Agir concrètement pour tenir les engagements de Paris concernant le changement climatique
IMF Blog, May 6, 2019
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- Authors: Christine Lagarde, Vitor Gaspar
- Published: May 6, 2019
Constat et risques futurs
- D’ici la fin du siècle, en l’absence de mesures d’atténuation, les températures mondiales devraient augmenter de 4 degrees Celsius par rapport à l’ère préindustrielle, entraînant des risques croissants et irréversibles : effondrement des calottes glaciaires, submersion de pays insulaires de faible altitude, phénomènes météorologiques extrêmes et scénarios de réchauffement incontrôlé.
- Le réchauffement pourrait accroître le risque d’extinction d’un grand nombre d’espèces, la propagation de maladies, menacer la sécurité alimentaire et appauvrir les ressources renouvelables en eaux de surface et en eau souterraine.
- Les réponses multilatérales existent : au total, 190 parties ont proposé des stratégies dans le sillage de l’Accord de Paris, comportant des engagements d’atténuation.
Tarification du carbone : efficacité et besoins
- Consensus croissant que la tarification du carbone est l’instrument le plus efficace pour atténuer le changement climatique ; elle incite tous les secteurs et acteurs à réduire la consommation énergétique, utiliser des combustibles plus propres et mobiliser des financements privés.
- La tarification du carbone génère des recettes à affecter pour réorienter les finances publiques vers une croissance durable et inclusive; la méthode optimale varie selon les pays (investir dans les ressources humaines et l’infrastructure, ou diminuer des taxes nuisibles à l’emploi).
- Un document du FMI examine l’impact de prix de 35 et de 70 dollars la tonne sur les émissions de carbone.
- Un prix sensiblement inférieur à 35 dollars la tonne serait suffisant pour que les pays du G‑20 tiennent leurs engagements.
- Pour des membres importants du G-20 tels que la Chine et l’Inde, un prix inférieur à 35 dollars la tonne vaut aussi.
- Si un prix de 35 dollars la tonne doublerait plus ou moins le prix du charbon, il ne relèverait que d’environ 5 à 7 % le prix à la pompe des carburants routiers.
- Pour quelques pays ayant des engagements plus ambitieux, même un prix de 70 dollars la tonne serait insuffisant.
- Même si les promesses actuelles étaient tenues, elles permettraient au mieux de limiter le réchauffement prévu à un niveau de 3°C, au lieu de l’objectif de 1,5-2°C figurant dans l’Accord de Paris.
- Pour empêcher la température de s’élever de plus de 2°C, il faudrait réduire les émissions d’environ un tiers d’ici 2030 et porter le prix mondial du carbone aux environs de 70 dollars la tonne.
- État actuel de la tarification : plus de 50 systèmes de taxes ou d’échanges d’émissions en vigueur à l’échelle régionale, nationale et infranationale; le prix mondial moyen n’est que de 2 dollars la tonne.
Contraintes politiques et instruments complémentaires
- La tarification du carbone peut être problématique politiquement; il est crucial de gérer le processus globalement, via une introduction progressive et une communication explicite sur l’utilisation des recettes.
- Il pourrait être nécessaire d’autres instruments pour renforcer ou remplacer la tarification du carbone.
- L’article du FMI présente un outil quantifiant les émissions et les conséquences budgétaires et économiques d’une série d’instruments d’atténuation pour 135 pays.
- Piste prometteuse : compléter la tarification du carbone par des systèmes de subventionnement fiscal sans incidence sur les recettes pour éviter une hausse politiquement délicate des prix des carburants et pour accroître les incitations à produire une électricité plus propre, adopter des véhicules moins polluants et améliorer l’efficacité énergétique.
- Au niveau international, relever les ambitions par un engagement volontaire des principaux émetteurs à respecter un prix plancher pour le carbone :
- Ce prix plancher garantirait un effort minimal d’atténuation des participants et offrirait une assurance contre les pertes de compétitivité.
- Les pays avancés pourraient assumer une part plus importante des responsabilités avec une obligation de prix plancher plus élevé.
- Le régime pourrait être adapté au contexte national et aux politiques du pays.
Réformer les subventions à l’énergie : ampleur et bénéfices
- Les dommages liés à l’utilisation des combustibles fossiles incluent la pollution atmosphérique (décès), les embouteillages et les accidents — au-delà du changement climatique.
- De nombreuses décisions nationales sur les prix de l’énergie ne tiennent pas compte de ces effets.
- Estimations d’un document de travail du FMI :
- La sous-tarification de l’offre et la sous-estimation des coûts environnementaux équivalent à subventionner les énergies fossiles à hauteur de 5.200 milliards de dollars en 2017, soit 6,5 % du PIB mondial.
- Ce montant représente un niveau vertigineux de subvention implicite, sans grand changement par rapport aux estimations précédentes.
- Les bénéfices d’une réforme des prix sont essentiellement locaux : les pays qui réforment améliorent leur situation tout en contribuant à l’atténuation mondiale; la solidarité est donc dans l’intérêt bien compris de tous les pays.
Rôles et recommandations pour les ministères des Finances et le FMI
- Les ministères des Finances doivent :
- Proposer des incitations efficaces en tenant compte des impératifs politiques et de répartition.
- Créer et concevoir des instruments pour mettre en œuvre la tarification du carbone et la réforme des prix de l’énergie.
- Bonnes pratiques à promouvoir :
- Introduction progressive de la tarification du carbone.
- Communication claire sur l’utilisation des recettes.
- Utilisation de mesures complémentaires (subventions fiscales neutres pour les recettes) pour faciliter l’acceptation politique.
- Considérer des mécanismes internationaux tels qu’un prix plancher volontaires entre principaux émetteurs, différenciés selon capacités et responsabilités.
- Le FMI se positionne comme catalyseur optimiste pour la diffusion et le renouvellement des bonnes pratiques, en insistant sur l’urgence d’agir alors que la fenêtre pour contenir le réchauffement se referme rapidement.
Agir concrètement pour tenir les engagements de Paris concernant le changement climatique — Christine Lagarde et Vitor Gaspar, le 6 mai 2019