5 choses à savoir sur le FMI et le changement climatique

Ian Parry
8 juin 2018

Un ours polaire sur la banquise qui rétrécit dans l’Arctique : le changement climatique est synonyme de réchauffement de la planète (Sven Erik Arndt/Universal Images Group/Newscom).

La planète se réchauffe, entraînant une élévation du niveau des océans, des phénomènes climatiques plus extrêmes du type ouragans, sécheresses et inondations, ainsi que d’autres risques pour le climat mondial comme l’effondrement irréversible des calottes glaciaires.

Voici 5 conseils prodigués par le FMI pour aider les pays à poursuivre la mise en œuvre des stratégies traduisant les engagements pris au titre de l’Accord de Paris de 2015 sur le climat.

    ● Atténuer les émissions. Les taxes carbone et autres redevances comparables sur la teneur en carbone du charbon, des produits pétroliers et du gaz naturel sont potentiellement les instruments les plus efficaces pour réduire les émissions de dioxyde de carbone, première source de gaz à effet de serre. Ces outils fiscaux sont simples à utiliser et peuvent, par exemple, s’appuyer sur les taxes d’accise frappant déjà les carburants, et générer des recettes publiques très appréciables, ce qui permettrait de réduire d’autres taxes contraignantes pour l’économie ou de financer des investissements en faveur de la croissance.

    ● Le FMI fournit des orientations pratiques pour l’élaboration de mesures budgétaires visant à atténuer le changement climatique. Nous concevons des tableurs aidant les pays à évaluer les émissions et les effets budgétaires et économiques plus vastes de la tarification du carbone, et à choisir parmi les différents instruments d'atténuation (taxes sur certains carburants, échanges d'émissions, incitations en faveur de l'efficacité énergétique, etc.).

    Ainsi, le bilan de santé économique que nous avons établi cette année pour la Chine a montré qu'une taxe carbone, ou simplement une taxe sur l'utilisation du charbon, serait plus efficace pour réduire les émissions de carbone ou la pollution atmosphérique locale que des systèmes d'échanges d'émissions — qui ne couvrent pas les émissions des véhicules et des bâtiments — et générerait en outre des revenus substantiels.

    En outre, d’après l’un de nos documents de travail à paraître, un prix de 70 dollars la tonne d'émissions de CO² en 2030, qui majorerait les prix de l'essence d'environ 60 % par gallon et ferait plus que tripler les prix du charbon, permettrait amplement de respecter les engagements d'atténuation pris par certains pays avancés et émergents tels que l'Afrique du Sud, la Chine, l'Inde et l'Indonésie. Ce prix serait presque suffisant dans d'autres pays comme les États-Unis ou la Turquie, mais très insuffisant pour l'Australie, le Canada et certains pays européens.

    Ces différences reflètent des différences concernant à la fois le degré d'exigence des engagements et la réactivité des carburants et des émissions à la tarification. Par exemple, les émissions tendent à réagir davantage au prix dans les pays utilisant beaucoup le charbon (Afrique du Sud, Chine, Inde, etc.).

    ● Réforme des subventions à l'énergie. La tarification du carbone devrait s'inscrire dans une stratégie plus vaste visant à ce que les prix de l'énergie reflètent tout l'éventail des coûts sociaux induits, notamment les décès dus à la pollution atmosphérique et les autres effets préjudiciables à l'environnement résultant de la consommation de carburants. Un tableur permet à tous les pays Membres d'estimer les prix énergétiques qui prennent en compte la fourniture et tous les coûts environnementaux, ainsi que les subventions implicites découlant de la sous-tarification des combustibles fossiles. 

    D'après les estimations du FMI, une tarification efficiente de l'énergie aurait permis en 2013 d'obtenir une baisse de plus de 20 % des émissions et une diminution de plus de moitié des décès dus à la pollution atmosphérique produite par les combustibles fossiles, tout en augmentant les revenus de 4 % du PIB.

    Les études de cas du FMI portant sur les réformes engagées dans de nombreux pays recensent les ingrédients d'une réforme réussie. L'un des principaux est l'indemnisation des ménages les plus modestes, qui n'absorbe généralement qu'une petite partie des recettes générées par la réforme. Nous nous penchons sur les réformes des prix de l'énergie dans le cadre de notre examen annuel de l'économie des pays, de notre travail d'assistance technique avec des pays comme l'Arabie saoudite, les Émirats Arabes Unis et la Jordanie, ainsi que de nos cours et ateliers.

    ● Renforcer la résilience. Les services du FMI évaluent également les stratégies visant à accroître la résilience face aux risques engendrés par le changement climatique et les catastrophes naturelles, par exemple au Nicaragua, au Myanmar, au Zimbabwe et d'autres pays particulièrement vulnérables.

    Les évaluations des politiques liées au changement climatique, réalisées jusqu'à présent pour le Belize, Sainte-Lucie et les Seychelles, se fondent sur les programmes d'atténuation et d'adaptation, les stratégies de gestion des risques et les financements nationaux, pointent les déficits en matière d'investissement et les modifications de politiques à envisager ou aident les pays à renforcer leurs capacités à s’adapter aux effets du changement climatique,

    Le travail du FMI aide également les pays vulnérables à quantifier les risques économiques. Nous estimons par exemple que le coût annuel des catastrophes naturelles avoisine 2 % du PIB dans les pays à faible revenu, un impact quatre fois plus puissant que dans les grands pays.

    Le FMI fournit des financements pour aider les pays à faire face aux catastrophes naturelles et aux événements climatiques. Pendant la crise de l'Ébola qu’a subi l'Afrique de l'Ouest en 2015, par exemple, un fonds fiduciaire a été créé pour accorder des allégements de dette aux pays pauvres victimes de catastrophes naturelles. Le FMI a pratiquement doublé le montant qu'un pays peut emprunter à la suite d'une catastrophe naturelle majeure.

    ● Un secteur financier plus respectueux de l'environnement. Les services du FMI analysent de quelles manières les risques climatiques pèsent sur la stabilité financière. Ils aident aussi les pays à identifier les meilleures pratiques à adopter pour soumettre l'ensemble de leur secteur financier à des tests de résistance reflétant les risques climatiques. Divers programmes d'évaluation du secteur financier appliqués aussi bien de petits États insulaires comme Samoa qu'à de grands pays comme les États-Unis et la France comprenaient des tests de résistance destinés à mesurer les effets des catastrophes naturelles sur les compagnies d'assurance, les banques et autres institutions financières.

    ● Action internationale. Les services du FMI recommandent également aux pays de se coordonner au niveau multilatéral, par exemple en fixant un prix minimal pour le carbone afin de compléter et de renforcer le processus de Paris. Ils leur présentent aussi des propositions pour la conception de taxes carbone visant les carburants utilisés dans le transport international.

La problématique du changement climatique comporte de nombreuses dimensions, sur lesquelles travaille l'ensemble de l'institution, en collaboration avec la Banque mondiale et d'autres organisations internationales, que ce soit dans le cadre de l'analyse des politiques, de notre mission de conseil ou encore de notre travail pour le développement des capacités.

Pour plus d'informations sur le FMI et le changement climatique, voir ici.  

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Ian Parry est expert principal en politique budgétaire et environnementale au sein du département des finances publiques du FMI. Ses domaines de spécialité sont l’analyse budgétaire du changement climatique, l’environnement et les questions relatives à l’énergie. Avant d’entrer au FMI en 2010, il était titulaire de la chaire Allen V. Kneese en économie de l’environnement au sein du groupe Resources for the Future.



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