) a été retardée et que des obstacles structurels ont pesé sur la compétitivité du pays. Le financement du compte courants extérieur a bénéficié de la hausse de l'investissement direct étranger et des recettes de la vente d'une troisième licence de télécommunications, et les indicateurs de la dette extérieure sont ainsi restés plus ou moins inchangés par rapport à 2006.

La politique macroéconomique est menée dans le cadre d'un programme appuyé par l'instrument de soutien à la politique économique (ISPE) du FMI, qui a été approuvé en novembre 2007 (voir communiqué de presse no. 07/246). Ce programme repose sur quatre piliers : i) maîtriser le déficit budgétaire pour assurer la stabilité macroéconomique et préserver la viabilité de la dette; ii) améliorer la gouvernance et la transparence des finances publiques pour renforcer la crédibilité de la politique économique et pérenniser l'aide extérieure; iii) encourager l'activité du secteur privé en améliorant l'environnement économique et en s'attaquant aux obstacles structurels à une accélération de la croissance et à une amélioration de la compétitivité, et iv) limiter les vulnérabilités du secteur financier et accroître la contribution de ce secteur à l'économie.

Évaluation par le Conseil d'administration

Les administrateurs ont félicité les autorités sénégalaises pour la mise en _uvre globalement satisfaisante de leur programme économique appuyé par le FMI dans le cadre de l'ISPE. Ils ont noté que les résultats macroéconomiques du Sénégal se sont améliorés en 2007, comme en témoigne la reprise de la croissance, bien que la hausse des prix des denrées alimentaires et de l'énergie ait renforcé l'inflation et mis sous pression les comptes budgétaires et extérieurs.

Les administrateurs ont observé que le principal défi auquel le Sénégal fait face consiste à accélérer la croissance économique et à faire reculer la pauvreté. Ils ont encouragé les autorités à maintenir une politique macroéconomique prudente et à poursuivre les réformes structurelles dans le cadre de leur Stratégie de croissance accélérée. Ces mesures, conjuguées à la réforme du secteur énergétique, à la poursuite des efforts déployés pour attirer les IDE et à des dépenses publiques ciblées dans les infrastructures, l'éducation et la santé, encourageraient une croissance tirée par le secteur privé et rehausseraient la compétitivité extérieure tout en consolidant et en diversifiant les exportations.

Les administrateurs se sont accordés à dire que le taux de change réel de la monnaie sénégalaise ne semble pas surévalué, même si l'évolution de la situation demande à être suivie de près. Ils ont estimé que les médiocres résultats à l'exportation affichés par le Sénégal ces dix dernières années sont dus en grande partie aux obstacles structurels qui existent dans l'économie, et ils ont encouragé les autorités à améliorer le climat des affaires pour le rendre plus propice à l'initiative privée en accélérant les réformes structurelles et de gouvernance.

Les administrateurs se sont réjouis de l'engagement des autorités en faveur de la viabilité des finances publiques. Ils ont souligné qu'il est essentiel de contenir le déficit budgétaire afin de préserver la viabilité de la dette, de respecter la capacité de financement limitée du marché financier régional, d'endiguer les pressions de la demande, et de promouvoir ainsi la stabilité intérieure du Sénégal, qui est membre d'une union monétaire. Les administrateurs ont félicité les autorités pour les bons résultats qu'elles continuent d'afficher sur le front des recettes et qui contribuent à la viabilité budgétaire. Ils se sont félicités aussi du renforcement prévu de l'administration fiscale, et notamment du transfert de compétences — du Trésor à la Direction des Impôts et des Domaines — pour la perception des impôts directs.

Les administrateurs ont soutenu les autorités dans leur intention de corriger les dérapages budgétaires de 2007 et ont souligné qu'il sera crucial de maîtriser les dépenses de fonctionnement et d'équipement non prioritaires en 2008 afin de ménager une marge de man_uvre pour le règlement des dépenses engagées en 2007. Les administrateurs ont appelé à un examen minutieux et à un règlement rapide des retards de paiement, en vue d'appliquer rigoureusement le cadre budgétaire en vigueur.

Les administrateurs ont reconnu que la Zone économique spéciale intégrée prévue à Dakar pourrait générer de la croissance et de l'emploi, mais ils ont insisté sur la nécessité d'éviter les pertes de recettes fiscales que risque d'entraîner la relocalisation d'entreprises sénégalaises dans cette zone et de mettre en place les mesures de sauvegarde nécessaires pour combattre la fraude et l'évasion fiscales.

Les administrateurs ont noté que l'envolée des prix mondiaux des denrées alimentaires et de l'énergie pèse lourdement sur la population et ont convenus, avec les autorités, que des mesures devraient être prises pour protéger les segments les plus vulnérables de la population de ces hausses de prix. Ils ont estimé qu'il est possible de mieux cibler les mesures en vigueur tout en réduisant au minimum les distorsions économiques et en faisant en sorte qu'elles restent gérables financièrement, de manière à ne pas nuire à la stabilité macroéconomique et à la viabilité de la dette. Les administrateurs ont recommandé la mise en place, à terme, d'un dispositif de protection sociale. Enfin, ils ont encouragé les autorités à promouvoir le développement du secteur agricole.

Les administrateurs ont accueilli avec satisfaction l'engagement des autorités à poursuivre la réforme de la gestion des finances publiques et à améliorer le contrôle du secteur financier dans le cadre régional. En particulier, étant donné que le Sénégal a mis l'accent sur l'investissement public pour étayer la croissance, ils ont encouragé les autorités à renforcer encore la planification et l'évaluation des investissements, à se concentrer sur les projets à fort rendement et à améliorer la productivité des dépenses publiques. À cet égard, les administrateurs se sont accordés à dire que l'emprunt non concessionnel que les autorités entendent contracter pour aider à financer l'autoroute à péage Dakar-Diamniadio est justifié compte tenu du rendement élevé que l'on peut en attendre et de l'absence d'autres sources de financement. Enfin, ils ont appelé à une solide mise en _uvre du nouveau cadre des marchés publics.


Senegal: selection d'indicateurs économiques
 
2003 2004 2005 2006 2007
Est.
 

Revenu national et prix (variations en %)

PIB à prix constants

6.7 5.9 5.6 2.3 4.8

Inflation (moyenne)

0.0 0.5 1.7 2.1 5.9

Secteur extérieur

Solde du compte courant (pourcentage du PIB)

-6.1 -6.1 -7.8 -9.4 -10.4

Exportations (francs CFA, variation en %)

-1.7 9.2 4.4 0.1 -2.9

Importations (francs CFA, variation en %)

7.1 9.8 15.6 9.0 12.7

Taux de change effectif reel (variation en %)

2.5 0.1 -1.3 -0.2 4.6

Monnaie and crédit

Crédit à l'économie (variation en %)

14.3 9.2 24.5 4.2 10.7

Budget du gouvernement (pourcentage du PIB)

Revenus

18.1 18.3 19.2 19.9 20.9

Dons

1.9 2.1 1.6 1.5 2.5

Dépenses totales et prêts nets

21.6 23.3 24.1 27.5 27.2

Solde global

-1.3 -3.1 -3.0 -5.8 -3.5

Dette intérieure du gouvernement central

3.9 3.5 3.3 4.3 5.6

Dette publique extérieure

50.8 44.0 42.4 17.8 18.1
 

1 Conformément aux dispositions de l'article IV de ses Statuts, le FMI procède, habituellement chaque année, à des consultations bilatérales avec ses membres. Une mission des services du FMI se rend dans le pays, recueille des données économiques et financières, et s'entretient avec les responsables nationaux de l'évolution et des politiques économiques du pays. De retour au siège, les membres de la mission rédigent un rapport qui est soumis à l'examen du Conseil d'administration. À l'issue de cet examen, le Directeur général, en qualité de Président du Conseil d'administration, résume les opinions des administrateurs, et ce résumé est communiqué aux autorités du pays.



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