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Bulletin du FMI : La zone euro se porte mieux, maisun effort collectif s’impose pour une croissance durable

le 27 juillet 2015

  • La zone euro va mieux, mais une croissance plus forte s’impose pour doper l’emploi
  • Un ensemble de mesures plus équilibré peut produire une croissance plus dynamique
  • L’apurement des créances bancaires douteuses peut dynamiser le crédit et l’investissement

Le redressement de la zone euro s’affermit, mais au vu des perspectives ternes à moyen terme, des efforts s’imposent sur quatre fronts essentiels : accroissement de la demande, assainissement des bilans bancaires, accélération des réformes structurelles et renforcement de la gouvernance, conclut le FMI dans son dernier rapport sur l’union monétaire.

Le symbole de l’euro à Francfort (Allemagne). L’action ferme de la Banque centrale européenne a dopé la confiance et amélioré la situation financière (photo : Borisa Roessler/epa/Corbis)

Le symbole de l’euro à Francfort (Allemagne). L’action ferme de la Banque centrale européenne a dopé la confiance et amélioré la situation financière (photo : Borisa Roessler/epa/Corbis)

BILAN DE SANTÉ ÉCONOMIQUE

Bien que le chômage reste élevé, la croissance continue de l’emploi et la hausse des salaires réels ont permis un rebond de la consommation selon le rapport. L’action ferme de la Banque centrale européenne (BCE) a par ailleurs dopé la confiance et amélioré la situation financière.

Au nombre des grands pays, l’Allemagne continue à afficher un taux de croissance légèrement supérieur à 1½ % et l’Espagne connaît un rebond vigoureux. L’Italie sort de trois années de récession, et l’activité s’est affermie en France au début de l’année.

La reprise s’appuie sur la diminution du prix du pétrole, l’assouplissement monétaire et le fléchissement de l’euro. La zone euro devrait connaître une croissance modeste de 1,5 % cette année et de 1,7 % en 2016.

Les perspectives à moyen terme sont cependant moins brillantes. «Plusieurs facteurs pèseront sur la croissance au cours des cinq prochaines années» a déclaré Mahmood Pradhan, chef de mission pour la zone euro. «Il s’agit notamment du chômage élevé, surtout chez les jeunes, du lourd endettement des entreprises et de l’accroissement des créances improductives du secteur bancaire». La lenteur des progrès des réformes structurelles a en outre refroidi le climat des affaires et réduit le potentiel de croissance. En conséquence, la zone euro reste vulnérable aux chocs. «Une crise de confiance modérée — du fait de la baisse des anticipations de croissance ou de l’aggravation des tensions géopolitiques — pourrait plonger la zone dans une stagnation prolongée», a ajouté M. Pradhan.

Pour parer aux risques de stagnation, le rapport recommande un regain d’efforts collectifs destinés à affermir la reprise et à accroître la résilience de l’union monétaire.

Renforcement de la demande

Il est essentiel de tenir le cap de l’assouplissement quantitatif (programme élargi d’achat d’actifs) selon le rapport. «L’assouplissement quantitatif a déjà amélioré la situation financière et rehaussé les anticipations inflationnistes, mais d’après l’expérience internationale, il y a lieu de penser qu’il lui faudra plus longtemps pour produire ses effets sur l’économie réelle», a expliqué M. Pradhan. L’assainissement des bilans des banques et des entreprises pourrait toutefois considérablement amplifier l’impact de l’assouplissement quantitatif, via une augmentation des prêts bancaires qui relancerait l’expansion du crédit. Bien qu’il n’y ait actuellement guère de signes de pénurie sur les marchés des obligations souveraines, la BCE devrait mettre sur pied un système commun de prêts de titres pour que les intervenants disposent de plus d’instruments de garantie. Les mesures macroprudentielles devraient constituer la première ligne de défense contre les éventuels risques d’instabilité financière.

Sur le plan budgétaire, le rapport encourage les pays de la zone euro à tenir leurs engagements au titre du Pacte de stabilité et de croissance. Ceux qui ont une marge de manœuvre budgétaire limitée (la France et le Portugal, par exemple) seraient bien avisés d’épargner les gains exceptionnels d’intérêt dégagés par l’assouplissement quantitatif pour réduire leur endettement. D’autres, (comme l’Allemagne et les Pays-Bas) devraient s’en servir pour promouvoir les investissements et les réformes structurelles. En cette période de bas taux d’intérêt, cette stratégie pourrait avoir un impact puissant sur la croissance. Il importe en outre d’accélérer la mise en œuvre de l’initiative centralisée d’investissement («Plan Juncker») pour accompagner la demande, en particulier dans les pays disposant d’une marge de manœuvre budgétaire limitée.

Assainissement des bilans bancaires pour relancer le crédit

L’évaluation exhaustive des banques européennes réalisée en 2014 par la BCE a permis d’accroître la transparence et de renforcer les fonds propres de ces établissements. Le rapport signale cependant que les créances improductives ont continué à augmenter et atteignent un niveau alarmant dans certains pays, car elles minent la rentabilité des banques et immobilisent du capital qui pourrait alimenter de nouveaux crédits. La réduction rapide des créances improductives dégagerait une considérable capacité de nouveaux crédits, en particulier dans les pays où elles atteignent un montant élevé.

Trois types de mesures complémentaires sont envisageables pour extraire rapidement les créances improductives des bilans bancaires : renforcement du contrôle prudentiel; réformes du régime d’insolvabilité pour accélérer les procédures judiciaires et faciliter les règlements à l’amiable; et création d’un marché des créances douteuses pour faciliter la restructuration des entreprises. Les sociétés de gestion d’actifs, par exemple, pourraient aider les banques à travailler avec les investisseurs pour délester les créances improductives. Dans certains cas, l’entremise du secteur public avec les sociétés de gestion d’actifs peut donner de bons résultats, sous réserve que la règlementation des aides publiques de l’Union européenne le permette.

Mise en œuvre des réformes selon un système de gouvernance renforcé et simplifié

Le rapport recommande vivement aux autorités de tirer parti de la reprise cyclique et de la politique monétaire accommodante pour accélérer les réformes structurelles. Au niveau national, les réformes à réaliser en priorité sont celles qui visent à faciliter l’embauche et les licenciements, à améliorer le climat des affaires et à encourager la concurrence. Au plan régional, les impératifs premiers sont la mise en œuvre rapide de la Directive Services afin d’éliminer les obstacles longtemps opposés par les pays à leur libéralisation; l’amélioration du régime d’insolvabilité; et des efforts plus vigoureux pour unifier le marché des capitaux, des transports, de l’énergie et de l’économie numérique.

Le rapport recommande aussi l’institution d’un système de gouvernance renforcé et simplifié à l’appui de ces efforts. Ce système devrait comprendre les importants éléments suivants : évaluation des réformes en fonction des résultats (qui doivent être clairement observables et mesurables), renforcement de la supervision de l’UE, avec une moindre marge discrétionnaire dans l’application des règles existantes, et de meilleures incitations financières en faveur des réformes. Une union boursière permettrait de diversifier les sources de financement des petites et moyennes entreprises, réduirait la dépendance à l’égard du crédit bancaire et encouragerait le développement des financements transfrontaliers.

Le rapport indique que le système budgétaire est devenu plus complexe du fait des réformes successives au fil des ans. Pour le rendre plus efficace, il faudrait le simplifier en retenant deux piliers principaux : un seul critère d’ancrage budgétaire (le ratio dette publique/PIB) et un seul objectif opérationnel lié à ce critère (une règle de croissance des dépenses).



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