Des politiques budgétaires pour favoriser la reprise après la COVID-19
IMF Blog, May 7, 2020
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- Des politiques budgétaires pour favoriser la reprise après la COVID-19
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- Authors: Vitor Gaspar, Raphael Lam, Mehdi Raissi
- Published: May 7, 2020
Rôle général de la politique budgétaire
- La politique budgétaire est devenue la bouée de sauvetage des ménages comme des entreprises pendant la pandémie de COVID-19.
- Elle jouera un rôle déterminant pour préparer les pays à réagir à une crise et pour contribuer à la reprise.
- À la fin du « Grand confinement », une relance économique vigoureuse et inclusive dépendra :
- de l’amélioration des dispositifs de protection sociale;
- d’un soutien budgétaire de grande envergure;
- d’investissements publics dans les soins de santé, les infrastructures et la lutte contre le changement climatique.
- Les pays lourdement endettés devront trouver le dosage entre mesures budgétaires à court terme pour stimuler la relance et précautions pour la viabilité à long terme de leur dette.
- Le plus récent Moniteur des finances publiques recommande : investir prudemment, mettre en place des mesures discrétionnaires bien réfléchies pour stimuler la demande, et renforcer les dispositifs de protection sociale et les prestations d’assurance chômage.
Renforcer les dispositifs de protection sociale
- La pandémie a révélé la grande vulnérabilité des populations et sert d’appel à l’action.
- Réponses observées :
- prolongation temporaire des prestations d’assurance chômage;
- élargissement de la portée des dispositifs de protection sociale.
- Exemple comparatif : les mesures de secours aux États‑Unis sont plus imposantes que celles mises en place en Europe, en partie parce que le filet de protection sociale américain était au départ plus faible.
- Durabilité : ces mesures d’aide ne seront pas éternelles; la pérennisation d’une partie d’entre elles et la mise à niveau des systèmes d’imposition et de prestations sociales pourraient créer des mécanismes automatiques de stabilisation des revenus.
- Attributs d’un bon dispositif de protection sociale (trois principaux) :
- Couverture large et prestations suffisantes pour les groupes vulnérables; progressivité (plus généreux pour les plus démunis).
- Préservation de l’incitation au travail et facilitation de la recherche d’emploi, de l’obtention de soins de santé, de l’éducation et de la formation.
- Éviter un écheveau complexe et fragmenté de programmes coûteux et peu équitables.
- Recommandations par pays :
- Pays avancés : élargir simplement les critères d’admissibilité des programmes actuels et augmenter l’impact des prestations.
- Pays émergents et pays en développement : combler les lacunes par l’élargissement des programmes et recours à d’autres modes de prestation (réseaux de téléphonie mobile, distribution en nature de biens et services comme soins de santé, nourriture et transport).
- Redistribution : les dispositifs de protection sociale pourraient améliorer la redistribution si une proportion plus importante des 20 % des plus pauvres recevait des allocations supérieures à celles remises aux 20 % des plus riches.
Politiques discrétionnaires pour relancer la demande
- Outils pour aider les entreprises à réembaucher :
- réduction temporaire des charges sociales;
- diminution temporaire de la taxe sur la valeur ajoutée;
- distribution de bons de consommation.
- Autres mesures :
- accélération de certains projets d’investissement de moindre importance;
- adoption à l’avance de lois prévoyant le déclenchement automatique de certaines mesures en cas de ralentissement économique (prestations sociales, allégements fiscaux) pour livrer le soutien plus rapidement.
- Contraintes : l’ampleur de l’aide dépend de la capacité des pays à la financer.
Investir pour l’avenir
- Priorités d’investissement :
- investissements de qualité dans la santé pour protéger les populations et réduire les risques de futures épidémies;
- infrastructures, technologies vertes (énergie éolienne et solaire);
- poursuite des autres objectifs de développement durable (éducation, accès à l’eau propre et assainissement).
- Estimation des besoins : aux prix actuels, les investissements additionnels nécessaires se chiffreront vraisemblablement à plus de 20 ooo milliards de dollars à l’échelle mondiale d’ici 20 ans.
- Mise en œuvre :
- les projets d’équipement (routes, ponts, systèmes d’énergie propre) sont en général longs à mettre en œuvre;
- les gouvernements devraient examiner immédiatement leur filière d’investissements pour constituer un portefeuille de projets prêts à mettre en œuvre dès la fin du Grand Confinement.
- Décision d’accroître les investissements publics dépendra de :
- besoins sectoriels et retombées sociales et économiques;
- capacité de financement;
- efficience des investissements publics.
- Efficience : à l’échelle mondiale, l’inefficience et la corruption avalent en moyenne le tiers des fonds alloués aux infrastructures publiques.
- Exemples de pays et implications :
- Pays avancés avec marge de manœuvre budgétaire considérable (ex. Allemagne et Pays-Bas) : investissements publics profitables dans le contexte de bas taux d’intérêt, valeur des infrastructures susceptible d’être supérieure à celle des dettes contractées.
- Pays avec marge de manœuvre moindre (ex. Italie et Espagne) : réaménager une partie des revenus et dépenses pour financer les investissements.
- Pays émergents et en développement lourdement endettés (ex. Brésil et Afrique du Sud) : prudence dans le financement du développement pour en assurer la durabilité; faire plus avec moins.
- Pays en développement à faible revenu (ex. Nigéria) : augmentation à long terme des recettes fiscales pourrait être cruciale.
Gérer une dette publique plus élevée
- Dilemme : soutenir la reprise avec des outils budgétaires tout en gérant une dette publique plus lourde.
- Effets observés :
- la pandémie, ses retombées économiques et la riposte exercent une forte pression sur les déficits budgétaires et le ratio de la dette publique.
- lorsque la pandémie sera endiguée et que l’économie se redressera, les ratios de la dette publique se stabiliseront, bien qu’à un niveau plus élevé.
- si la reprise prend plus de temps que prévu, la dynamique d’endettement pourrait devenir défavorable.
- Recommandation : d’ici à ce que la pandémie s’apaise, les pays peuvent favoriser leur rebond économique en mettant en place des plans de réforme à moyen terme crédibles.
Auteurs et rôles (sélection)
- Vitor Gaspar : directeur du département des finances publiques du Fonds monétaire international; ancien ministre des Finances du Portugal; antécédents à la Banque du Portugal, Commission européenne, Banque centrale européenne; titulaire d’un doctorat et d’un diplôme postdoctoral en économie de l’université nouvelle de Lisbonne.
- Raphael Lam : économiste principal au département des finances publiques du FMI; s’intéresse aux questions budgétaires liées à l’inégalité, aux relations entre les administrations publiques et aux règles budgétaires; titulaire d’un doctorat en économie de l’Université de Californie.
- Mehdi Raissi : économiste principal au département des finances publiques du FMI; a travaillé sur des dossiers de surveillance multilatérale pour l’Italie, l’Inde et le Mexique; titulaire d’un doctorat en économie de l’Université de Cambridge.
Source : article de blog du Fonds monétaire international