L'évolution de la demande de titres de la dette dessine un nouveau paysage dans les pays à faible revenu

Blog par Andrea F. Presbitero et Min Zhu
Affiché 17 février 2016 par le blog du FMI - iMFdirect

De nombreux pays en développement à faible revenu ont rejoint le groupe des pays qui procèdent à des émissions d’euro-obligations dans le monde et ils ont globalement mobilisé plus de 21 milliards de dollars ces dix dernières années notamment en Afrique subsaharienne (Sénégal, Zambie et Ghana, entre autres) et en Asie (Mongolie, par exemple). En faisant appel aux marchés, ils ont certes obtenu de nouveaux moyens de financement, mais ils se sont aussi exposés aux risques liés aux changements d’humeur des investisseurs et à la hausse des taux d’intérêt mondiaux.

Nous avons examiné l’expérience des pays en développement à faible revenu qui ont enregistré des entrées de capitaux au cours des quinze dernières années dans un rapport publié récemment. Nous avons constaté que ces entrées ont fortement augmenté à deux reprises depuis 2004 : une première fois, entre 2004 et 2007, quand elles ont bondi de 2,1 à 6,9 % du PIB, puis en 2012 où elles ont atteint 6,3 % du PIB après avoir momentanément fléchi pendant la crise financière mondiale (graphique 1). Il ressort de l’accroissement régulier des entrées de capitaux privés observé pour ce groupe de pays pendant les années 2000 ainsi que de l’amélioration de leurs perspectives de croissance et de l’état de leur économie que le recours aux marchés internationaux de capitaux a nettement pris le pas sur les sources officielles de financement. En 2012, les flux de capitaux privés ont en effet été plus importants que les apports d’aide ou les envois de fonds qui ont représenté, respectivement, 3,5 et 5,2 % du PIB.

La composition des entrées de fonds a aussi évolué au fil du temps : alors qu’elles consistaient surtout en des investissements directs étrangers au début des années 2000, on a assisté à une accélération des investissements de portefeuille sous forme de titres de dette et d’actions ainsi que d’autres apports au secteur non officiel (prêts bancaires transnationaux, par exemple), après la crise financière mondiale. La progression de ces entrées de capitaux a été induite par le petit groupe de pays que forment les pays préémergents à forte croissance qui ont en général ouvert leur compte de capital plus rapidement que les autres pays à faible revenu. Beaucoup d’entre eux sont aujourd’hui aussi ouverts que des pays émergents et ils enregistrent des niveaux d’entrée comparables à ceux observés par ces derniers (graphique 2).

    ● Les émissions d’obligations souveraines par les pays à faible revenu ont totalisé 4 et 8 milliards de dollars en 2013 et 2014, respectivement, grâce notamment à celles effectuées par la Côte d’Ivoire, l’Éthiopie, le Ghana, le Kenya, le Sénégal, le Viet Nam et la Zambie. Le nombre des émissions a fléchi en 2015 sous l’effet de la détérioration de la conjoncture mondiale et de la chute des cours des produits de base, et les pays qui ont émis de nouvelles obligations ont dû offrir des rendements sensiblement plus élevés.

    ● Un accroissement non négligeable des crédits bancaires consortiaux transnationaux a contribué à l’augmentation des autres entrées de fonds, surtout après la crise. Avec un total dépassant 73 milliards de dollars sur la période 2000–2014, ces crédits ont atteint un niveau élevé par rapport à la taille du PIB de certains pays.

Les avantages et les inconvénients des entrées de capitaux

Les entrées de capitaux sont une source importante de financement externe pour les pays en développement qui peut stimuler l’investissement et favoriser souvent l’expansion des circuits financiers. De plus, comme le montre notre rapport, l’accroissement récent des entrées de capitaux (hors investissement direct étranger) a été associé à une augmentation de l’investissement public dans beaucoup de pays à faible revenu, mais il a aussi financé une progression de la consommation publique.

Plus précisément, les émissions obligataires de plusieurs pays qui ont émis récemment des obligations souveraines, comme le Ghana, la Mongolie, le Viet Nam et la Zambie, ont dans l’ensemble coïncidé avec un accroissement non seulement de l’investissement, mais aussi de la consommation du secteur public. Cependant, si les pays n’exploitent pas ces entrées de fonds de façon productive pour développer leur potentiel économique, ils devront assumer à l’avenir un lourd service de la dette qui pèsera sur leurs niveaux de revenu.

Il ne faut en outre pas perdre de vue que leur plus grande intégration financière rend ces pays plus vulnérables aux chocs exogènes, comme l’a indiqué unprécédent billet. Les entrées de capitaux peuvent être volatiles et sensibles à l’évolution de la situation mondiale, notamment aux variations des prix des produits de base et des taux de change. Trois principaux facteurs font actuellement peser un risque sur les entrées de capitaux : la hausse progressive des taux d’intérêt dans le monde, le recul des prix des produits de base et le rééquilibrage de l’économie chinoise.

De plus, les niveaux comme les coûts (écarts de rendement des obligations, par exemple) des flux de capitaux sont sensibles à la situation économique et financière mondiale. Les turbulences qui ont affecté les marchés après que la Réserve fédérale eut annoncé, en mai 2013, qu’elle envisageait de réduire progressivement ses achats d’obligations plus tôt que prévu se sont répercutées non seulement sur les taux de change et les prix des actions dans les pays émergents, mais aussi sur les écarts de rendement des obligations souveraines dans les pays préémergents (graphique 3).

La situation économique interne joue néanmoins aussi un rôle : notre analyse montre, par exemple, que l’accroissement des déficits budgétaires et extérieurs courants, le creusement de la dette publique et l’amenuisement des réserves en devises rendent, en général, plus onéreux le recours à de nouveaux financements externes.

Notre analyse de l’évolution économique récente des pays en développement et à faible revenu et des perspectives qui se dessinent pour eux fait ressortir un certain nombre de messages pour leurs dirigeants :

    1. Premièrement, les politiques économiques internes importent. Le niveau des financements externes que reçoivent les pays et les conditions auxquelles ils les obtiennent sont affectés par la situation économique qui prévaut à l’intérieur comme à l’extérieur de leurs frontières. Cela inclut des soldes budgétaires et extérieurs solides, des niveaux d’endettement soutenables et de fortes réserves de change.

    2. Mais cela implique aussi que les pays dont la gestion économique a été déficiente ou est entrain de déraper risquent de constater qu’il leur est beaucoup plus difficile ou coûteux d’accéder à des financements externes, ce qui peut les contraindre à modifier profondément leurs politiques budgétaires et leurs programmes d’investissement.

    3. Enfin et surtout, les pays ne doivent pas perdre de vue que les entrées de capitaux constituent une arme à double tranchant quand ils s’interrogent sur le rythme et l’enchaînement des actions à engager pour libéraliser les mouvements de capitaux. Ils doivent aussi utiliser efficacement les apports privés extérieurs pour accroître leur potentiel économique à l’aide d’investissements productifs tout en renforçant leur résilience économique pour faire face à la plus grande instabilité financière et aux risques qui l’accompagnent. Cela souligne l’importance du maintien de politiques économiques robustes et du renforcement des capacités de gestion de la dette publique.

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Andrea Presbitero-IMF
Andrea F. Presbitero est économiste dans l’unité chargée de la stratégie des pays à faible revenu au sein du Département de la stratégie, des politiques et de l’évaluation du FMI. Avant d’entrer au FMI en 2013, il était Professeur assistant à l’Università Politecnica delle Marche (Italie). Il a publié de nombreux articles sur la macroéconomie, l’économie du développement et les activités bancaires empiriques dans des revues internationales de premier plan comme le Journal of International Economics, le Journal of Development Economics et le Journal of Money, Credit and Banking. Ses études sont consultables sur le site : https://sites.google.com/site/presbitero/

Min Zhu
Min Zhu a pris les fonctions de Directeur général adjoint le 26 juillet 2011. Il a auparavant occupé le poste de Conseiller spécial auprès du Directeur général du Fonds monétaire international du 3 mai 2010 au 25 juillet 2011.

Mr. Zhu, ressortissant chinois, était Gouverneur adjoint de la Banque populaire de Chine. Il était responsable des affaires internationales, des études et des informations de crédit. Avant de travailler à la Banque centrale de Chine, il avait occupé divers postes à la Bank of China, où il avait été Vice-président exécutif du Groupe, chargé des finances et de la trésorerie, de la gestion du risque, du contrôle interne, des questions juridiques et du respect des règles, ainsi que de la stratégie et de la recherche. M. Zhu a aussi travaillé à la Banque mondiale et enseigné l’économie à la fois à la Johns Hopkins University et à l’université Fudan.

Mr. Zhu est titulaire d’un doctorat et d’une maîtrise d’économie de la Johns Hopkins University, d’une maîtrise d’administration publique de la Woodrow Wilson School of Public and International Affairs de Princeton University et d’une licence d’économie de l’Université Fudan.



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